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Les résultats des épreuves écrites de décembre 2024 se font toujours attendre. Bientôt dix-huit mois après les épreuves, des centaines de candidats restent dans l’expectative, tandis que l’administration poursuit son cours comme si de rien n’était.

Il y a des silences qui parlent plus fort que n’importe quel communiqué officiel. Celui qui entoure les résultats du concours national de recrutement de fonctionnaires pour le compte du ministère de l’Économie et des Finances en est le triste exemple. Bientôt un an et demi après les épreuves écrites en décembre 2024, les candidats attendent toujours. En vain.

Rappelons les faits. Le 31 octobre 2024, le gouvernement togolais avait officiellement annulé le concours ouvert le 22 janvier 2020 — après plus de quatre ans d’une attente déjà éprouvante pour des centaines de postulants. Dans la foulée, un nouveau concours avait été lancé pour le même ministère, avec 800 postes à pourvoir. Les épreuves écrites s’étaient déroulées à partir du 21 décembre 2024. Une nouvelle chance, semblait-il. Une nouvelle promesse. Mais depuis lors, rien. Le silence de l’administration est total.

Des résultats disponibles, mais non publiés ?

Ce qui rend la situation particulièrement incompréhensible — et irritante pour bon nombre d’observateurs —, c’est que des sources concordantes affirment que les résultats sont disponibles depuis un certain temps déjà. Si tel est le cas, qu’est-ce qui en retarde la publication ? Aucune réponse officielle n’a été apportée à cette question. Le gouvernement de Faure Gnassingbé se mure dans un mutisme que rien ne semble pouvoir justifier aux yeux des candidats et de l’opinion.

D’autant que le contexte institutionnel a évolué de manière significative depuis la tenue des épreuves. Le ministère de l’Économie et des Finances a été scindé en deux entités distinctes, ce qui, logiquement, augmente encore les besoins en personnels qualifiés. Parallèlement, plusieurs départs à la retraite ont accentué les vacances de postes. Les besoins sont là, les lauréats présumés aussi. Seule manque la volonté — ou la décision — de proclamer les résultats.

Une jeunesse suspendue dans l’attente

Pour les candidats, l’équation humaine est lourde. Beaucoup ont suspendu des projets personnels, renoncé à des formations ou laissé passer des opportunités professionnelles dans l’espoir d’intégrer la fonction publique. Pour ceux qui avaient déjà participé au concours annulé de 2020 et s’étaient réinscrits en 2024 — bénéficiant de dispenses de dossier et de frais de quittance —, la désillusion est d’autant plus grande. Ce nouveau concours devait être le rachat d’une faute administrative. Il risque d’en devenir une nouvelle.

Le découragement, à présent, gagne du terrain. Dans un pays où le chômage et le sous-emploi frappent durement la jeunesse togolaise, chaque mois supplémentaire d’attente pèse. Et pour cause : intégrer la fonction publique représente, pour de nombreux diplômés, une aspiration légitime à la stabilité, à la dignité professionnelle, au service de la nation.

La Fonction publique rattachée à la Présidence du Conseil : une responsabilité clairement identifiable

Ce qui interpelle davantage encore, c’est la configuration institutionnelle actuelle. Le ministère de la Fonction publique est rattaché à la Présidence du Conseil, et c’est Sandra Ablamba Johnson, ministre de la Planification du développement et Secrétaire générale de la Présidence du Conseil, qui en assure la tutelle. Une responsabilité politique directe, donc, à l’égard d’un dossier dont le traitement laisse manifestement à désirer.

Or, pendant que les résultats du concours de l’Économie et des Finances demeurent dans les tiroirs, l’administration ne reste pas inactive sur d’autres fronts. Le 10 décembre 2025, c’est Mme Johnson elle-même qui annonçait l’ouverture du concours d’entrée à l’Institut de formation et de recherche démographiques (IFORD) de Yaoundé. Le 30 décembre 2025, un concours national de recrutement d’enseignants était lancé — 3 851 postes à pourvoir ainsi qu’un concours de recrutement pour le Compte du ministère en charge de l’Environnement.

Des annonces qui, loin de rassurer les candidats au ministère de l’Économie et des Finances, ont plutôt alimenté leur inquiétude : leurs résultats seront-ils proclamés avant même la tenue des épreuves de ces nouveaux concours ?

Le désordre comme méthode ?

L’accumulation de ces faits dessine un tableau préoccupant. Des concours lancés, d’autres annulés après des années. Des résultats obtenus mais non communiqués. Des besoins en personnel criants et pourtant non pourvus. Des jeunes diplômés prêts à servir leur pays, maintenus dans une incertitude indigne de la promesse républicaine que représente le service public.

Ce n’est pas seulement une question d’efficacité administrative. C’est une question de confiance entre l’État et ses citoyens. Une confiance qui s’érode à mesure que les semaines passent, sans explication, sans date, sans signal.

Il est temps que les autorités concernées sortent de leur réserve et apportent des réponses claires. Les candidats, eux, ont déjà fait leur part. Ils ont passé les épreuves, attendu patiemment, et continuent d’espérer. La moindre des choses serait que l’État honore, enfin, sa part du contrat.

Source: Lalternative.info