Le Secrétaire d’Etat français chargé du Développement et de la Francophonie, André Vallini a effectué les 4 et 5 mai derniers un déplacement à Lomé. Cette visite qui s’inscrit dans le cadre d’une tournée régionale est destinée à réaffirmer les liens d’amitié et l’excellence des coopérations entre le Togo et la France.

« Dans un voisinage où tous les Etats engrangent de remarquables avancées démocratiques (Nigeria, Bénin, Burkina, Ghana…) le Togo, s’il doit être appelé démocratie, est alors une démocratie triste et plus que boiteuse » (Jean-Baptiste Placca)
M. Vallini s’est entretenu avec les autorités togolaises et a visité plusieurs projets appuyés et mis en œuvre par le Service de Coopération de l’Ambassade de France et l’Agence française de développement. Il a inauguré, aux côtés de Faure Gnassingbé, le Centre de formation aux métiers de l’industrie (CFMI) et rencontré des personnalités actives dans le secteur de la protection de l’enfance et de la lutte contre le Sida. Une visite dont s’est réjoui le diplomate français.
Le passage d’André Vallini à Lomé serait sans accroc s’il ne s’était pas laissé aller à certaines déclarations fracassantes, histoire de plaire à ses hôtes. En effet, au sortir d’une audience à lui accordée par Faure Gnassingbé, le Secrétaire d’Etat français a salué le processus de décentralisation lancé par le N°1 togolais et qui, selon lui, « traduit une belle ambition de réforme de la vie publique togolaise ».
André Vallini ne s’est pas arrêté là. Il s’est aussi félicité de l’avancée démocratique du Togo. « La France suit avec beaucoup d’intérêt l’évolution du Togo qui est tout à fait positive, notamment les progrès en matière démocratique », a-t-il déclaré. Des déclarations dû qui dénotent de la méconnaissance des réalités politiques du Togo par le diplomate français.
D’abord, le processus de décentralisation tel qu’il est conduit par le gouvernement aujourd’hui, suscite une vive polémique au sein de la classe politique. Les formations politiques de l’opposition exclues de la préparation et de la mise en œuvre de la décentralisation, ont vertement fustigé la manière unilatérale mais aussi tronquée dont le pouvoir mène le processus. Début avril 2016, les partis regroupés au sein du CAP 2015 étaient montés au créneau pour appeler Faure Gnassingbé et le gouvernement à engager des discussions sérieuses avec la classe politique pour une gestion consensuelle du processus de décentralisation et l’organisation des prochaines élections locales.
Même si le pouvoir est resté indifférent aux interpellations des partis de l’opposition, leur appel a trouvé un écho favorable auprès du clergé qui, dans son message rendu public à l’occasion du 56è anniversaire de l’indépendance du Togo, a exhorté vivement à ce que le « processus de décentralisation et l’organisation des élections locales soient conduits avec diligence et de manière participative ».
Ensuite, dire que le Togo enregistre un progrès démocratique est très loin de la réalité. Faure Gnassingbé depuis son avènement au pouvoir s’est toujours montré hostile aux valeurs démocratiques. La preuve, depuis 2006, les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales auxquelles il a souscrit et qui devraient permettre de consolider la démocratie, la réconciliation nationale et la paix sociale au Togo, dorment dans les tiroirs. De plus, les processus électoraux au Togo n’ont jamais répondu aux normes démocratiques. Le refus de Faure Gnassingbé de signer le protocole de la CEDEAO pour la limitation des mandats présidentiels devrait convaincre André Vallini s’il doute qu’il n’est pas un démocrate convaincu.
Depuis quelque temps, les diplomates européens qui débarquent à Lomé ont cette tendance à peindre en rose la situation politique du pays pour plaire aux autorités togolaises. Cela n’étonne pas qu’André Vallini s’inscrive dans cette logique.
Source: Médard Amétépé, Liberté























