C’est un secret de Polichinelle que le pouvoir a démissionné de bien de ses prérogatives. A côté d’avoir renoncé à leur assurer la sécurité, les Togolais devront être leurs propres sentinelles pour s’éviter certains problèmes de santé ; du moins ne pas compter sur les gouvernants pour les épargner certains risques.

Du scandale du tilapia contaminé à l’affaire Efferalgan sirop à problème en passant par le dossier Fan Milk à problème, il y a une drôle de façon du gouvernement de gérer ces risques de santé publique. Tout porte à croire que le pouvoir cherche à protéger des intérêts d’un groupuscule d’affairistes plutôt que de veiller à la santé des populations.
Dossier de tilapia contaminé
C’est depuis septembre 2015 que ce dossier existe et est connu des autorités togolaises, notamment le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Hydraulique. C’est le ministre Ouro-Koura Agadazi en personne qui a écrit le 16 septembre aux responsables de la société Andaman ayant importé illégalement au Togo deux conteneurs de tilapias, qu’après analyses effectuées par le laboratoire de l’Université de Lomé, les produits sont contaminés par des substances chimiques utilisées pour son conditionnement et les a sommés de détruire la cargaison. Le dossier a-t-il été suivi ? Pas si sûr.
En tout cas, la cargaison n’a pas été détruite jusqu’en novembre, soit deux mois après. Le gouvernement n’a pas cru devoir alerter la population et l’appeler éventuellement à éviter la consommation de tilapias ces temps-ci. Et il se trouve que l’un des conteneurs pourtant sous scellés a miraculeusement disparu et le contenu liquidé sur le marché. La même société a ensuite importé deux autres conteneurs qui auraient miraculeusement échappé au contrôle des autorités phytosanitaires et les tilapias contaminés ont été vendus au frigo Etonam sis à Cassablanca appartenant à l’épouse du frère de la ministre multitâche, Victoire Tomegah-Dogbé. Des consommateurs ont acheté ces produits contaminés sources de problèmes de santé allant des palpitations aux cancers.
Il a fallu que ce soit la presse qui ébruite l’affaire, notamment le confrère L’Alternative dans sa parution N°474 du 13 novembre 2015 pour alerter l’opinion, lui-même informé grâce au refus des importateurs et leurs soutiens d’honorer leurs engagements (sic) envers des journalistes qu’ils tentaient de corrompre, pour que l’opinion ne sache l’existence d’un tel scandale. Dieu sait que le dossier n’aurait pas été révélé que les Togolais n’auront rien su. Tout ce que le ministre a fait, c’est d’incinérer une partie de la cargaison importée, 24 tonnes, le 18 novembre à Adétikopé. Et incident (sic) clos. Dans cette affaire, il y a eu faux et usage de faux, tentative de corruption, menaces, cupidité et mise en danger volontaire de la santé publique. Mais au niveau du pouvoir, on ne compte pas aller plus loin, pas de poursuite judiciaire. Le plus cocasse, Ouro-Koura Agadazi a semblé minimiser la portée du scandale après l’incinération, dardant qu’il fallait juste pour les importateurs attendre que le produit chimique se dissipe avant de vendre ces tilapias.
C’est le scandale qui a suivi. « Chers clients, suite à nos contrôles de routine, nous avons constaté que les produits ci-dessous ne répondent pas à nos critères de qualité. Nous tenons donc à les rappeler et vous les remplacer dans les meilleurs délais. Il s’agit des produits Yaourt Nature, prod. 05/11/15, Exp. 09/12/15, lot 4605 et Yaourt Vanille sucré, Prod. 06/11/15, Exp.10/12/15, lot 4609. Nous vous présentons nos excuses pour le désagrément causé. En vous remerciant de votre habituelle collaboration, recevez, chers clients, l’expression de nos salutations distinguées ». Telle est la note circulaire adressée aux propriétaires des dépôts dans la semaine au 5 au 12 décembre, par Kossivi A. Lantsigble, le Directeur délégué de Fan Milk Togo.
