
L’arrêt de la cour de justice de l’organisation communautaire est très loin d’être la baguette magique qui ferait en sorte que Faure Gnassingbé se décide subitement à faire amende honorable, en faisant son mea culpa et en invitant l’opposition pour de sincères pourparlers, afin de disséquer tous les grands problèmes politiques du pays et aboutir à une transition à l’issue de laquelle il ne jouerait plus aucun rôle, comme le réclament beaucoup de leaders de l’opposition depuis des lustres. C’est pourquoi nous essayons d’être réaliste et d’avoir les deux pieds sur terre, en évitant de réveiller de faux espoirs qui nous feraient lâcher la proie pour l’ombre. Faure Gnassingbé, avec les malheureuses expériences faites avec lui, quant à sa gouvernance chaotique, faite de malversations de toutes sortes, d’impunité totale, de nombreuses violations des droits de l’homme, et surtout avec son entêtement à continuer à foncer dans le mur, malgré un environnement régional qui ne s’y prête plus, n’est pas homme à renoncer volontairement au pouvoir. Surtout qu’il lui manque la sagesse et l’amour pour son peuple, dont tout dirigeant qui sait ce qu’il veut, a besoin, pour s’arrêter au moment où il faut.
Dans un communiqué relatif à la décision de la CEDEAO, publié il y a quelques jours, par le mouvement de libération nationale «Freeedom Togo MLN», et signé par son président Monsieur Kofi Yamgnane, nous lisons entre autres: «…Dès lors et après le désaveu déjà acté de la Commission des Droits Humains de l’Union Européenne, la démonstration est faite du caractère illégal, illégitime et imposteur du pouvoir togolais qui doit sans délai démissionner. » Nous reconnaissons les efforts et les appels des uns et des autres pour pousser Faure Gnassingbé et son régime vers la sortie, mais les choses ne se feront pas d’elles-même. Le dictateur togolais ne fera pas ce plaisir à ses concitoyens en démissionnant sans y être contraint d’une façon ou d’une autre. Faure Gnassingbé n’est pas prêt à scier volontairement la branche sur laquelle il est assis, comme nous l’indiquions dans le titre de notre réflexion. Et c’est ce que la coalition des partis politiques de l’opposition, organisée au sein du CNCC (Cadre National de Concertation pour le Changement), reconnaissait devant la presse à Lomé, jeudi, le 2 juillet 2026: « Pour les responsables de la coalition, l’arrêt de la juridiction communautaire ne saurait produire, à lui seul, les effets politiques recherchés. « Nous ne sommes pas à l’arrivée, mais à un tournant crucial de notre histoire politique », affirme le CNCC dans sa déclaration liminaire, appelant les Togolais à s’inspirer des grandes mobilisations populaires de 1958, 2012 et 2017. La coalition met ainsi en garde contre tout triomphalisme et appelle à inscrire cette décision judiciaire dans une dynamique de mobilisation citoyenne de long terme.»
Après cet appel à la raison, pour à éviter de se faire des illusions que tout est déjà gagné par le seul fait de la décision de la cour de justice de l’organisation sous-régionale, le CNCC qui regroupe des partis politiques comme l’ANC, l’ADDI, les FDR, le PSR et plusieurs organisations de la société civile, n’a pas manqué d’insister sur ce qui a toujours été le ventre mou de l’opposition togolaise: l’union. Les responsables du regroupement de l’opposition souhaitent la convergence des forces démocratiques. Ils plaident pour un rapprochement durable entre les différentes composantes de l’opposition et de la société civile, fondé sur « la vérité, la solidarité, le respect mutuel et une confiance restaurée », afin d’éviter les divisions qui ont marqué les précédentes tentatives d’union. Et ce qui est encourageant, d’après nos recherches à Lomé auprès des uns et des autres, le deuxième regroupement de l’opposition, autour de la DMK-Originale, de la DMP, de la LDP et de Touche Pas À Ma Constitution, penserait également à un rapprochement entre les deux entités de la vraie opposition, actuellement sur le terrain. Vivement que les petits éceuils qui jonchent encore le chemin pour que l’union devienne une réalité, soient rapidement évacués!
Et pour démontrer que cette fois-ci les choses ne se passeront plus comme avant, s’agissant de la possibilité pour l’opposition de parler d’une voix, en mobilisant la plus grande partie du peuple togolais autour d’elle, pour l’assaut final, évoquant l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO, la DMP, l’ANC et l’ADDI ont décidé de ne plus se rendre au dialogue de dupes, pompeusement dénommé CPC (Cadre Permanent de Concertation), prévu pour se tenir du 30 juin au 3 juillet 2026. Le président de l’ANC, Monsieur Jean-Pierre Fabre, ne mâche pas ses mots pour décrédibiliser le fameux cadre de concertation en ces termes: « Le CPC est loin de constituer un véritable espace de dialogue politique ouvert et crédible. Il sert essentiellement à cautionner des décisions arrêtées à l’avance par le pouvoir RPT/UNIR et à offrir une façade de concertation démocratique. » On voit bien que la voie est désormais libre pour que les deux regroupements de l’opposition se rapprochent, s’unissent et parlent d’une voix. Car, vu l’important enjeu qui est celui d’éviter à notre pays un destin peu enviable auquel nous prépare le régime togolais, autour de Faure Gnassingbé, tout le monde semble avoir compris que l’heure n’est plus aux considérations personnelles.
Quant à la diaspora, quel que soit le regroupement ou individuellement, nous devrions désormais quitter le populisme pour être plus réalistes et reconnaître que nous n’aurions pas la baguette magique si nous étions au pays. C’est pourquoi, de notre point de vue, il serait sage que les Togolais de l’étranger, engagés pour l’avènement de la démocratie dans leur pays, fassent preuve de plus de responsabilité, en ne perdant pas de vue le caractère noble de leur engagement et l’importance du travail fait au Togo par les leaders des partis politiques et des associations de la société civile.
Samari Tchadjobo
Allemagne
























