
Au Togo, en moyenne 80% des litiges pendants devant les tribunaux sont d’ordre foncier. Malgré l’adoption en 2018, d’un nouveau code foncier et domanial visant à mieux sécuriser la législation foncière, à lutter contre la spéculation, l’expropriation ou encore le bradage des terres rurales, les litiges fonciers ne cessent de s’accroître.
À Dzogblakopé , localité située entre Avéta et Zéglé dans la commune Zio 1, une église est en train de d’ériger le « mur d’Agbogbo » [Il s’agit d’une référence à la muraille d’Agbogbo, un ensemble de murs historiques construits par le peuple Ewe à Notsé pour se protéger dans le temps] autour de plus de 100 habitations et d’un centre de santé. Les propriétaires des terrains et les habitants concernés s’opposent à cette construction.
Attribuée à une église locale, cette construction a provoqué la colère des acquéreurs et des habitants, qui y voient une privation de liberté et une atteinte directe à leurs droits fonciers. Depuis plusieurs jours, excédés, les résidents organisent des manifestations pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une « expropriation déguisée ». Selon eux, le mur, construit sans concertation ni préavis, empiète illégalement sur leurs propriétés et limite l’accès aux infrastructures essentielles, notamment le centre de santé desservant plusieurs villages voisins.
« Nous nous sommes rendus chez le chef de canton, mais il était absent. Sa secrétaire nous a orientés vers le chef du village [qui aurait vendu le domaine à cette église]. Après lui avoir exposé les faits, le chef du village a déclaré ne rien savoir. Les Afantchao, auprès de qui nous avons acquis nos parcelles, sont intervenus pour exiger l’arrêt immédiat des travaux. Nous nous sommes ensuite rendus à la gendarmerie afin de porter l’affaire aux autorités. Après avoir entendu notre version, le CB a convoqué les représentants de l’église et leur a demandé de justifier les raisons pour lesquelles ils tentaient de clôturer tout un espace habité sans en informer les occupants, ainsi que de présenter les documents prouvant que le terrain leur appartenait avant de poursuivre les travaux. Ils ont promis d’apporter ce document, mais, à ce jour, rien n’a été fait », a expliqué Adjéwoda R., un des acquéreurs.
Pour dame Abiré K., « c’est inconcevable, cette histoire. Comment peut-on nous enfermer dans un enclos ? On dirait le «mur d’Agbogbo» de Notsè ! Nous sommes ici depuis plus de 15 ans, et c’est ici que mes enfants ont commencé l’école. L’aîné entrera en classe de seconde à la rentrée prochaine. Nous ne savons pas par quelle magie l’église a acquis les 7 hectares dont notre maison fait partie. Nous lançons un appel pressant aux autorités afin qu’elles nous viennent en aide ».
« Nous occupons ce terrain depuis longtemps, et, depuis quelques jours, nous avons remarqué que des personnes creusaient des fondations autour de nous. Nous leur avons demandé ce qui se passait, mais leurs réponses étaient peu crédibles. Ce n’est qu’après qu’ils nous ont dit que c’était une mission religieuse qui leur avait demandé de clôturer les 7 hectares, affirmant détenir un titre foncier. Nous leur avons demandé de nous montrer ce titre et leur avons ordonné d’arrêter », ajoute, A. Mingoube
Contactés, les autorités locales assurent suivre de près l’affaire et promettent une médiation pour parvenir à un règlement pacifique. « Une rencontre entre toutes les parties sera organisée afin d’éclaircir les titres de propriété et de trouver un accord consensuel », a déclaré un responsable préfectoral, sous couvert d’anonymat.
Dans la matinée du dimanche 10 août 2025, une réunion s’est tenue à la résidence du chef du village, en présence de celui-ci, des notables et de plusieurs personnes ressources. Ces dernières ont attiré l’attention sur la situation. Togbui Tobli 1er a indiqué que leur démarche n’est pas mauvaise, mais qu’il aurait souhaité rencontrer en premier lieu les notables pour discuter du sujet, plutôt que cette cohorte qui est venue. Après concertation, les notables et personnes ressources ont promis de constituer une délégation de six personnes à raison de deux notables par quartier, pour rencontrer le chef du village dans les prochains jours.
En attendant, les acquéreurs et habitants demandent la fermeture des trous creusés pour la fondation qui causent de nombreux accidents. Ce bras de fer illustre les tensions persistantes entre revendications coutumières, projets religieux et droits privés dans des zones périurbaines en pleine expansion.
Séyram R
Source: lecorrecteur.tg























