C’aurait été l’évènement du siècle au Togo. Mais c’est raté. Le chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre, n’a pas voulu se confiner dans le rôle de méga star lors des festivités marquant le 56è anniversaire de l’Indépendance du Togo.

« Une opposition sérieuse ne peut se prêter à aucune manœuvre visant à l’instrumentaliser » (JPF)
Imaginons l’insoupçonnable Jean-Pierre Fabre bien drapé dans son écharpe de chef de file de l’opposition, trônant aux premières loges aux côtés de Faure Gnassingbé, Dama Dramani, Komi Sélom Klassou et flanqué des autres membres du gouvernement, députés à l’Assemblée nationale ! Le leader de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) aurait conféré au cérémonial une magnificence indéniable. Il serait la Superstar de l’évènement et se retrouverait littéralement sous des crépitements des flashes des photographes. Ce serait une occasion rêvée pour Faure Gnassingbé de le présenter à la face du monde comme le symbole d’une pseudo réconciliation et de l’apaisement politique au Togo.
Comme Jean-Pierre Fabre lui-même le dit si bien, « une opposition sérieuse et rigoureuse, soucieuse de remplir pleinement sa mission républicaine en œuvrant à l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit, ne peut se prêter à aucune manœuvre visant à l’instrumentaliser, à donner le change ou à semer la confusion sur la réalité de la situation politique togolaise».
C’est ce piège que n’a pas su déjouer l’ex-opposant historique Gilchrist Olympio, et Faure Gnassingbé s’est servi de lui pour l’exhiber comme un objet d’art de la République. Un petit tour pour revisiter l’histoire et se rappeler comment le jeune président avait utilisé le patriarche ne serait pas un luxe.
Après son accord bidon conclu avec le RPT, le leader de l’UFC était devenu un trophée de chasse politique, un objet d’exhibition pour le pouvoir. Faure Gnassingbé n’hésitait pas, à chaque fois qu’il y avait un évènement important ou une personnalité est en visite dans notre pays, à introduire Gilchrist Olympio pour serrer la main à l’hôte de prestige ou à le présenter comme signe de l’ouverture politique et de la réconciliation nationale au Togo.
C’est cette farce qu’on avait offerte aux Togolais lorsque l’ancien Secrétaire Général de l’ONU, Kofi Annan était venu au Togo en août 2011. On avait fait expressément appel à Gilchrist Olympio qui séjournait au Ghana pour venir assister à la rencontre. Une place lui avait été réservée au premier rang aux côtés de Faure Gnassingbé.
Bien avant, au mois de mai 2011, lors du sommet de l’UEMOA à Lomé, on avait assisté à la même comédie. Parmi les invités de marque aux premières loges de cette rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement, se trouvait le leader de l’UFC qui n’avait aucun rôle actif à jouer. Faure Gnassingbé avait interrompu son discours, s’est déplacé vers Gilchrist Olympio et les deux hommes se sont donné une chaleureuse étreinte devant les caméras et les chefs d’Etat.
En janvier 2012, Faure Gnassingbé exhibe de nouveau son allié devant l’ancienne Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton qui avait effectué une visite éclair à Lomé. Alors qu’il était annoncé que l’agenda de la diplomate américaine était très chargé et qu’elle ne pouvait pas rencontrer l’opposition, le protocole de la présidence avait introduit Gilchrist Olympio dans la salle d’attente pour serrer la main à l’ancienne First Lady des Etats-Unis.
Bref, après avoir été utilisé, pressuré comme une orange, Gilchrist Olympio a été jeté dans la poubelle de l’histoire. Jean-Pierre Fabre, lui, l’a échappé belle.
Source : Médard Amétépé, Liberté























