Faure Gnassingbé s’est entretenu avec les chefs traditionnels mardi à la nouvelle présidence sur la problématique de la décentralisation et de l’organisation des élections locales. A l’en croire, la démocratie à la base lui tient fermement à cœur, même s’il est constant que la mauvaise foi notoire doublée du manque de volonté politique du régime a retardé depuis une trentaine d’années l’organisation des élections locales.

Décentralisation oui, mais à quand les réformes politiques? | Caricature : Donisen Donald / Liberté
Décentralisation oui, mais à quand les réformes politiques? | Caricature : Donisen Donald / Liberté

Mais Faure Gnassingbé, lui, a une explication un peu biaisée du retard énorme et inacceptable pris dans la réalisation de la décentralisation des institutions locales au Togo. D’après lui, cette situation serait liée à la crise sociopolitique qu’a connue notre pays ainsi qu’à l’insuffisance des infrastructures dans les localités. Autre raison avancée par Faure Gnassingbé, les querelles et mésententes entre les villages, cantons et localités qui seront regroupés pour former les communes. Voilà l’argumentaire servi pour justifier le fait que le Togo n’ait pas organisé les locales depuis 1987.

« S’il faut attendre de tout régler avant d’aller à ces élections locales, on ne les organisera jamais » (Faure Gnassingbé)

Mais ce qu’il a oublié exprès d’ajouter, c’est que cette situation singulière où les communes sont gérées en toute opacité depuis des décennies par des chefs de délégations spéciales qui sont en fait des activistes du parti au pouvoir, lui profite énormément puisque ce sont eux qui sont les chefs d’orchestre des fraudes massives au profit du RPT/UNIR lors des consultations électorales. Ces délégations spéciales ne sont-elles pas redevables à ceux qui les ont nommées à leurs postes ? Leur action conjuguée à celle des préfets et sous-préfets, de véritables potentats locaux qui excellent dans des actes d’intimidation des populations, des entraves à l’exercice des activités des partis politiques de l’opposition et l’organisation des fraudes massives, donne lieu au cocktail explosif qui caractère souvent les processus électoraux dans notre pays. C’est la raison fondamentale pour laquelle les fameuses « délégations spéciales » sont maintenues depuis des décennies.

Ceci étant, les réformes constitutionnelles et institutionnelles sont tout aussi importantes que la décentralisation et les élections locales. Ces réformes politiques prescrites dans l’Accord Politique Global (APG) depuis 2006 et reprises dans les recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) doivent permettre à la consolidation de la démocratie, de l’Etat de droit, de la bonne gouvernance et de la réconciliation nationale au Togo.

Par deux fois, le pouvoir, par l’entremise de ses députés, a rejeté le projet de loi portant réformes soumis à l’Assemblée nationale. D’abord, le projet déposé par le gouvernement au parlement, une réforme qu’avait pourtant annoncée l’ancien Premier ministre Ahoomey-Zunu dans sa déclaration de politique générale devant cette même Assemblée nationale. Ensuite, le projet de loi initié par l’opposition, notamment le CAR et l’ADDI. Même les dialogues initiés pour tenter de mettre en œuvre les réformes ont été torpillés par qui on sait.

On aurait souhaité, comme dans le cas de la décentralisation, que Faure Gnassingbé expose aux Togolais les raisons pour lesquelles depuis 10 ans, les réformes ne sont pas matérialisées. « S’il faut attendre de tout régler avant d’aller à ces élections locales, on ne les organisera jamais », disait Faure Gnassingbé aux chefs traditionnels. Pour certains observateurs, ceux qui savent lire entre les lignes doivent comprendre qu’il n’y aura pas de réformes avant les élections.

Source : Médard Amétépé, Liberté