
Ces dernières semaines, trouver du ciment dans les Savanes relève d’un véritable parcours du combattant. À Dapaong comme dans plusieurs localités de la région, les magasins de vente ferment les uns après les autres, face au durcissement du ton des autorités. Dans les rangs des détaillants, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer une régulation fondée sur le bouc émissaire.
« Les fournisseurs imposent les prix qu’ils veulent. On ne peut pas acheter et vendre à perte », se plaint Majeed, debout devant son magasin clos dans la banlieue Est de la ville de Dapaong.
Officiellement, le prix du ciment est fixé à 81 000 F la tonne, et les détaillants sont tenus de respecter ce tarif. Depuis novembre dernier, les autorités ont renforcé les contrôles pour en assurer l’application. Mais cette approche semble occulter une réalité, celle de l’augmentation unilatérale des prix à la source.
Depuis plusieurs mois, les distributeurs agréés — principaux fournisseurs du marché — ont procédé à une hausse significative des prix. Une augmentation que les petits revendeurs subissent de plein fouet.
« On nous livre désormais la tonne à 82 000 F. Nous payons 500 F pour le déchargement, et les services de contrôle des prix nous intiment l’ordre de revendre à 81 000 F », explique un détaillant.
Pris entre des coûts d’approvisionnement élevés et une pression administrative rigide, beaucoup de commerçants ont préféré suspendre la vente du ciment, accentuant ainsi la pénurie.
Déjà en novembre 2025, les revendeurs avaient tiré la sonnette d’alarme lors d’une rencontre avec le gouverneur autour de la hausse du prix du ciment. L’autorité régionale s’était engagée à transmettre ces préoccupations au niveau supérieur afin qu’une solution soit trouvée à la source du problème. Mais plusieurs mois plus tard, aucune mesure concrète n’a été prise. Pendant ce temps, la pression continue de s’exercer sur les détaillants.
Sur le terrain, le sentiment d’une lutte à sens unique est largement partagé. La régulation actuelle frappe les plus faibles et épargne les acteurs dominants du marché. Les détaillants, visibles et vulnérables, subissent contrôles et sanctions. Les distributeurs agréés, eux, restent en dehors du champ de pression.
« Quelle pression peuvent-ils exercer sur ces derniers, alors que ce sont eux qui ont financé leur campagne électorale ? », souffle un acteur du secteur.
Face à l’impasse actuelle, la nécessité de repenser la stratégie s’impose pour de nombreux acteurs. Ils plaident pour une approche plus inclusive, réunissant autour de la même table distributeurs agréés, détaillants et autorités administratives. Une telle concertation permettrait de mieux comprendre les mécanismes de fixation des prix, d’identifier les blocages et de définir des solutions réalistes.
Tant que les distributeurs agréés resteront en dehors du champ de pression, la crise pourrait bien s’installer dans la durée.
François Bangane
Source: Lalternative.info























