
Au Togo, le gouvernement prévoit construire une centrale solaire à Dapaong, au Nord du Togo. Alors que ce projet promet d’électrifier des dizaines de localités de la région des Savanes, l’acquisition des terres nécessaires soulève de vives inquiétudes. Entre craintes d’expropriation arbitraires, indemnisations incertaines et précédents douloureux, les populations de Nakpagli et de Napiembougou redoutent un avenir marqué par l’injustice foncière.
Le projet régional solaire d’intervention d’urgence (RESPITE) au Togo, financé à hauteur de 60 millions de dollars par la Banque mondiale, promet une amélioration significative en matière d’électrification dans la région des Savanes.
Mais si cette initiative ambitionne d’améliorer l’accès à l’énergie, elle ravive aussi les tensions liées aux expropriations foncières, un sujet épineux dans un pays où la terre est au cœur des identités et des tensions communautaires.
Le projet RESPITE prévoit la construction la construction d’une centrale solaire de 30 MWc avec un stockage batterie de 40MWh à Dalwak, au sud-ouest de la ville de Dapaong. Cette infrastructure devrait permettre d’alimenter en électricité environ 60 localités rurales et renforcer ainsi la résilience énergétique dans cette région particulièrement vulnérable.
Le 21 février dernier, une délégation de la Banque mondiale, accompagnée du minsitère des Mines et de l’Energie, a visité le site retenu entre les villages de Napiembougou et Nakpagli. Si pour le site gouvernemental republiquetogolaise.com, la construction de la centrale nécessitera une superficie de plus de 115 hectares, la mairie de Tone 1 qui abritera le joyau annonce qu’environ 70 hectares ont été acquis pour abriter la centrale solaire. Mais, derrière cette avancée, une question véritable mérite d’être posée : à quel prix pour les habitants ?
Le spectre de l’expropriation qui plane suscite une vive inquiétude chez les populations concernées. Loin d’être une simple formalité administrative, le processus d’acquisition des terres réveille de mauvais souvenirs.
Entre manque de transparence, indemnisation insuffisantes et relocalisations mal pensées, la tentative de défiance envers l’Etat n’est pas à exclure. L’histoire récente au Togo regorge d’exemples où les expropriés ont été laissés pour compte.
En 1999, les habitants des villages de Yenyane et Djabargou, dans la préfecture de Tone, déplacés dans le cadre de la construction du barrage de Koumfab (Dalwak) avaient été relogés à Borgou dans des habitations standardisées, sans prise en compte de leurs besoins spécifiques. Résultats : un rejet massif des logements et un village quasi abandonné aujourd’hui.
Plus récemment lors de l’extension de la plateforme industrielle d’Adétikopé, les populations expropriées ont dû faire face à un processus d’indemnisation interminable, des compensations dérisoires et une absence totale de prise en compte des pertes indirectes. A Nakpagli et Napiembougou, ces précédents alimentent la peur.
Les habitants se demandent si les indemnisations seront à la hauteur de la valeur de leurs terres, où ils seront relocalisés et surtout si les promesses seront tenues. Pour eux, céder leurs terres revient à sauter dans l’inconnu, avec le risque de perdre bien plus qu’un lopin de terre.
Le projet de construction de la centrale solaire de Dapaong ressuscite l’épineuse question de la gestion du foncier au Togo. Dans un pays où la terre appartient aux individus et non à l’Etat, la question des réserves administratives est un casse-tête. L’absence de politique claire en matière d’expropriation et de compensation ne fait qu’exacerber les tensions.
Alors que certains voient déjà une opportunité d’enrichissement personnel à travers des détournements ou compensations biaisées, les populations locales redoutent de se retrouver une fois de plus lésées.
Si le projet RESPITE porte l’espoir d’une électrification accrue et d’une intégration sous-régionale renforcée, il ne pourra se faire sans une gestion rigoureuse et équitable du foncier. A défaut, il risque de devenir un nouveau foyer de tensions sociales où l’urgence se heurtera à l’injustice foncière.
François Bangane
Source: lalternative.info























