La leader de la minorité à la Chambre des représentants Nancy Pelosi célèbre la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat. À gauche, le numéro 2 du parti à la Chambre, Steny Hoyer, à droite, le numéro 3, James Clyburn | Photo : Reuters

Au lendemain des élections de mi-mandat qui ont conféré le contrôle de la Chambre des représentants au Parti démocrate, Donald Trump souffle le chaud et le froid, tendant une branche d’olivier à ses adversaires tout en les menaçant de livrer bataille s’ils devaient chercher à lui mettre des bâtons dans les roues.

Dans une série de tweets publiés mercredi matin, le président américain s’est rangé d’emblée derrière la candidature anticipée de la démocrate Nancy Pelosi à titre de présidente de la Chambre. Il s’est du coup immiscé dans une lutte pour l’obtention de ce poste prestigieux, puisque la représentante californienne ne fait pas l’unanimité dans les rangs démocrates.

Quelques minutes plus tôt, il avait mis les démocrates en garde contre la tentation de déclencher diverses enquêtes visant sa personne ou des membres de son administration, comme ils ont désormais le pouvoir de le faire à la chambre basse du Congrès.

« Si les démocrates pensent qu’ils peuvent gaspiller l’argent des contribuables en enquêtant sur nous à la Chambre, nous serons également forcés de considérer des enquêtes sur eux pour toutes les fuites d’informations classifiées, et beaucoup d’autres choses, au Sénat. Ce jeu se joue à deux! »

Ces tweets du président traduisent bien les enjeux auxquels sont confrontés les démocrates, qui reprennent le contrôle de la Chambre huit ans après l’avoir perdu dans la foulée de l’essor du mouvement Tea Party. Cela leur donne un certain contrôle sur l’agenda législatif à Washington.

Les démocrates doivent désormais décider de ce qu’ils feront de cette nouvelle majorité, claire, mais courte. Ils peuvent décider de déclencher de multiples enquêtes concernant le président et son entourage, mais ils peuvent aussi tenter de négocier avec le président Trump sur différents aspects. Chaque option présente des avantages et des inconvénients.

L’appui du président Trump à Nancy Pelosi n’est pas étranger à ce dilemme. Lors de la campagne, Mme Pelosi plaidait pour que les candidats démocrates fassent campagne sur les soins de santé ou sur la création d’emplois par l’entremise de programmes d’infrastructures, et atténuent leur volonté de lancer une procédure de destitution contre le président.

Grâce au contrôle de la Chambre, les démocrates pourraient bel et bien lancer une telle procédure, mais elle serait vouée à l’échec dans la mesure, où le Sénat, qui a son mot à dire dans un tel cas, demeure contrôlé par les républicains. Il s’agirait donc d’une manœuvre politique destinée à nuire au président Trump.

Pelosi volontaire, mais contestée

Dans un discours prononcé mardi soir à Washington, Mme Pelosi, qui ne cache aucunement sa volonté de briguer la présidence de la Chambre, a assuré que les démocrates « travailleront pour des solutions qui rassembleront ». « Nous en avons tous assez de la division », a-t-elle laissé tomber.

La représentante californienne est toutefois contestée à l’intérieur de son propre parti, certains représentants souhaitant ouvertement que les rênes du pouvoir soient confiées à du sang neuf. Son élection à titre de présidente de la Chambre demeure possible, mais n’est pas assurée pour autant.

Représentant l’un des sièges démocrates les plus sûrs du pays, Mme Pelosi siège à la Chambre depuis 1987. Elle a patiemment gravi les échelons pour devenir leader de la minorité démocrate, en 2002, puis présidente de la Chambre en 2007. Dans les deux cas, il s’agissait d’une première pour une femme.

Après la défaite démocrate de 2010, elle est redevenue leader de la minorité démocrate.

En 2016, le poste de leader de la minorité démocrate avait été contesté. Un représentant de l’Ohio, Tim Ryan, avait obtenu 63 votes, contre 134 pour Mme Pelosi.

Anticipant la victoire démocrate lors d’une entrevue accordée dimanche à Fox News, M. Ryan est resté prudent lorsqu’on lui a demandé s’il allait de nouveau tenter de ravir le poste de Mme Pelosi.

« Il y a un certain nombre de candidats qui en discutent, qui parlent de se présenter », a-t-il dit sans donner plus détails. « Je vais dire que ce ne sera pas un couronnement. Quelqu’un va se présenter pour le leadership. »

« Les Américains veulent du changement. Je pense que les démocrates veulent du changement. Alors nous allons avoir cette discussion à compter de mercredi. Je vais prendre part à cette discussion », a-t-il ajouté, confirmant implicitement que la candidature de Mme Pelosi ne passera pas comme une lettre à la poste.

Les démocrates ont trois semaines pour trancher la question. Le choix des leaders du parti doit être décidé lors d’une réunion à huis clos prévue le 28 novembre, soit un peu plus d’un mois avant que le nouveau Congrès issu des élections de mi-mandat ne s’installe, début janvier.

Source : AFP