Idriss deby et patrice talon
Les présidents tchadiens Idriss Déby (g) et béninois Patrice Talon | Infog : 27avril.com

Bénin

Les bureaux de vote ont ouvert au Bénin. Près de cinq millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour élire leur président, après une campagne marquée par des violences dans le centre et le Nord du pays.

Le président sortant Patrice Talon se présente à un deuxième mandat, contre une opposition quasi inexistante. Ses deux adversaires, les anciens députés Alassane Soumanou et Corentin Kohoué, sont peu connus du public. La plupart des opposants sont en exil, condamnés par la justice ou empêchés de se présenter par une réforme du code électoral.

Longtemps salué pour sa vitalité démocratique, le Bénin a vécu une campagne sans éclat ni ferveur dans le Sud, tandis que dans le Nord de graves violences ont éclaté. « La particularité de cette élection est qu’elle se déroule dans une atmosphère de tension et de violence », a observé la plateforme électorale des organisations de la société civile béninoise.

Depuis mardi, les habitants de plusieurs villes du centre et du nord du pays, fiefs de l’opposition, ont bloqué des centaines de voitures et transporteurs en érigeant des barrages. Jeudi l’armée a démantelé les barrages et libéré la voie, en faisant usage de tirs à balles réelles. Au moins deux civils sont morts et cinq autres ont été blessés lors de cette intervention.

Vice-président

« Des militaires qui tirent sur nos enfants, on dirait que nous sommes dans un film. Si le président a des problèmes avec ses opposants qu’il épargne le pauvre peuple », déplore Philomène M’Betti Tepa, une habitante de Boukoumbe, une ville du Nord-Ouest. Vendredi, les représentants au Bénin de l’Union européenne, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et les Etats-Unis ont appelé dans un communiqué commun « à l’arrêt des violences » souhaitant une « élection libre, apaisée et transparente ».

Lors de ce scrutin, les Béninois éliront pour la première fois un vice-président. Patrice Talon est le seul à avoir choisi pour candidat à ce poste une femme, Mariam Talata, une professeure de philosophie âgée de 57 ans aussi charismatique que féministe. Outre l’absence d’une opposition forte, le président peut compter pour sa réélection sur un bon bilan économique : la production de coton, une des principales ressources du pays, a fortement augmenté, la petite corruption a quasiment été éradiquée, et de nombreuses routes ont été construites.

Victoire par KO

En dépit du coronavirus, le pays a réussi à maintenir une croissance positive en 2020. « Je soutiens le président Talon car on avait tellement de problèmes avant. L’eau et l’électricité coupaient tout le temps, aujourd’hui c’est beaucoup mieux », affirme Ulrich Adjalla. Sans emploi depuis des études de sociologie, ce Béninois de 28 ans est persuadé que le président Talon « créera des emplois pour la jeunesse ».

Encore 38% de la population vit sous le seuil de pauvreté, et le chômage des jeunes atteint des sommets. Pour son prochain quinquennat, le président Talon le promet, « le développement ça y est », comme il l’a martelé tout au long de sa campagne, et lors de son dernier meeting vendredi dans le Sud. Devant une foule de partisans, il a promis une « victoire KO » dès le premier tour.

Le dépouillement devrait commencer dès la fermeture des 15 531 bureaux de vote à 16h. Les résultats seront annoncés en début de semaine.

Tchad

Les bureaux de vote ont ouvert au Tchad pour un scrutin présidentiel sans réel suspense. Au pouvoir depuis 30 ans, le maréchal Idriss Déby Itno a glissé son bulletin dans l’urne du bureau de vote Carré 3 Hassan Ibrahim, dans le centre de la capitale N’Djaména.

Le chef de l’Etat, âgé de 68 ans, a voté dans la matinée aux côtés de son épouse Hinda, omniprésente durant la campagne. « J’appelle tous les Tchadiennes et Tchadiens où qu’ils se trouvent à venir voter massivement pour exercer leur devoir et le droit de choisir le candidat qu’ils pensent être le meilleur pour eux », a déclaré Idriss Déby Itno, devant une nuée de journalistes, de militaires et de policiers en armes. « Un boycott ? A vous de dire s’il y a boycott mais tout se passe dans la sérénité, la sécurité, dans un pays en paix et stable », a-t-il poursuivi.

Le maréchal-président brigue un sixième mandat consécutif après avoir écarté ses principaux adversaires. Sept candidatures ont été invalidées par la Cour suprême et trois candidats, dont Saleh Kebzabo, se sont retirés pour protester contre la répression dans le pays. Six seulement défieront le président : Félix Nialbé Romadoumngar, Albert Pahimi Padacké, Théophile Yombombe Madjitoloum, Baltazar Aladoum Djarma, Brice Mbaïmon Guedmbaye et, première femme candidate de l’histoire du Tchad, Lydie Beassemda.

Depuis plusieurs mois, le régime a interdit les « marches pacifiques pour l’alternance » que tentent d’organiser chaque samedi les partis d’opposition les plus virulents. La police anti-émeute disperse manu militari chaque début de rassemblement, lesquels n’attirent pas plus que quelques dizaines de convaincus ou téméraires. L’ONG Human Rights Watch a qualifié jeudi de « répression implacable » cet usage de la force.

Le maréchal Déby a fait campagne principalement sur la « paix et la sécurité » dont il dit être l’artisan, dans son pays mais aussi dans une région tourmentée. Le Tchad, enclavé entre la Libye, le Soudan, la Centrafrique entre autres, est un contributeur de poids au combat contre les djihadistes au Sahel, en projetant des troupes aguerries jusqu’au Mali et parfois au Nigeria.

La majorité des habitants semblent cependant se désintéresser d’un scrutin « joué d’avance » et tentent péniblement de joindre les deux bouts, entre deux coupures d’eau et d’électricité, parfois plusieurs jours d’affilée. Le Tchad est classé au 187e rang sur 189 au classement selon l’Indice de Développement Humain (IDH) du programme des Nations Unis pour le développement (Pnud) en 2020. En 2018, 42% de la population vivait sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Le véritable enjeu de ce scrutin reste le taux de participation. Les résultats provisoires sont prévus pour le 25 avril, et les résultats définitifs seront proclamés le 15 mai.

Source : Africanews