Source: ACGFiP

Emprunts Obligataires: Dans la journée du 13 novembre, le gouvernement togolais a encore aggravé la dette publique de 33 milliards de Fcfa après avoir lancé un appel d’offres de 30 milliards.

Officiellement, selon le Trésor public (MEF), cette somme est destinée à « assurer la couverture des besoins de financement du budget de l’État du Togo ». Le budget de l’État a besoin de financement parce qu’il est déficitaire (ex : 6,4% de déficit en 2024 au lieu des 3% maximum requis par l’UEMOA).

Comme nous l’avions précisé dans nos publications précédentes, les conditions d’endettement sur ce marché se durcissent pour l’État togolais. Désormais des difficultés apparaissent même sur l’endettement à court terme qui lui permettait jusque là d’abuser du refinancement.

Dans son appel d’offres, le gouvernement proposait de vendre 10 milliards Fcfa de BAT (bons assimilables du Trésor) à des taux d’intérêts multiples remboursables en 1 an (court terme). Mais il n’a pu vendre que pour 3 milliards de Fcfa au taux de 5,96%.

La cause : Les investisseurs imposaient des taux d’intérêt plus élevés que l’État ne pouvait pas assumer. Il a donc été contraint de ne pas retenir les soumissions correspondantes.
Pour rappel, les investisseurs imposent des taux d’intérêts élevés quand ils n’ont pas confiance en la signature de l’État demandeur à court terme c’est-à-dire en sa solvabilité à court terme, notamment sa capacité à rembourser dans les délais en l’occurrence 1 an.

Quant à l’endettement à long terme (5 ans), l’État togolais souhaitait récolter 10 milliards de Fcfa via la vente d’OAT (Obligations assimilables du Trésor) à un taux d’intérêt de 6,5%. Mais quasiment aucun investisseur n’a répondu à l’appel. Seul 1 investisseur a proposé de lui prêter 750 millions de Fcfa. Et visiblement, il exigeait un taux supérieur aux 6,5% puisque sa proposition n’a pas été retenue.

Cette situation est d’une extrême gravité.

Elle traduit un désintérêt total des investisseurs pour la dette à long terme du Togo alors que le gouvernement devrait avoir plus de facilité à négocier ce type de dette. Ce désintérêt total marque une perte de confiance des investisseurs institutionnels dans la signature de l’État à long terme c’est-à-dire dans sa solvabilité à long terme. Ce peut être dû à plusieurs choses :

– l’absence de vision claire sur la stratégie d’endettement à long terme du pays,

– l’absence de discours sur la politique générale de Faure Gnassingbé après son maintien frauduleux à la tête du pays,

– la dégradation des données macroéconomiques qui traduisent une mauvaise gestion des finances publiques,

– l’absence de publication d’un projet de loi de finances pour 2026 à 1 mois de la fin d’année 2025,

– les tensions socio-politiques etc…

Ce sont des facteurs qui font penser à une navigation à vue et les investisseurs détestent ça.

Ainsi sur les 10 milliards de Fcfa d’OAT à 5 ans appelés, le gouvernement n’a rien récolté et c’est alarmant.

Il s’est alors rabattu sur les OAT à moyen terme (3 ans) pour lesquelles les investisseurs semblent un peu flexibles. Mais cette flexibilité doit être relativisée puisqu’elle impose un taux de près de 8% à l’État qui réclamait 6,5%.

Dans ces conditions, le bon sens commanderait que l’État revoie ses ambitions à la baisse. Là où il comptait emprunter 10 milliards à 6,5% sur 3 ans, il devrait raisonnablement, se contenter de 5 ou 7 milliards à 7,89% sur la même durée. Normalement!

Eh bien, non, le gouvernement de Faure Gnassingbé ne réfléchit pas normalement et ça dure depuis 20 ans sans que l’avantage de sa stratégie nous soit sue ou révélée. Dans les conditions périlleuses évoquées ci-dessus, le gouvernement togolais a décidé de contracter 30 milliards de Fcfa de dette à 7,89% sur 3 ans sur la tête des togolais soit largement au-delà des limites qu’il s’est lui même fixé initialement. La moitié de cette somme a été prélevée sur l’épargne de quelques togolais privilégiés et l’autre moitié provient de créanciers étrangers. Irresponsabilité, incapacité à lire le marché et à faire des prévisions réalistes ou juste inconscience criminelle?

Toujours est-il, que cela représente 3 fois l’objectif initialement visé, et 2 points de pourcentage en plus sur le coût de la dette, à maturité constante. Dans un pays surendetté à 72% du PIB, avec un déficit budgétaire de 6,4% du PIB, un ratio Dette/Recettes fiscales de 412%, un ratio Service de la dette/Recettes fiscales de 62%, cette action est juste suicidaire. Sans oublier que l’économie du pays est essentiellement primaire c’est-à-dire très dépendante de l’exploitation et l’exportation de ressources naturelles brutes (minérales et agricoles).

Dès lors, sans une politique de transformation industrielle de ces ressources pour générer de réelles plus values qui restent dans le pays, ces prises de risques financières inconsidérées sont juste irresponsables et stupides.

À ce stade, il ne s’agit pas de recalibrage stratégique mais de naufrage volontaire qui aura des répercussions sur les politiques publiques, la priorisation de celles-ci et qui conduira in fine à l’aggravation délétère des conditions de vie des citoyens togolais.

Ce n’est pas anodin. Nous pouvons déjà prédire des retards de salaires de 3 mois pour les fonctionnaires à partir de février 2026. Ces retards vont se répéter plus que par le passé. Les fournisseurs de biens et services aux administrations publiques doivent également s’attendre à des arriérés supplémentaires de 3 mois minimum.

C’est un chamboulement important qui devrait faire l’objet de débats publics au minimum à l’Assemblée nationale. Il n’en est rien.

En moins de 24h, loin du Togo, dans une salle de marché froide et insipide, des programmes d’investissement public togolais à court et à long terme se sont mués en programmes à moyen terme avec tous les risques financiers et les risques de faisabilité que cela comporte à cause de l’incompétence notoire d’une minorité autiste qui veut se maintenir au pouvoir coûte que coûte. Pire, la stratégie d’endettement à court, moyen et long terme n’est jamais discutée à l’Assemblée nationale. C’est pourtant elle qui amende et vote le budget de l’État.

Au lieu de ce travail crucial, on sert de la distraction à la masse et on flâne dans des congrès et fora inutiles aux frais du contribuable. Il serait grand temps que tout cela change.

Pour rappel, la dette publique est de 4631 Milliards de Fcfa au 30 juin.

Source: Analyse citoyenne de la gestion des finances publiques du Togo / ACGFiP

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