Pour un huitième vendredi consécutif, la Grande Poste, située au coeur d’Alger, est le point de rassemblement des manifestants | Photo : AFP

Pour un huitième vendredi d’affilée, des milliers d’Algériens se rassemblent dans le centre d’Alger, pour exiger une fois de plus que la classe dirigeante au pouvoir « dégage », mais aussi pour signifier leur rejet du plan de transition qui doit se traduire par l’élection d’un nouveau président, le 4 juillet.

Devant la Grande Poste, devenue le point de ralliement d’une population assoiffée de liberté, des milliers de personnes étaient rassemblées avant même que la manifestation ne débute officiellement, après la grande prière du vendredi, rapporte notre correspondant Jean-François Bélanger.

« Système dégage », « qu’ils partent tous », « le pays nous appartient, on en fait ce qu’on veut » sont au nombre des slogans que scande la foule pour réitérer sa volonté qu’une nouvelle classe dirigeante bénéficiant d’un réel appui populaire émerge de ce mouvement pacifique sans précédent.

« Je suis là pour manifester, pour dire à ce système mafieux, corrompu, de dégager », explique un homme drapé dans le drapeau de son pays. « Le peuple algérien en a marre. Ça fait 57 ans qu’ils sont au pouvoir. […] Ces élections, c’est de la poudre aux yeux. Ils veulent faire des élections pour trafiquer encore, et pour qu’ils restent au pouvoir. »

« C’est un ras-le-bol, et c’est dans ce sens-là que nous sommes sortis, père et fille », explique un autre homme, arborant lui aussi fièrement le drapeau algérien, en précisant que ses autres enfants sont sur le point de les rejoindre. « Nous sommes sortis tous en famille, et c’est pour le crier haut et fort. »

Le président par intérim du pays, Abdelkader Bensalah, a confirmé mercredi que la présidentielle censée consacrer un successeur au président Abdelaziz Bouteflika, éjecté du pouvoir sous la pression de la rue et de l’armée, aura lieu le 4 juillet. Cela est conforme à la Constitution, qui prescrit un scrutin dans les 90 jours suivant la vacance du pouvoir.

Le chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, qui a grandement contribué à pousser son ancien patron vers la sortie, a lui aussi mis tout son poids derrière ce scénario, en faisant valoir qu’il est crucial d’empêcher un « vide constitutionnel ». Il a dénoncé les « slogans irréalistes visant à […] détruire les institutions de l’État » entendus dans les manifestations.

Étant donné le verrouillage du système politique, la rue algérienne craint cependant que ce scénario n’aboutisse qu’à l’élection d’un nouveau cacique du régime. « Si on va vers une élection présidentielle en l’état, elle n’aboutira qu’à élire un autre dictateur », résume un professeur de droit public, Massensen Cherbi.

La réaction des policiers sous surveillance

En début de journée, des policiers ont tenté d’évacuer, sans toutefois utiliser la force et sans y parvenir, le parvis de la Grande Poste, point de ralliement des contestataires. Il s’agissait d’une première tentative du genre depuis le début des manifestations hebdomadaires du vendredi.

Pour la première fois également, plusieurs dizaines de policiers casqués et munis de boucliers barrent depuis le matin l’accès aux abords de ce bâtiment emblématique du coeur d’Alger, obligeant des manifestants à faire preuve de ruse pour s’y rendre.

En avant-midi, des policiers ont par ailleurs tenté d’encercler des manifestants qui s’étaient rassemblés dès l’aube sur le vaste escalier de cet édificie néo-mauresque et de les pousser hors des marches, mais en vain. Ils se sont retrouvés en sous-nombre et vite débordés.

Certains se sont eux-mêmes retrouvés cernés au milieu de la foule qui criait « Silmiya, silmiya » (« Pacifique, pacifique », en arabe).

Les manifestants ont finalement ouvert un chemin permettant aux policiers de rebrousser chemin, sans violence, sous les youyous des femmes. « On n’a rien contre vous, on veut le départ de la mafia », ont lancé certaines aux policiers. « Policier, enlève ta casquette et viens manifester » ont aussi scandé certains manifestants.

« Ce vendredi on sent qu’il y a une tension, les policiers sont nombreux », souligne Karima Bourenane 36 ans, venue manifester avec sa fille. « J’espère que la manifestation restera pacifique ».

Pour la première fois depuis le début de la contestation, qui s’est déroulée dans le calme et sans incident ces dernières semaines, un cordon de véhicules et de policiers avait déjà interdit l’accès aux abords de la Grande Poste jeudi.

Mardi, la police avait aussi tenté de disperser une manifestation pacifique d’étudiants à Alger.

source : Radio Canada + AFP