Togo : 24 janvier, Fin du mythe de l’accident d’ Eyadema à Sarakawa ? Mieux vaut tard que jamais!

A l’image de son géniteur, Faure Essozimna Gnassingbé avait l’habitude de perpétuer le mythe de l’accident de Sarakawa de son père Eyadema avec des cérémonies grandioses. Et à la clef, un déplacement pour aller déposer une gerbe de fleurs sur la place des débris du DC-3 dont le crash a failli emporter son père le 24 janvier 1974.

Faure met-il fin au mythe de son feu père Eyadéma? | Photo : Archives/27avril

Faure met-il fin au mythe de son feu père Eyadéma? | Photo : Archives/27avril

Ce  faisant, il continuait de nourrir un mensonge d’Etat, une manipulation de l’histoire. L’entretien d’un mythe pour honorer la mémoire de son père. Mais aujourd’hui 24 janvier 2013, chose curieuse, aucun programme officiel autour de l’événement. Prise de conscience ou simple pause ? Retour sur l’histoire d’un mensonge :

Le pouvoir du général Gnassingbé Eyadema était basé essentiellement sur des mythes dont le plus patent et raffiné avec un grand art de la manipulation et de l’affabulation  est celui de l’attentat de Sarakawa, un banal et stupide accident d’avion transformé en complot impérialiste contre l’autocrate.

Le 24 janvier 1974, le DC-3 transportant le président Gnassingbé Eyadema, quelques proches collaborateurs et sa garde rapprochée, s’écrase au moment d’aborder l’atterrissage. L’avion conduit par deux pilotes français, à l’approche des monts Tchamdè,  perd l’équilibre.

Le Président Eyadema et plusieurs autres passagers survivent au crash, tandis que d’autres meurent sur le coup, surtout les pilotes.  Eyadema Gnassingbé s’en serait sorti avec quelques égratignures.

On le passe pour seul survivant de l’accident, d’où le mythe de son invincibilité et l’expression « le miraculé » de Sarakawa.

Les autres survivants comme Yaya Malou, Djafalo Alidou, etc. étaient passés dans la sphère de l’oubli pour mieux servir le mensonge de l’homme au baraka.

Déjà en 1967, le soldat Bokobosso qui aurait tiré sur lui à bout portant, l’a manqué à zéro mètre.  Dans un pays à la superstition à fleur de peau, si ce Kabyè n’est pas protégé par Dieu, le constat est établi que les dieux ou ses fétiches « très puissants »le protègent.

Qu’est-il arrivé exactement ? Selon les officiels togolais, il s’agit d’un complot impérialiste français destiné à éliminer le chef d’Etat togolais.

L’affaire intervient fortuitement en pleine tensions entre la Compagnie togolaise des mines du Bénin (CTMB) et l’Etat du Togo.

La CTMB exploitatrice des phosphates du Togo, est dirigée par des privés Français, actionnaires majoritaires à 65%.  L’Etat du Togo, minoritaire à 35% veut accroître sa part à 51%. On était en plein boom des matières premières des années 1970.  L’Etat a besoin d’argent pour son développement. L’un des objectifs majeurs de la Françafrique constituée par De Gaulle et Foccart, était de se constituer une réserve de matières premières bon marché. La France s’oppose donc à la demande togolaise.

Eyadema, poussé par quelques membres éminents de son gouvernement qui étrennent toujours le nationalisme teigneux des années 1950, ne veut pas en démordre.

D’où l’idée de l’attentat que pourraient avoir organisé les Français pour le supprimer. Le pouvoir RPT cria donc au complot de la France.

Autant dire d’emblée que cette version est jugée farfelue par plusieurs observateurs qui accusent Eyadéma d’avoir ordonné le surcharge de l’avion, malgré les réticences des pilotes.

Jacques Foccart, l’artisan de la domination française en Afrique, semblait épouser cette version des faits: C’était juste un banal et stupide accident.

L’avion était surchargé par des paquets de ciments commandés par le président, qui aurait peut-être confondu un camion-titan à un avion ! A ces charges, d’autres ont ajouté des viandes.

Le 02 février 1974, soit une semaine après l’attentat, Eyadema entame une ‘marche’ de Kara à Lomé. C’est « le retour triomphal ».

A Lomé, il déclare la nationalisation de la CTMB qui prendra le nom de l’Office Togolais des Phosphates (OTP). Le mythe de l’accident a fondé celui de l’indépendance économique. Eyadema acquit une grande aura mystificatrice. Il est devenu un « héros ».

Du paradigme de l’indépendance politique, on passe à celui de « l’indépendance économique » considérée comme la vraie, faisant passer aux oubliettes la longue lutte des Togolais pour la liberté.

Le Togo est resté vendeur de phosphates. Il n’y a jamais eu de projet viable pour concrétiser la nationalisation du secteur.

