
Pour dénoncer les maux qui minent le continent africain, Guy Marius Sagna, député et militant anti-impérialiste sénégalais n’y va pas de main morte. Pour lui, l’appauvrissement du continent est à chercher du côté de ceux qui en sont les dirigeants. « Qui a appauvri l’Afrique ? Ce sont nos présidents ! » avait-il lancé en substance celui qui est devenu député sous les couleurs des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), devant le Parlement de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le 21 juillet 2024. De propos qui n’est pas du goût du bureau de l’instance sous-régionale qui s’est fendue d’un communiqué en ce sens : « Nous sommes libres d’exprimer nos points de vue et d’accueillir des opinions dissidentes, à condition que ces points de vue soient guidés par les valeurs de respect, de solidarité et de coopération qui sous-tendent notre organisation régionale. Toute remarque non parlementaire ne sera pas tolérée, car elle va à l’encontre de l’esprit de fraternité et de collaboration qui doit prévaloir au sein de la CEDEAO et au-delà », lit-on dans le communiqué qui poursuit quelques lignes plus loin : « Notre statut de Parlement communautaire ne nous dispense pas de l’obligation de respect et de courtoisie envers nos chefs d’État et de gouvernement. Le Bureau exhorte tous les membres du Parlement à agir conformément à l’Acte additionnel et au Règlement intérieur du Parlement de la CEDEAO. De plus, le Parlement réitère son soutien et sa coopération avec l’Autorité des Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO pour réaliser les aspirations des peuples de la Communauté ».
La réponse de l’accusé ne s’est pas fait attendre : «Je n’ai pas besoin d’être soutenu par le bureau du parlement de la CEDEAO qui, par son communiqué avoue, confirme bien l’existence de la CEDEAO des chefs d’État: sa seule préoccupation. L’avis illégitime et illégal du bureau de la CEDEAO ne m’intéresse pas. Ma seule préoccupation : le panafricanisme au service des peuples africains et non de l’impérialisme et de certains chefs d’État qui sont ses valets. L’ Afrique va changer radicalement. Et l’Afrique de l’Ouest va y contribuer de manière décisive. Plus de 20 organisations du Togo répondent à la CEDEAO des chefs d’État.Continuons la lutte pour l’édification de l’Afrique de l’Ouest des peuples ! ». On comprend que la CEDEAO se fasse un point d’honneur de remonter les bretelles à qui veut faire preuve de discourtoisie à son égard. Mais quand on voit le standing, le panache et le charisme de cette institution, on a tôt fait de donner raison à Guy Marius Sagna qui dans le fond a raison sur toute la ligne. Doit-on en vouloir à Guy Marius Sagna d’estimer qu’il y a deux Afriques qui s’affrontent, une Afrique extrêmement minoritaire – celle des chefs d’État et de leurs maîtres impérialistes – et une Afrique largement majoritaire – Afrique mon Afrique – qui dénonce le manque de respect, la trahison des chefs d’État à l’endroit des peuples souverains ? La CEDEAO doit sérieusement revoir sa copie si elle veut se faire respecter. De cette altercation, la CEDEAO n’aura pas dérogé à sa règle : se ridiculiser comme à son habitude.
Source: lecorrecteur.tg





















