
Le colon a eu deux attitudes par rapport à nos langues. Le colon latin (français, portugais, espagnol) a voulu nous faire oublier nos langues au profit de la sienne (français, portugais, espagnol). Le colon anglo-saxon (britannique, allemand), quant à lui, a voulu réserver sa langue (anglais, allemand) à une petite élite africaine et laisser la masse se débrouiller avec ses propres langues. Les deux attitudes, l’assimilation et l’apartheid, partent d’une même idéologie raciste qui prétend que le Noir est un sous-hommes. Partant, l’un a voulu faire de lui un humain accompli en l’assimilant culturellement au Blanc, homme accompli par définition, l’autre a voulu le laisser évoluer à son rythme en se séparant de lui culturellement et, parfois, physiquement.
Pour les deux, l’«humanisation» du nègre devait passer par une christianisation. L’Anglo-saxon a alors travaillé nos langues pour une version africaine de la Bible. C’est pourquoi les premières écoles coloniales étaient des écoles luthériennes où l’enseignement commençait en langue maternelle africaine. Dans les écoles latinophones l’enseignement religieux et celui de la langue coloniale étaient concomitants. Résultat des courses : 1) l’instrumentation des langues africaines est en avance dans les zones anglophones sur les zones latinophones ; 2) en matière de recherche sur les langues africaines les chercheurs africains sont proprtionnellement plus nombreux en zone anglophone qu’en zone francophone. En francophonie on est plus intéressé au français et à ses succédanés locaux qu’aux langues locales. 3) la voix du panafricanisme linguistique est plus faible en zone francophone qu’en zone anglophone.
Toutefois les deux zones ont un point commun, leur planification linguistique. Au plan national multilingue comme au plan panafricain, les planificateurs pro-langues-africaines préconisent le choix d’une langue pour en faire une langue nationale ou panafricaine au détriment des autres, dans l’ignorance totale de la réaction des populations appelées à reléguer leurs propres langues aux oubliettes.
Avec l’actuel vent du retour aux sources culturelles, on note un regain d’ intérêt pour l’égyptologie au niveau de certaines couches scolarisées en Afrique. Mais les amateurs semblent attirés plus par les aspects mystico-religieux que par des questions existentielles. l’Égypte antique s’étendait du delta du Nil aux sources du grand fleuve, comprenant entre autres, le Soudan post-colonial. Malgré cette étendue l’Égypte est demeurée une nation unie pendant plus de 3500 ans. Pourquoi le Soudan qui n’en était qu’une portion n’a pas pu sauvegarder son unité en seulement 60 ans ?
Quand un pays est monolingue, donc monoethnique, il a plus de chance de garder son unité plus longtemps qu’un pays multilingue, donc multiethnique. Un pays multilingue qui impose une des langues ethniques aux autres langues ethniques ne pourra maintenir son unité que par la dictature, la langue choisie étant souvent celle du dictateur.
Un pays multilingue qui veut maintenir son unité doit commencer par accordée un respect égal à toutes les langues, donc à toutes les ethnies du pays. Il n’y aura donc pas de langue dominante ni de langue dominée. Pour y parvenir on crée une écriture idéographique appelée tantôt idéographie, tantôt logographie, tantôt pasigraphie. A la différence, les écritures que nous utilisons avec les alphabet latin, arabe ou cyrillique, sont des écritures phoniques. Dans l’écriture alphabétique il nous arrive d’introduire les signes idéographiques. Au lieu d’écrire, en français : «cinq plus trois est égal à huit», je peux écrire «5+3=8», une formule qui peut être lue avec le même sens dans plusieurs langues.
C’est le principe de l’idéographie, écriture collective et respectueuse des langues, donc des ethnies. C’est l’écriture qui met toutes les ethnies du pays au même niveau culturel, qui rend chaque ethnie responsable du maintien ou de la disparition de sa langue.
C’est l’écriture qui permet au roman écrit en wolof d’être lu en swahili ou en hausa sans traduction, c’est l’écriture qui permet la naissance d’une littérature africaine pour les Africains. C’est l’écriture qui rendra effective et moins onéreuse l’unité africaine.
C’est l’écriture qui refera de l’Afrique une terre de sciences comme elle a fait de l’Égypte pharaonique une terre de savoir jamais égalé.
Zakari Tchagbalé
























