Destruction de Sodabi dans la région des Savanes
Quelque part dans la région des Savanes dans le Nord du Togo: Des éléments des « Forces de Défense et de Sécurité » détruisent quelques bidons de « Sodabi », alcool distillé à partir de la séve/coeur de palmiers, provenant du sud du pays | Photo: DR / lalternative.info

Suspendre le sodabi (boisson locale au Togo faite à base de palmiers et très alcoolisée) dans les Savanes sans s’attaquer à son origine ni aux réseaux qui l’acheminent relève plus du symbole que d’une solution. Pendant que l’arrêté du gouverneur fait du bruit, la corruption aux check-points continue de laisser passer des cargaisons entières. Résultat : la boisson frelatée coule toujours à flots à Dapaong.

Depuis mars 2024, le gouverneur de la région des Savanes, Affoh Atcha Dedji, a pris un arrêté (N°001/2025/MATDCC/RS/CAB-GOUV/SG) suspendant l’importation et la commercialisation du sodabi sur l’ensemble du territoire régional. Sur le papier, la décision paraît salutaire : cette boisson frelatée fait des ravages sanitaires et sociaux considérables. Mais à l’épreuve des faits, la mesure soulève davantage d’interrogations que d’espoirs.

Le paradoxe est flagrant. Le sodabi consommé dans les Savanes n’est pas produit localement. Il est importé du Sud, notamment de la zone d’Agbélouvé (Zio), et arrive à Dapaong par le biais des chauffeurs de minibus assurant la ligne Dapaong–Lomé. Ces derniers transportent les bidons confiés par les commerçants et, au retour, les ramènent remplis de sodabi jusqu’au nord.

La vraie question est donc simple : comment cette boisson traverse-t-elle toute la Nationale N°1, franchissant au moins quatre check-points tenus par des équipes mixtes de gendarmes et militaires entre Naboulgou et Dapaong, sans encombre ?

La réponse se trouve dans un mot tristement familier : la corruption. À chaque poste, quelques billets suffisent pour garantir le passage des cargaisons. Le produit arrive ensuite tranquillement à la gare de Dapaong, avant d’être redistribué à l’aide de tricycles dans les points de vente.

Dans ces conditions, les opérations spectaculaires de saisies organisées par les forces de l’ordre ressemblent davantage à une mise en scène qu’à une véritable lutte. Quelques dizaines de bidons exposés publiquement donnent l’illusion d’une fermeté, alors que l’essentiel de la marchandise continue de circuler librement. Pour beaucoup, il ne s’agit là que d’un acharnement sur les plus faibles, tandis que le système bien huilé d’approvisionnement prospère dans l’impunité.

Si le gouverneur veut réellement protéger les populations, la bataille doit être menée à la racine. Tant que la fabrication dans le Sud et le transport sur l’axe national demeurent intouchables, la consommation dans les Savanes ne reculera pas. Tant que les check-points resteront des zones de « passage monnayé » plutôt que des barrages effectifs, la suspension restera une mesure de façade.

L’urgence est donc de briser la chaîne d’approvisionnement en s’attaquant aux réseaux de production et en assainissant les points de contrôle routiers. À défaut, l’arrêté du gouverneur ne sera qu’un texte de plus dans la longue liste des décisions spectaculaires mais inefficaces, pendant que le sodabi, lui, continuera de couler à flots dans les rues de Dapaong.

Source: lalternative.info