
Un groupe privé asiatique « Planet One Éducation » dirigé par M. Deepak Balaji vient d’obtenir un emprunt de 50 Millions d’euros (~33 Milliards de Fcfa) de la BIDC (Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO) pour construire, équiper et mettre en service 6 centres modernes de formation professionnelle et technique dans les localités de Tandjouaré, Danyi Akpéyémé, Kougnohou, Guérin-Kouka, Agoé-Nyivé et Tsévié.
Il s’agit concrètement de doter ces localités de salles de classe, de laboratoires, d’ateliers techniques et de résidences étudiantes, pour une capacité d’accueil annuelle de 3 481 apprenants. L’objectif est de former une main-d’œuvre qualifiée, apte à répondre aux besoins croissants des entreprises togolaises et régionales. Autant dire que ce projet répond à des exigences de politique éminemment publique (lutte contre la déscolarisation, lutte contre le chômage, formation d’une main d’œuvre qualifiée, création d’emplois adaptés aux besoins de développement, recherche et développement scientifique, hébergement des étudiants etc…)
La question qui se pose à tous est la suivante : Pourquoi une banque communautaire finance-t-elle directement une entreprise étrangère pour réaliser des infrastructures publiques de cette ampleur au Togo?
Oui, vous avez bien lu, la BIDC sollicite directement un opérateur économique étranger pour la création et la gestion de structures éducatives au Togo sans l’implication active du ministère de l’éducation.
L’État togolais n’est pas directement inclus dans le projet, même pas dans sa supervision.
Même s’il a validé le projet, il reste un acteur passif. Le partenariat dont il est question dans l’article est conclu entre la Banque et le groupe Planet One Éducation. C’est la confirmation de la perte croissante de confiance des institutions financières et des bailleurs de fonds dans la gouvernance de Faure Gnassingbé. Nous l’avons évoqué dans nos précédents articles à propos de la détérioration du profil risque du pays et l’augmentation conséquente des intérêts d’emprunts obligataires du gouvernement togolais sur le marché financier régional UMOA-Titres.
En réalité, il s’agit d’un cinglant camouflet pour le régime faurien dont l’incompétence à gérer les finances publiques du Togo n’est plus un secret pour les partenaires techniques et financiers qui prennent désormais toutes leurs dispositions pour minimiser les risques d’investissement à perte.
Habituellement, la BIDC octroie des prêts aux États membres de la CEDEAO qui les utilisent à leur tour pour financer leurs investissements publics (PIP). L’interaction directe entre la BIDC et une entreprise privée extérieure pour la réalisation d’ouvrages publics est censée demeurer une rare exception. Un partenariat public-privé ne se concluant en principe qu’entre État et acteur privé (local ou étranger).
Or, comme la GIZ, German International Cooperation s’y emploie depuis quelques mois, la BIDC a décidé de maîtriser l’emploi des fonds prêtés et par conséquent tout le processus d’exécution du projet financé en concluant directement des contrats avec les promoteurs privés fussent-ils étrangers.
On remarque ainsi que l’objet de la filiale du groupe « Planet One Education Togo SARLU » (dirigée par M. MATAKA Deatalom), couvre un large spectre d’actions allant de la gestion de projet, de la recherche de fournisseurs de matériels, de la supervision de la mise en œuvre de projet, de la gestion des contrats (d’approvisionnement, de sous-traitance) jusqu’à l’ingénierie, l’acquisition des terrains pour le projet, la construction des infrastructures éducatives, y compris leur location et leur leasing. Même la fourniture des services de consulting et de conseil, d’outils et d’équipements de formations, de logiciels, de développement, de contenus de formations sont du ressort de la société asiatique implantée au Togo depuis seulement 2 ans (2023).
L’objectif de la démarche est clair : annihiler autant que possible les risques de corruption (ex : dans l’attribution des marchés publics), de détournement des fonds, de vols de matériels, de mauvaise exécution des travaux comme nous avons l’habitude de le voir au Togo des Gnassingbé. Toute la chaîne de valeurs est sous le contrôle de la BIDC qui n’est pas poir autant une entité philanthropique.
En effet, il convient de rappeler que ce sont les contribuables togolais qui devront rembourser in fine les 50 millions d’euros (33 milliards de Fcfa) puisque les installations construites et tous les services s’y rattachant sont destinés à être loués ou donnés en leasing à l’État togolais. Celui-ci devra ensuite recourir principalement aux impôts pour régler les loyers ou les droits d’usage.
Il reste à espérer que M. MATAKA Deatalom soit incorruptible et qu’il veille à la bonne exécution de ce projet qui fait peser de lourdes responsabilités sur sa tête. Lui et l’État togolais nous sont redevables.
Nous suivrons donc ce projet de près.
Analyse citoyenne de la gestion des finances publiques du Togo / ACGFiP