On rassure qu’ainsi, les produits à problème – le vocable « produits [qui] ne répondent à [leurs] critères de qualité » n’est visiblement qu’un euphémisme pour cacher un risque certain qui nécessite leur retrait du circuit – ont été retirés du marché. Mais Dieu seul sait ce qu’il en est dans la réalité, puisque personne, ni même les défenseurs des droits des consommateurs n’ont été associés à ce retrait allégué pour en attester de l’effectivité. Quand ces produits à problème ont-ils été livrés aux dépôts et retirés ? Omerta. Une chose est sûre, ils auraient été vendus à des consommateurs qui les auraient ingurgités avec délice, les exposant ainsi à tous les risques y relatifs. Ici aussi, les autorités compétentes n’ont pas trouvé nécessaire d’aviser les consommateurs du danger. Il a fallu que ce soit la presse qui ébruite le scandale – c’est « The Guardian » du confrère Ambroise Kpondzo qui l’a révélé premièrement – pour alerter l’opinion et obliger les gouvernants à réagir. Le plus cocasse, le ministre Ouro –Koura Agadazi a semblé une fois de plus minimiser le risque et faire de la publicité pour la société. « Je veux saisir cette occasion pour dire aux consommateurs qu’il n’y a aucun risque à acheter les produits de Fan Milk », a-t-il envoyé comme message au cours d’une visite organisée dans l’usine. Par la suite, les journaux maison ont fait le reste, laissant croire qu’il n’y a rien à signaler et peignant de fait l’alerte des confrères comme une fausse.
Scandale d’Efferalgan pédiatrique
C’est le dossier du moment. Un lot d’Efferalgan pédiatrique 3% importé dont la date de péremption est antérieure à octobre 2018 et envoyé sur le marché est à risque. C’est le fabriquant français UPSA lui-même qui a sonné l’alerte après avoir livré ces produits à des pays. Selon les informations confirmées par la Ligue des consommateurs du Togo (Lct) qui était en conférence de presse hier sur le sujet, c’est depuis le 12 décembre 2015 que la société a communiqué là-dessus. Il nous revient qu’en Côte d’Ivoire, l’organe qui s’occupe des produits pharmaceutiques a réagi depuis le 21 décembre et ordonné le retrait desdits médicaments de conditionnement à problème du circuit. Au Togo, malheureusement, c’est le 28 décembre, soit une semaine après la Côte d’Ivoire et plus de deux semaines après l’alerte du fabricant qu’une note circulaire signée de Dr Atany Nyansa, le Directeur des Pharmacies a été adressée aux pharmacies pour leur demander de le retirer du circuit de distribution.
Aujourd’hui on assure que c’est fait. « La totalité des lots de solution buvable Efferalgan pédiatrique 3% ont été retirés du marché togolais après une note adressée par le fabriquant français UPSA suite à la mise en évidence d’un défaut de conditionnement sur les produits ayant une date d’utilisation antérieure à octobre 2018. Simple mesure de précaution », écrit republicoftogo qui ajoute même qu’« aucun malade n’a cependant été signalé ». Mais personne ne peut vérifier, ni même les défenseurs des droits des consommateurs qui n’ont nullement été associés à l’opération. Certainement que ces produits ont été vendus dans les pharmacies à des clients qui les ont administrés à des enfants, avec tous les risques que cela induit. Certains doivent même continuer à l’utiliser aux enfants, surtout qu’il est facilement trouvable dans la rue avec le phénomène de médicament de rue. Pas d’alerte en avant, ni communication publique formelle du gouvernement en aval pour appeler les populations à la vigilance. Et pourtant cette affaire bruissait sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours !
Ces trois dossiers illustrent, si besoin était encore de le prouver, la démission totale des gouvernants de leur devoir de protection des populations. Aucune alerte précoce envoyée aux populations, si ce n’est la presse ou les médias en général qui tiennent informés les citoyens. Tout porte à croire qu’il n’y a aucune autorité idoine, de ministre de la Santé et de la Protection sociale au Togo. Y a-t-il une mise à mort volontaire des populations qui ne dit pas son nom ? Les Togolais sont simplement appelés à veiller à leur santé, car c’est le dernier des soucis de Faure Gnassingbé et les siens.
Source : Tino Kossi, Liberté























