Le nouveau président démocratiquement élu du Bénin, Patrice Talon a réservé sa première sortie au Togo. Avant même de prendre officiellement fonction le 6 avril prochain, Patrice Talon a effectué une visite éclair à Lomé où il a été reçu par Faure Gnassingbé.

Président élu du Bénin Patrice Talon (g) et président mal-élu du Togo Faure Gnassingbé, Lomé, 28 mars 2016 | Photo : Republicoftogo
Président élu du Bénin Patrice Talon (g) et président mal-élu du Togo Faure Gnassingbé, Lomé, 28 mars 2016 | Photo : Republicoftogo

Le nouvel homme fort de Cotonou est arrivé au poste frontière Hilacondji où il a été accueilli par le ministre en charge des Affaires présidentielles Solitoki Esso. Avant de prendre ensemble la route pour Lomé.

Rien n’a filtré de l’entretien entre Faure Gnassingbé et Patrice Talon. Et les spéculations et les commentaires vont bon train. Certaines sources indiquent que la visite surprise de Talon à Lomé serait inhérente aux rapports mouvementés entre lui et Boni Yayi. Des informations de plus en plus persistantes à Cotonou font état de ce que les services de protocole de Boni Yayi chercheraient à torpiller la cérémonie d’investiture. Patrice Talon ayant senti le danger, a décidé de solliciter la médiation de Faure Gnassingbé. « Thomas Boni Yayi transmettra-t-il officiellement les dossiers de l’Etat à son ennemi juré Patrice Talon, nouveau président élu du Bénin ? Participera-t-il à la cérémonie d’investiture de l’homme d’affaires le 6 avril ? (…) Voir son plus grand ennemi prendre le pouvoir, alors qu’on l’a tout le temps vilipendé et humilié, c’est cruel. Plus qu’une déroute, une gifle », écrivait le journal français « Le Monde ».

Pour couper court aux rumeurs qui enflent à Cotonou, Boni Yayi, selon le confrère béninois « L’Evénement Précis», a donné des instructions afin que des dispositions soient prises pour assurer les préparatifs relatifs à la passation des charges présidentielles et la cérémonie d’investiture de Patrice Talon. « Mieux, cette cérémonie tant attendue ne sera pas organisée sans les représentants du président entrant. Cette décision vient une fois encore rehausser l’image de la démocratie au Bénin », écrit le confrère.

Ceci dit, la visite de Patrice Talon à Lomé suscite beaucoup d’interrogations. Pourquoi le nouveau président béninois a-t-il fait le choix de venir chez Faure Gnassingbé et pas chez le président en exercice de la CEDEAO Macky Sall ou encore les présidents du Ghana John Dramani Mahama, du Nigeria Buhari Muhammadu, du Burkina Faso Roch Marc Kaboré, de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara, etc. ? Des questionnements qui resteront certainement sans réponse.

De tous ces chefs d’Etat et d’autres encore dans la communauté UEMOA qui rassemble huit (08) pays francophones de la sous-région, Faure Gnassingbé est le moins âgé, mais le doyen pour sa longévité au pouvoir. Il est à son « troisième » mandat présidentiel pendant que tous les autres chefs d’Etat ont décidé de limiter les leurs à deux. Le régime ayant fait sauter le verrou de la limitation du mandat présidentiel dans la Constitution togolaise, il est difficile de savoir jusqu’où il peut aller. Seul son pote, le fantasque autocrate gambien,Yahya Jammeh, a fait mieux dans l’espace CEDEAO. Il est à la tête de son pays depuis 20 ans et a annoncé son intention de ne pas s’arrêter en si bon chemin tant que Dieu lui prêtera vie.

Peut-être que c’est à ce titre de doyen des chefs d’Etat, du moins dans la zone UEMOA qu’il a reçu Patrice Talon. «En Afrique, on ne peut pas désigner quelqu’un du doigt en disant qu’il est un ancien chef». Cette phrase qu’aimait répéter l’ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny explique que l’alternance politique ne soit pas la valeur la mieux partagée dans ces deux pays, la Gambie et le Togo. Quand on a du mal à transmettre le sceptre présidentiel à d’autres, on s’y accroche d’années en décennies.

Source : Médard Amétépé, Liberté