
Au Togo, le pouvoir veut tout contrôler, même une simple réunion corporatiste. Médias, organisations de la société civile, partis politiques : tous les espaces d’expression se retrouvent dans la ligne de mire du régime de Faure Gnassingbé qui voit le danger partout. De simples rassemblements professionnels placés sous surveillance. Une volonté de contrôle qui interroge et pousse à se demander si ceux qui prétendent gagner toutes les élections au Togo avec de scores écrasants sont vraiment en paix avec eux-mêmes.
Les assemblées générales du Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT), organisées ce jeudi 5 mars 2026 dans plusieurs formations sanitaires du pays, se sont tenues dans une atmosphère pour le moins inhabituelle.

D’après plusieurs témoignages, dans de nombreuses localités, des éléments des forces de l’ordre se sont invités à ces rencontres internes du personnel soignant. Une présence qui a suscité incompréhension et indignation parmi les syndiqués.
À l’origine, il s’agissait pourtant d’un simple exercice de restitution syndicale. Le 26 février 2026, le SYNPHOT a tenu son conseil syndical afin de se pencher sur certains sujets considérés comme préoccupants pour le fonctionnement et la crédibilité du secteur de la santé.
Il s’agit notamment de l’amélioration de l’accueil des patients, du retard dans le remboursement par l’État des fonds liés aux kits de césarienne, ainsi que de la lutte contre les détournements de fonds dans certaines formations hospitalières.
À cette occasion, chaque bureau préfectoral du SYNPHOT était représenté par deux délégués. Au terme des travaux, il leur a été demandé de rendre compte des discussions aux membres à la base.
« Il avait été décidé que la restitution se fasse au même moment dans toutes les formations sanitaires, lors d’assemblées générales synchronisées, afin de permettre à tous les camarades d’être au même niveau d’information. Mais nous ne savons pas quelles informations les autorités ont reçues pour dépêcher les forces de sécurité sur les lieux », explique un membre du bureau national du SYNPHOT.
De Vogan à Notsè, en passant par Bè-Kpota et Démakpoè à Lomé, des éléments des forces de l’ordre se sont ainsi invités aux rencontres. « Nous avons reçu la visite des forces de l’ordre. Ils disent qu’ils sont là pour assister à l’assemblée générale de restitution », raconte un membre du SYNPHOT à Lomé.

Une présence jugée intimidante par de nombreux agents de santé. Pour plusieurs membres du personnel soignant, il s’agit d’actes d’intimidation orchestrés, selon eux, par des directeurs de formations sanitaires ou par les autorités préfectorales.
Depuis quelques années, le gouvernement togolais semble en effet de plus en plus méfiant à l’égard des rassemblements publics, qu’ils soient politiques, syndicaux ou citoyens. À l’exception des mobilisations organisées en soutien au pouvoir, nombre d’initiatives collectives font désormais l’objet d’une surveillance étroite.
Mais de quoi le gouvernement a-t-il peur ? Comment un pouvoir qui affirme avoir remporté toutes les élections avec des scores écrasants et qui répète à l’envie que l’opposition est devenue inexistante peut-il redouter de simples rassemblements corporatistes ? La paranoïa qui s’est emparé du pouvoir de Lomé n’a visiblement pas de limite.
François Bangane
Source: Lalternative.info























