
«…A la grande surprise générale, à la mort de Gnassingbé Eyadema, il décide, en mai 2010, de signer un accord avec son fils Faure Gnassingbé parvenu au pouvoir dans une mare de sang le 5 février 2005 à la suite d’un coup d’Etat constitutionnel suivi d’un hold-up électoral…Cet accord présenté comme la paix des braves est perçu dans l’opinion comme une trahison et c’est la descente aux enfers de Gilchrist Olympio et du dernier carré de ses fidèles. » L’Alternative n° 916, 31 octobre 2020
Notre extrait concernant les faits d’armes pas très élogieux du fils du premier président togolais, Sylvanius Olympio, assassiné par Gnassingbé Éyadéma en Janvier 1963, a pour but de rafraîchir la mémoire à ceux qui auraient oublié que le comportement méchant et méprisant vis-à-vis du peuple, de certains leaders de l’opposition de notre pays, est en grande partie responsable du fait que le Togo, végète encore dans cet état de délabrement avancé sur tous les plans. Certes, la question ne se pose plus sur le fait que ce soit le régime Gnassingbé de père en fils qui, à travers son règne dictatorial, est la principale cause du chaos togolais. Mais il serait irresponsable et surtout incomplet de ne pas relever les trahisons, les jalousies, les petits calculs égoïstes de certains au sein de la classe politique de l’opposition, à certains moments-clé de la lutte depuis 1990. Rappelons que Gilchrist Olympio s’était rallié au RPT-UNIR en mai 2010 pour de l’argent, et l’aspect pécuniaire du fameux accord peut être étayé par cet autre extrait de L’Alternative du 31 octobre 2020: «Le leader de I’UFC, au lendemain de la signature de cet accord qui en fait comporte des clauses secrètes (transaction financière et indemnisation de la famille Olympio), se vantait de pouvoir changer le visage du Togo en 6 mois…» Le vieux leader de l’UFC n’étant pas forcément le plus pauvre parmi les opposants togolais au moment de son ralliement au fils du tombeur de son père, nous pouvons affirmer que son comportement d’alors ne pouvait que se justifier par un égoïsme hors pair, par un grand dédain vis-à-vis de ses autres collègues de l’opposition et partant des populations togolaises qui lui avaient fait confiance. Cette attitude méprisante de Gilchrist Olympio pouvait se résumer par la formule: « Si ce n’est pas moi, pas un autre; tout peut se gâter »; comme ce célèbre proverbe en pays Tem: « Si les graines ne peuvent pas être à la portée de la perdrix pour qu’elle en consomme, alors, que tout devienne poussière. »
Le malheureux constat est que la leçon semble n’avoir pas été apprise et que les vieux démons de la haine personnelle, des calculs mesquins, bref de la trahison, ont encore la vie dure. Sinon comment peut-on comprendre que deux mois après que les deux entités de l’opposition aujourd’hui sur le terrain, à savoir, le Manifeste Génération Togo (MGT) et le CNCC (Cadre National de Concertation pour le Changement), se sont retrouvées plus précisément le 25 août 2026 à Lomé pour présenter un mémorandum consacré à la sortie de crise dans notre pays, il est toujours impossible pour les deux regroupements qui comptent en leur sein des partis politiques et des associations de la société civile, de parler d’une voix, en organisant par exemple des manifestations d’un commun accord? À en croire des déclarations, pas très rassurantes, des uns et des autres ces derniers jours, la voie qui mène à la vraie union au sein de l’opposition togolaise semble être encore pavée d’obstacles qui s’apparenteraient à des problèmes de personnes et d’ego. Pourtant à la rencontre des deux regroupements en août dernier tout le monde semblait être d’accord que l’opposition ainsi unie propose notamment un retour à la Constitution de 1992, l’ouverture d’une transition politique et un accompagnement de la communauté internationale.
Qu’est-ce qui se serait passé entre-temps, pour que d’une formation politique, pas des moindres, comme l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), par exemple, on entend ces derniers jours un autre son de cloche qui n’irait pas forcément dans le sens d’une vraie union de l’opposition? Monsieur Éric Dupuy, le chargé à la communication à l’ANC, dans une interview samedi dernier sur Radio Victoire, n’a pas exclu la possibilité pour la formation politique à laquelle il appartient, d’aller à des élections, quelles qu’elles soient, avec le régime qu’ils prétendent combattre. Quant à un possible rapprochement sincère de l’ANC et du CNCC (Cadre National de Concertation pour le Changement) avec le deuxième regroupement de l’opposition, le MGT (Manifeste Génération Togo), Monsieur Dupuy préfère plutôt mettre la primauté sur son parti politique, au lieu de rechercher une union forte de l’opposition. Mais que vaut un parti politique de l’opposition, qu’il s’appelle ANC ou autre, sans résultats concrets face à un régime de dictature plus que cinquantenaire, même si ce parti a aujourd’hui 16 ans d’existence ou plus?
C’est la question que beaucoup de démocrates togolais, au pays ou dans la diaspora, se posent en remuant la tête. Et un leader de l’opposition ne se décrète pas, comme nous l’entendons ces derniers temps de la part de certains acteurs politiques; il s’impose par les actes qu’il pose et non pas par sa longévité comme opposant. Les Togolais n’ont pas besoin d’un chef de file de l’opposition, mais plutôt d’une opposition unie, parlant d’une voix, et où tout le monde est respecté quelle que soit sa taille politique. Car, même après plus de 30 ans, le slogan de Tchèkpo du Professeur Léopold Gnininvi, «Démocratie d’abord, multipartisme après», est toujours d’actualité. Et pour terminer, nous rappelons cette réflexion de cet autre Professeur, un intellectuel qui n’a pas l’habitude d’avoir sa langue dans sa poche, il s’agit de Monsieur Ayayi Togoata Apédo-Amah: « Une ligne politique est basée sur des valeurs et non sur des ambitions individuelles carriéristes de leaders sans foi ni loi.»
Samari Tchadjobo
Allemagne
























