Lire les trois premières parties de cette série :

Partie I : Trump et les Complotistes / L’Apocalypse du Nouvel Ordre Mondial (Partie I) : Une Glissade Plus à Droite

Partie II : Trump et les Complotistes / L’Apocalypse du Nouvel Ordre Mondial (Partie II) : Bases Arrières ou Fonds Idéologiques des deux camps

Partie III : Trump et Les Complotistes/ L’Apocalypse du Nouvel Ordre du Monde (Partie III) : Le Covid-19 et les Ondes 5G, des armes de « Destructions Massives »


The Great Reset
Source : World Economic Forum

6. Le quatrième ordre du monde ou l’Ordre du Capitalisme Réformé

6.1. Histoire moderne des ordres du monde

Pour comprendre l’évolution des grands changements ou ordres qui affectent le monde, deux types de regards se posent. Il y a le regard politique et il y a le regard économique. Ces deux regards s’accordent actuellement à un niveau pour dire que l’état fébrile du monde en ce premier quart du 21e Siècle est une entrée dans un 4e ordre du monde. Précisons que ces regards sur l’histoire moderne sont des regards de l’Occident.

Selon le regard politique10 le premier ordre du monde est celui instauré en 1815 au Congrès de Vienne où était né le Concert de l’Europe. Le deuxième ordre du monde est celui instauré aux traités de Versailles en 1920 d’où était née la Société Des Nations (SDN). Le troisième est celui instauré à San Francisco en 1945 où est née l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le quatrième ordre qui est en phase de devenir reste à institutionnaliser.

Quant au regard économique11, le premier ordre du monde est celui créé par la révolution industrielle des machines à vapeur au cours des années 1760 en Europe puis en Amérique. Le deuxième ordre est celui créé par la révolution industrielle des machines électriques au cours des années 1870. Le troisième ordre est celui créé par la révolution industrielle des appareils électroniques au cours des années 1950. Le quatrième ordre est celui que va produire la révolution industrielle des applications numériques actuelles avec l’intelligence artificielle.

On peut voir que dans la logique politique les étapes sont marquées par de grandes guerres multilatérales et leurs solutions par la mise en place d’institutions de prévention et de paix, tandis que dans la logique économique les étapes sont marquées par des inventions technologiques et leurs utilisations dans l’entreprise et dans les affaires. Et il va sans dire qu’il y a une interaction continue entre les besoins économiques collectifs et les choix politiques d’intérêt général. Et il est évident à la réflexion que lorsque les choix politiques ne coïncident pas/plus suffisamment avec les opportunités technologiques il devient difficile à moyen ou long terme à satisfaire les besoins économiques réels et de servir l’intérêt général. Cela conduit souvent aux conflits sociaux intérieurs et/ou aux guerres avec l’extérieur. De là découle le chaos national ou le désordre international.

6.2. Le désordre international 3.0 ou le Chaos vu par Trump

Pour décrire le président Donald Trump en peu de mots Fiona Hill, conseillère au National Security Council spécialisée aux affaires européennes et russes, dit simplement : « Il est un agent du chaos ».12 C’est à prendre dans le sens où Trump est une irruption à la surface, un symptôme brusque du chaos souterrain qui mine l’hégémonie américaine sur les relations internationales durant les trois dernières décennies, depuis 1990.

Ainsi au-delà du profil agitateur du personnage Trump et des frasques de ses supporters, nous pouvons percevoir dans le fond que le mandat unique de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d’Amérique a été essentiellement un mandat de contestation, de dénonciation et de déconstruction critique d’un système établi, celui du 3e ordre du monde mis en place depuis 1945. En termes simplistes, pour Trump ce système n’est plus rentable pour les Etats-Unis d’Amérique, alors il faut s’en séparer.

Il est admis que, de façon consciente et parfois inconsciente, Trump a fait cette critique sans complaisance accompagnée d’un défi vis-à-vis du système actuel des relations internationales : celles des Nations Unies, celles du FMI et de la Banque Mondiale ; celles de l’hégémonie militaire et économique globale des Etats-Unis d’Amérique ; celles de la puissance montante de la Chine qui se fait malicieuse et douce mais irrésistible.

Et, dans l’opportunité, des franges souverainistes de partout, infectées parfois de factions complotistes, se sont agglomérées dans le sillage de Trump et se sont accaparé du discours critique et du défi. Ces factions subversives ont transformé et amplifié le discours contestataire en une narration apocalyptique du futur proche. Le fond du récit subversif prédit des violations massives de l’intimité humaine par la biotechnologie et annonce ainsi la fin des libertés privées des citoyens.

