Les autorités de Hong Kong ont beau avoir interdit la principale manifestation antigouvernementale prévue samedi, des milliers de militants prodémocratie sont descendus dans les rues de l’ex-colonie britannique, au lendemain de l’arrestation de plusieurs figures du mouvement.

La police a cité les échauffourées de dimanche dernier, parmi les plus graves depuis le début de la contestation en juin, pour justifier sa décision d’interdire la manifestation prévue samedi.

Pourtant, cette manifestation avait été convoquée par le Front civil des droits de l’homme (FCDH), une organisation non violente à l’origine de plusieurs rassemblements au cours des derniers mois, notamment la manifestation du 18 août qui a réuni 1,7 million de personnes.

Cela n’a pas empêché les militants prodémocratie de déferler dans les rues. Au lieu de se réunir tous ensemble, ils ont formé des groupes éparpillés, scandant des appels à la solidarité le long des artères commerciales de la ville.

Certains de ces groupes ont convergé vers les bureaux hongkongais du gouvernement chinois ainsi que vers le complexe abritant le Parlement et le siège de l’exécutif hongkongais, où les attendaient des barricades et des policiers en habits antiémeutes.

Florence de Changy, collaboratrice spéciale de Radio-Canada à Hong Kong, a vu la situation dégénérer rapidement.

« Vers 17 h 30 (heure locale), les premiers gaz lacrymogènes ont été tirés aux abords immédiats du parlement, ce à quoi les manifestants ont répondu en envoyant de très gros cocktails Molotov, ce à quoi la police a répondu en sortant les canons à eau » Florence de Changy, collaboratrice spéciale de Radio-Canada

Des briques ou des pierres lancées par des manifestants pourraient aussi avoir déclenché les hostilités. Certaines auraient été jetées avant les premières salves de gaz lacrymogène, selon certains témoignages.

Les manifestants, forcés à reculer, se sont retranchés plus loin, mais ne se sont pas dispersés immédiatement. Certains d’entre eux ont ensuite bâti puis incendié une barricade près du quartier général de la police.

Pour contourner l’interdiction de manifester, des appels avaient été lancés à organiser des rassemblements religieux, qui ne nécessitent pas les mêmes autorisations. Et en début d’après-midi, plusieurs milliers de personnes étaient réunies dans un stade du quartier de Wanchai. Leur rassemblement s’est déroulé dans le calme.

Hong Kong traverse depuis près de trois mois sa pire crise depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions quasi quotidiennes. Une situation inédite à laquelle les autorités de la région semi-autonome peinent à répondre.

Ce samedi marquait le cinquième anniversaire du refus par Pékin d’organiser des élections au suffrage universel à Hong Kong. Cette décision fut le déclencheur du Mouvement des parapluies de 2014, qui avait été marqué par 79 jours d’occupation du cœur financier et politique de la ville.

« Nous poursuivons le combat »

Plusieurs figures du mouvement prodémocratie de Hong Kong ont été arrêtées vendredi. Joshua Wong et Agnes Chow, âgés de 22 ans et populaires au sein de la contestation actuelle, ont été arrêtés pour avoir organisé un rassemblement interdit devant le siège de la police de Hong Kong le 21 juin.

Inculpés vendredi, ils ont été libérés sous caution dans l’attente de leur prochaine audience, fixée le 8 novembre.

« Nous poursuivrons le combat, nous ne nous rendrons pas », a promis M. Wong, qui a déjà passé cinq semaines en détention plus tôt cette année pour outrage au tribunal.

« Tout ce que nous demandons aux gouvernements de Pékin et de Hong Kong, c’est de retirer le projet de loi d’extradition [à l’origine de la contestation, NDLR], de mettre fin aux brutalités policières et d’entendre notre demande d’élections libres », a-t-il indiqué.

Le fondateur du Parti national de Hong Kong a également été arrêté vendredi. Les autorités le soupçonnent d’avoir participé à des émeutes et à des violences.

Un quatrième manifestant prodémocratie, Rick Hui, un membre du conseil du quartier populaire de Sha Tin, a été arrêté vendredi, de même que l’ancienne leader étudiante Althea Suen.

Amnistie internationale a condamné les arrestations de M. Wong et de Mme Chow, les qualifiant de « scandaleuses attaques contre la liberté d’expression et de réunion » et de « tactiques visant à semer la peur tout droit sorties des manuels chinois ».

D’abord né en avril du rejet d’un projet de loi qui aurait permis l’extradition de suspects vers la Chine continentale, le mouvement de contestation s’est élargi à des revendications plus larges, notamment la protection des libertés et de l’autonomie dont jouit l’ancienne colonie britannique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Plusieurs Hongkongais estiment que le régime, décrit par la formule « un pays, deux systèmes » est menacé par l’emprise croissante qu’exerce le gouvernement central chinois.

Source : Radio-Canada, Reuters, Agence France-Presse et Associated Press + Euronews