Grace B. Koumayi | Photo: DR
Grace B. Koumayi | Photo: DR

L’affaire Grâce Koumayi continue de susciter de vives réactions au sein de l’opinion. Mais les organisations féminines, habituellement promptes à dénoncer les violences sexuelles, restent muettes. Un silence qui contraste avec leur indignation affichée en août dans une autre affaire de viol, et qui soulève de sérieuses interrogations.

Depuis plusieurs semaines, l’affaire « Grâce Koumayi », du nom de la sage-femme, activiste et figure politique reconnue pour ses critiques envers le régime de Faure Gnassingbé, alimente intensément les débats.

Entre indignation et incompréhension, de nombreux Togolais réclament davantage de lumière sur les allégations de viol dont aurait été victime Grâce Bikonibiyaté Koumayi durant sa détention au Groupement de gendarmerie de Lomé en juin dernier.

Mais la surprise vient surtout du côté des organisations féminines du pays, qui se terrent dans un silence difficile à justifier.

« Le silence n’arrange que les bourreaux et les encourage dans leur forfaiture ; la loi togolaise est claire, l’impunité n’est plus admise concernant les auteurs de crimes d’ordre sexuel. Nous condamnons sans réserve le viol et l’abus de pouvoir perpétrés dans l’enceinte même d’une administration chargée de protéger les droits des femmes et des filles ».

Voici, en substance, l’extrait du communiqué publié par la Grappe des Organisations Féministes du Togo (GOFT) à la suite de l’affaire supposée de viol au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale déclenchée à la mi-août.

Pourtant, aussi curieux que cela puisse paraître, l’institution dirigée par Confort Kabissa Lamboni reste muette face à l’affaire Grâce Koumayi.

Arrêtée lors de la marche interdite du 6 juin 2025, Grâce Koumayi affirme avoir été violée lors de sa détention au Groupement de gendarmerie de Lomé par certains de ses geôliers. Une accusation d’une gravité extrême, qui touche à la fois aux droits humains, aux violences basées sur le genre et à l’intégrité même des forces de sécurité.

Depuis, l’affaire fait tellement de vagues que la gendarmerie nationale, principale mise en cause, a dû faire une sortie publique le 21 novembre 2025 pour, dit-elle, « situer l’opinion ».

Alors que le GOFT s’était montré intransigeant lorsque le présumé agresseur était un fonctionnaire civil, l’organisation affiche cette fois-ci une indifférence déconcertante devant les allégations d’une militante d’opposition visant la gendarmerie nationale. Comparée à la mobilisation rapide des organisations féminines en août dernier, l’absence totale de réaction aujourd’hui laisse perplexe.

Les mêmes qui dénonçaient l’« omerta » il y a quelques mois semblent désormais s’y inscrire.

Dès lors, une question s’impose : au Togo, la défense des femmes varie-t-elle selon la nature du présumé agresseur, l’identité de la victime ou les rapports de pouvoir en jeu ?

Si certains estiment qu’il est risqué de dénoncer les abus institutionnels dans un contexte où l’espace civique se rétrécit, il est tout aussi légitime de se demander si la mission d’une organisation féministe doit se soumettre à de tels calculs politiques ou sécuritaires.

Ce qui est en jeu ici dépasse largement le cas individuel de Grâce Koumayi : il s’agit de la cohérence, de la crédibilité, et même de la raison d’être des organisations censées porter la cause des femmes au Togo.

François Bangane

Source: lalternative.info