Ce récit de la Fin des libertés privées devient alors le schéma par défaut du nouvel ordre du monde calqué dans les esprits. Dans ce nouvel ordre imaginaire les personnes ordinaires deviendraient un troupeau abêti sous le contrôle de puissantes agences de sécurité nationale en connivence avec les multinationales de technologies de communication et de consommation de masse. Les pires prédictions de cette narration fictive sont entre autres la stérilisation forcée et insue, l’injection de biocide lent contre une partie de la population du monde afin de ralentir la démographie. C’est une vision accablante.

Mais au-delà de ce mythe apocalyptique quelle réalité pouvons-nous prédire dans les limites de la raison? Quel nouvel ordre du monde pointe à l’horizon ?

6.3. Le « Great Reset» ou l’Ordre du Capitalisme Réformé 4.0

Le problème principal qui divise le monde à l’intérieur d’une même nation est la répartition de la richesse nationale, donc le type de système économique ; et la question principale qui divise le monde dans les relations internationales est la proportion et la compatibilité des rayonnements ou influences des cultures d’État entre les États-nations, donc les types de régimes politiques.

Dans le contexte actuel le principal problème interne à résoudre pour les nations est le grand écart de revenus qui continue de se creuser entre les minorités capitalistes et les majorités laborieuses. Ce problème est suffisamment exprimé au début et à la fin des années 2010-2020 par le mouvement des ‘’99% Occupy Wall Street’’ aux Etats-Unis et le mouvement des Gilets Jaunes en France, entre autres.

Et le principal problème international à résoudre est que l’ambition de globalisation libérale se heurte à des incompatibilités de valeurs telles que:

  • la position controversée de la Chine qui monte en puissance avec une économie libérale assez dynamique alors qu’elle est enracinée dans un régime politique autoritariste ;
  • la position de réticence ouverte du Moyen Orient qui pratique l’extrémisme armée ancrée dans une foi religieuse qui rejette le libéralisme politique et culturel global;
  • la position rigide et froide de la Russie qui promeut un protectionnisme d’autosuffisance fondé sur une souveraineté ferme.

Alors face à ces principaux défis et les autres problèmes qui y sont attachés la communauté des acteurs progressistes propose une solution alternative. Cette solution est le concept du « Great Reset » ou la Grande Réinitialisation comme action de mise en place d’un nouvel ordre approprié.

Quant on examine de près le Great Reset on se rend compte qu’il s’agit avant tout d’une réinitialisation du capitalisme. L’option est donc pour un nouvel ordre du monde qui passe par le chemin de l’économique. Le Great Reset consiste à faire de grandes réformes qui changent les règles et les pratiques au niveau des formes d’investissements, des modes de production, des types de gestion, des circuits de distribution, de la répartition des revenus etc.

Le processus voudrait évoluer du système ancien de capitalisme des actionnaires pour aller vers un nouveau système de capitalisme des parties prenantes. Dans l’ancien système, qui est très décrié, l’entreprise travaille pour le profit maximum en faveur des actionnaires ou des investisseurs propriétaires. Par différence, dans le nouveau système à venir l’entreprise travaille pour le profit équitable de toutes les parties concernées ; c’est-à-dire pour les investisseurs, les employés, les clients, les fournisseurs, les communautés d’implantation et l’environnement. Et l’appellation consacrée, si l’objectif du Great Reset est atteint, est le « capitalisme des parties prenantes » ou « Stakeholders’ Capitalism » en anglais. C’est le renouveau d’une idée en l’air depuis les années 1930.

En termes techniques le directeur exécutif et fondateur du Forum Économique Mondial, Klaus Schwab articule le projet du Great Reset autour de trois axes13. Ces axes peuvent se résumer à l’essentiel comme suit :

  • Orienter le marché vers des résultats plus justes. Dans ce sens les gouvernements devraient créer et/ou améliorer un cadre de coordination du marché, actualiser les accords commerciaux, mettre en place les conditions appropriées pour une « économie de parties prenantes ». Adopter une meilleure gouvernance dans l’équité.
  • Les investissements devraient poursuivre des buts communs tels que l’égalité et la durabilité. Dans ce sens les dépenses publiques des vastes programmes d’urgence doivent être affectées à des projets innovants et non servir à boucher les trous de l’ancien système défectueux.
  • Le plan du Great Reset devra ancrer les innovations de la Révolution Numérique (4e révolution industrielle) dans le soutien au bien public, particulièrement la santé et les services sociaux.

