
«…C’est cette ligne qui fonde ma démarche aujourd’hui. C’est celle de la social-démocratie depuis plus d’un siècle: changer la société par la réforme, les institutions et le dialogue, plutôt que par la rupture. Quand on croit à la non-violence et au dialogue permanent, on ne déserte pas les cadres de dialogue: on les investit, on les améliore, et on y défend ses convictions. Ma présence au CPC n’est pas une concession; elle est la mise en pratique de nos idées…» Me Tchassona Traoré
Avec une telle déclaration l’homme politique togolais plante le décor. En effet, Me Tchassona Traoré, dans une interview accordée à l’hebdomadaire togolais, «La Manchette» N° 425 du mercredi, 21 octobre 2026, n’y est pas allé par quatre chemins pour essayer de démontrer l’indémontrable, faisant des affirmations qui semblent venir de quelqu’un qui aurait «oublié» que notre pays, le Togo n’est pas encore une démocratie. Oui, Monsieur Tchassona, pour des raisons personnelles, a feint d’ignorer que lui et ses compatriotes subissent un régime de dictature plus que cinquantenaire de père en fils, allergique à toute idée de dialogue sincère. Il semble décidément s’être trompé de pays en accusant l’opposition togolaise, la vraie, d’être responsable de la rupture, de fuir le dialogue et de ne pas croire à la non-violence. L’indétrônable président du fameux CPC (Cadre Permanent de Concertation) croit au dialogue permanent qui ne donne absolument rien, en dehors du fait que le régime incarné par Faure Gnassingbé profite de ce cadre animé par des acteurs dits de l’opposition, pour continuer sa fuite en avant, en refusant de vrais dialogues. Longue est la liste des désillusions du passé liées à ces pourparlers sans réelle volonté de la part du régime Gnassingbé.
Me Traoré Tchassona est président d’une petite formation politique, le MCD (Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement) qui, comme beaucoup d’autres petits partis politiques, se disant de l’opposition, ne représente pas grand’chose sur l’échiquier politique togolais. Et le fait que le leader du MCD dise se réclamer de la social-démocratie n’est que tiré par les cheveux, comme d’ailleurs c’est le cas de la plupart de ces formations politiques de l’opposition. Car, tant que nous serons en dictature, le Togo restera, jusqu’à preuve du contraire, un no man’s land sur le plan politique. Ni les partis politiques de l’opposition, ni moins encore le RPT-UNIR ne peuvent se réclamer d’une idéologie politique, comme c’est le cas dans des pays vraiment démocratiques; la priorité de l’heure au Togo étant la libération et ensuite la démocratie; après on pourra peut-être parler des idéologies politiques. Revenant sur les propos de Me Tchassona quant à la démocratie participative et la non-violence, ajoutées au dialogue permanent, qu’il revendique comme clous de la philosophie politique de sa petite formation, nous lui rappelons que le régime Gnassingbé dont il tente de se faire l’avocat, a aujourd’hui au Togo le monopole de la violence. Les nombreuses violations des droits de l’homme faites de plusieurs dizaines de prisonniers politiques, dont les plus emblématiques sont Kpatcha Gnassingbé, Jean-Paul Omolou, Marguérite Gnakadé…, de répressions sanglantes de manifestations pacifiques, de nombreux exilés politiques; le tout encouragé par une totale impunité pour les criminels au service du pouvoir, ne doivent pas avoir échappé au juriste Traoré Tchassona.
Alors, la non-violence qu’il réclame comme l’un des fondements de son parti politique MCD (Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement) est le dernier des soucis du régime Gnassingbé qui ne compte que sur la terreur et la force brute comme arguments pour rejeter toute initiative pour une démocratisation sincère du pays. Toujours au cours de son interview auprès de nos confrères de «La Manchette» du 21 octobre 2026, expliquant sa démocratie participative, le «social-démocrate» Tchassona donne les exemples de cohabitation et de grande coalition en France et en Allemagne, entre autres, où des opposants s’allient avec la majorité pour former un gouvernement. «…Être nommé n’est pas se renier. Partout dans le monde, des opposants exercent des responsabilités sans cesser d’être des opposants: grandes coalitions en Allemagne, cohabitations en France, en 2024…» Seulement, il a oublié que comparaison n’est pas raison, et que dans les deux pays européens cités plus haut, les premiers responsables au sommet sont démocratiquement élus, et qu’il ne s’agit pas de régimes de dictature, où le peuple et son opposition d’une part, et le pouvoir d’autre part, se regardent chiens de faïence comme au Togo.
Par ailleurs, Malgré les différentes interprétations qui continuent à se faire tout autour de l’arrêt du 29 janvier 2026 de la cour de justice de la CEDEAO concernant le passage illégal du pouvoir togolais de la 4e à la 5e république, nous trouvons intéressant que Me Tchassona termine son entretien en revenant sur ce sujet pour aller dans le sens qui arrange Faure Gnassingbé et son pouvoir: «La Cour n’a pas annulé la Constitution. Elle n’a pas ordonné la dissolution des institutions. Elle n’a prescrit ni dialogue particulier, ni transition, ni calendrier.» La cour de justice de la CEDEAO envoie le 23 octobre dernier un courrier dans lequel elle demande au ministre togolais de la justice de justifier l’exécution de son arrêt du 29 janvier 2026. Que dit alors Me Traoré Tchassona? Pour le moment, en dehors du président du MCD, d’autres dangereux plaisantins, se disant opposants, devenus des abonnés fidèles et permanents au CPC, sont à l’oeuvre pour accompagner le régime de dictature Gnassingbé dans ses sales besognes pour le plus grand malheur du peuple togolais.
Samari Tchadjobo
Allemagne
