C’est de tout bénef pour «le miraculé de Sarakawa ». Il renforce le culte de la personnalité et la trompeuse politique dite de l’authenticité.

Il fonde l’axe Lomé-Kinshasa. Par Mobutu, on importa l’animation politique par laquelle la déchéance intellectuelle atteignit les masses.

La débauche des femmes d’autrui, pseudo lutte contre la gabegie, etc. Les Kounalé Eklo et autres Amados Djoko Mawulolo ont fait fuser des slogans et chansons tels que : « Mayi Paris nukè mayiwô ? » (Qu’irai-je faire à Paris ?), « 10%, non !, 20%, non !, …100%, Eheinnn !!! ».

Les historiens diront  ce qu’il en est de cette grande manipulation de l’histoire du Togo. L’indépendance économique ne fut jamais acquise dans les faits. Ce fut plutôt le détournement des deniers publics. La course à devenir multimilliardaire à tout prix. La France est restée le premier acheteur du phosphate togolais.

La Conférence nationale révélera, par la bouche d’un dignitaire du régime, qu’on en fera même cadeau, toute une cargaison par bateau, à un président français. Et l’OTP passa pertes et profits. Le poumon économique du Togo fut détruit par le cancer du pillage des ressources et de la corruption. L’un de ses directeurs, Ogamo Bagnah, homme venu de nulle part, peut être compté parmi les plus riches du Togo.

Dans les années 1990, l’OTP a fonctionné pendant 15 ans sans comptabilité. Au-delà de cette société, la faillite de l’Etat a été publiquement reconnue toujours à la Conférence nationale souveraine par Moussa Barqué du RPT. Aujourd’hui, le fameux poumon de l’économie togolaise respire à peine.

Pour l’aspect mystique du 24 janvier, lisons nos partenaires de Liberté qui citait, il y a un an, Comi Toulabor : « En effet, dans son ouvrage « Le Togo sous Eyadema », l’universitaire togolais Comi Toulabor a expliqué l’exploitation symbolique de l’accident de Sarakawa.

« Le spectacle est grandiose : dans cette campagne désolée et isolée de toute habitation, les militants en pèlerinage (organisé soit par Eklo, secrétaire administratif du parti, soit par le responsable d’un service public ou privé) viennent chanter et danser pendant que sont immolés des moutons à pelage blanc sur la carcasse du DC-3 pour sceller dans le sang l’alliance du peuple togolais avec le « miraculé de Sarakawa » et les faire participer, dans un élan de solidarité transcendant les particularités régionales, à « l’œuvre intrépide de la construction nationale ».

Le 23 octobre 1978, des professeurs de lycée et de l’Université de Lomé sont envoyés en pèlerinage à Sarakawa après leur sortie de prison suite à leur participation présumée à un complot. De même en est-il en mars 1980 des familles métisses de Lomé après leur réhabilitation », précise l’ouvrage.

L’auteur a en outre fait un lien entre le culte de Gu qui est le dieu du Fer dans le panthéon Vodou et qui existe au Sud du Togo, au Bénin et au Nigeria. Les adeptes de ce fétiche sont souvent vêtus de blanc comme le font justement les tenants du pouvoir.

Un autre rapprochement est fait entre les « trônes-autels », appelés en Ewé « Togbi-zikpi ». « On distingue trois sortes de trônes ancestraux selon qu’ils sont consacrés aux ancêtres éponymes ou de lignage ou à l’esprit errant des guerriers frappés de mort violente sur le champ de bataille.

Dans ce cas, les trônes sont appelés « Ava-zikpi » (ava : guerre). Pour Albert de Surgy, « le culte rendu sur le trône de guerre ne s’adresse nullement à l’ancêtre fondateur du trône et à ses descendants, mais à des esprits errants dont il a été responsable de la mauvaise fortune. C’est pourquoi il peut être institué du vivant même de l’ancêtre fondateur » », explique Comi Toulabor.

Et d’ajouter : « Sarakawa rappellerait en le déformant le culte aux trônes de guerre et la philosophie qui le sous-tend. Comme dans le culte de Gu, il assimilerait la symbolique qui est à la base du culte aux trônes de guerre. Pourquoi ? Tout d’abord, Sarakawa est apparu comme un champ de bataille où le pouvoir aurait mené la guerre contre l’impérialisme et où il aurait libéré le peuple de son aliénation économique.

L’ordonnance N°79-10 du 22 mars 1979 institue en effet le 24 janvier comme fête nationale de libération économique. Les 24 janvier 1963 et 1967, le général Eyadema aurait libéré politiquement le peuple togolais des mains de ses ennemis intérieurs qui sont les partis politiques ».

C’est ce mythe, ce grand mensonge que Faure Gnassingbé est peut-être en train de tuer sous nos yeux. Mais le peuple togolais aimerait voir disparaître avec ce mythe, la culture de la torture et des arrestations arbitraires.

Source : [24/01/2013] Mo5-Togo

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