Ce projet de nouvel ordre économique du monde demande et espère l’implication de toutes les nations y compris la Chine qui est favorable. Plusieurs chefs d’États se sont déjà exprimés en faveur du Great Reset. L’un de ses plus grands soutiens est le prince Charles du Royaume Uni. Selon les indiscrétions le premier voyage à l’extérieur du président américain Joe Biden serait au Royaume Uni. On peut deviner que les modalités de mise en œuvre du Grand Reset seraient un sujet à l’ordre du jour. La Grande Réinitialisation serait donc en route pour institutionnaliser l’ordre économique mondial 4.0.

Le processus actuel de changement de l’ordre économique du monde précède donc, comme souvent dans le passé, celui de l’ordre politique. Ce dernier montre moins de signe d’optimisme à cause de la non compatibilité des cultures d’États avec la Russie, la Chine et le Moyen Orient essentiellement.

6.4. Que retenir ?

Nous pouvons retenir que si complot il y avait, il ne s’agit que du Great Reset. Or à l’analyse, le Great Reset se révèle plutôt un projet crédible de réforme global du système économique capitaliste. Il n’y a pas de raison objective d’en avoir peur ou de s’y opposer. Seuls les capitalistes rentiers peuvent le redouter car il leur enlève quelques privilèges d’argent «facile». Donald Trump en personne est de cette catégorie de capitalistes classiques qui sont des rentiers de longue date et qui ont atteint une limite dans l’innovation entrepreneurial face aux exigences économiques et sociales des temps actuels.

La masse des adhérents du QAnon et autres factions complotistes et les mouvements souverainistes de partout sont dans un grand malentendu. Un peu plus de curiosité intellectuelle ou de prise de conseils avisés avec ouverture d’esprit en ce qui concernant les enjeux socio-économiques du monde actuel pourrait dissiper le voile de fumée de la propagande, faire voir les nuances et lever ce malentendu.

Le nouvel ordre du monde que le Great Reset propose est le « capitalisme des parties prenantes ». Sa réalisation sera une œuvre humaine collective. Bien qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite certaines œuvres sont cependant moins mauvaises que d’autres ; et le « capitalisme des parties prenantes » à mettre en œuvre parait moins mauvais que le « capitalisme des actionnaires » qui est remis en cause.

Nous pouvons aussi admettre que la coïncidence entre la pandémie du coronavirus covid-19 et le grand rendez-vous des débats politiques et d’élections au cours de l’année 2020 a brouillé des pistes. Cela a amplifié des doutes légitimes qui se sont transformés en des peurs collectives.

La peur particulière et légitime de la violation des libertés privées par les nouvelles technologies et autres mesures publiques ne doit pas être balayée d’un revers de la main. Elle doit être retenue et traitée avec esprit critique et discernement positif. Car les bonnes intentions déclarées ne suffisent pas pour garantir une bonne œuvre, l’action juste est nécessaire. Les prédateurs opportunistes sont toujours tapis dans l’ombre, il faut s’en prévenir.

Sur ce plan, face aux changements en cours, les peuples des terroirs doivent se saisir du volet communautaire de la Grande Réinitialisation (Great reset) afin de s’organiser véritablement en sociétés civiles locales pour en connaitre les intérêts, savoir et faire valoir leurs droits spécifiques dans le nouveau contexte. Ils auront besoin d’appuis techniques appropriés.

Pour ce qui concerne en particulier des pays en Afrique qui subissent encore beaucoup d’influences extérieures dans la conception et la mise en œuvre de leurs politiques économique et sociale, il y a urgence que leurs classes politiques avides de changement améliorent leur capacité à étudier et comprendre les réels enjeux globaux et à s’armer de la force morale nécessaire, se doter des outils intellectuels adéquats et construire des bases populaires suffisantes afin de se mettre à la hauteur du défi de globalisme des forces économiques et politiques ./.

Michel Kinvi
21-01- 2021
kinvimichel@yahoo.fr

Michel Kinvi

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Références

10- Davos 2019 – The Modern History of Globalisation [ https://www.youtube.com/watch?v=86lxKzJvTIw&t=322s ]

11- La Révolution Industrielle [ https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_industrielle ]

12- The World order that Donal Trump revealed
[ https://www.theatlantic.com/international/archive/2020/10/donald-trump-foreign-policy/616773/ ]

13- The Great Reset [ https://intelligence.weforum.org/topics/a1G0X000006OLciUAG?tab=publications ]