Depuis plus de six mois, l’Agence nationale pour la sécurité alimentaire du Togo (ANSAT) fonctionne sans véritable direction. L’ancien patron, le tristement célèbre Colonel Ouro Koura Agadazi, promu ambassadeur du Togo en France en février dernier, après avoir géré dans l’opacité totale cette agence, la laisse hémiplégique. Les conséquences se font déjà sentir. (Photo : Des sacs de riz achetés par l’ANSAT entassées, en train de germer dans une cour à Borgou).

Censée garantir la régulation des céréales et la sécurité alimentaire du pays, l’ANSAT tourne aujourd’hui au ralenti. Des difficultés financières paralysent les opérations.

« Le recouvrement des céréales auprès des producteurs piétine dans la région des Plateaux. Les céréales déjà collectées peinent à être acheminées vers les magasins. Il n’y a pas de carburant pour les camions. Pour certaines urgences, le transport se fait au moyen de tricycles », confie une source interne.

Dans la région des Savanes, la situation n’est guère meilleure. En plein recouvrement, une campagne spéciale d’achat de riz a été lancée afin de faciliter l’écoulement des stocks des commerçants, suite au durcissement des conditions d’exportation des céréales de grande consommation.

La quantité disponible est estimée à plus de 15 000 tonnes, mais la campagne spéciale, initiée début juin, peine à atteindre ses objectifs : insuffisance de magasins intermédiaires, pistes impraticables par endroits, manque de camions (l’ANSAT n’en dispose pas et loue auprès de particuliers), etc. La liste des difficultés est loin d’être exhaustive.

Pendant ce temps, les commerçants, harcelés par les banques, attendent toujours leurs paiements depuis juin.

Les stocks achetés traînent, par endroits, à ciel ouvert sous de simples bâches en cette période de grandes pluies. Même si l’ANSAT assure que l’acheminement vers le magasin central sera effectif, la qualité du riz destiné à la revente aux populations reste compromise.

À ce dysfonctionnement logistique s’ajoute un problème criant de ressources humaines. Les ouvriers contractuels, chargés des opérations d’achat sur le terrain, sont en nombre insuffisant.

Du riz stockés sur l’air de séchage du magasin ANSAT de Kpaporga (Kpendjal)

Le personnel manque, et certaines antennes régionales sont confiées à des retraités prolongés par de nouveaux contrats. Dans les Savanes, par exemple, l’antenne est dirigée par un retraité reconduit pour cinq ans.

En l’absence d’un nouveau directeur, l’ANSAT apparaît comme un bateau sans capitaine, incapable d’assurer convenablement sa mission pourtant stratégique. Producteurs et commerçants continuent de patienter, entre factures impayées et récoltes menacées.

Créée en 2008 sur les cendres de l’Office des produits agricoles du Togo (OSAT), l’ANSAT avait pourtant été pensée comme un outil clé de souveraineté alimentaire. Mais, quinze ans après sa création, ces objectifs semblent rester lettre morte.

À défaut de remplir les missions qui lui sont assignées, l’agence s’est muée en institution fantôme, gangrenée par la mauvaise gestion. Le changement de dénomination, sans changement des pratiques internes, n’a finalement rien apporté de nouveau.

Source: lalternative.info