L’Afrique est-elle en train de connaître une évolution des mentalités en matière de goût pour le pouvoir ? On est même tenté de parler de révolution.

Après Patrice Talon, le nouveau président du Bénin qui s’engageait, depuis candidat, à ne briguer qu’un mandat unique au pouvoir, c’est le tour de l’opposant gabonais et ex- Président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, de marcher dans ses pas, en promettant ne faire qu’un seul mandat s’il est élu en août prochain. Mais il existe toujours, malheureusement, des adeptes de la « old school » (vieille école), ces dirigeants qui sont prêts à tout pour s’accrocher au pouvoir, dont Faure Gnassingbé du Togo.
Jean Ping veut faire un seul mandat
Le Gabon est dans une fièvre électorale enclenchée depuis plusieurs mois et animée par des débats où tous les coups sont permis. Le peuple sera appelé aux urnes le 28 août prochain pour désigner le futur président de la République censé diriger le pays durant le mandat 2016-2023. Parmi les challengers d’Ali Bongo, élu au pouvoir en 2009 à la suite du décès de son père Omar Bongo, figure en bonne place Jean Ping. L’ancien président de la Commission de l’Union africaine a été désigné, vendredi 15 janvier, « candidat unique » du Front de l’opposition pour l’alternance (Fopa) pour ce scrutin, avec pour ambition de « créer une nouvelle République démocratique et solidaire ». Il vient de rendre public (le mercredi 04 mai 2016), son programme électoral qui n’est que sa vison du Gabon, agrémenté d’une surprise agréable : faire un seul mandat au pouvoir !
« Mon ambition est de relever le pays, de le libérer de la dictature. Je n’ai pas l’intention de m’accrocher au pouvoir, et c’est la raison pour laquelle je m’engage devant vous à ne briguer qu’un seul mandat. Cet unique mandat de rupture me permettra de lancer les principaux chantiers de refondation de notre pays, qui permettront de remettre le pays sur les rails », a-t-il indiqué. Dans cet ordre d’idée, il s’est engagé à modifier la Constitution actuelle du Gabon afin de limiter le nombre de mandats présidentiels à « deux. Pas plus ». « J’établirai une véritable démocratie fondée sur l’équilibre des pouvoirs exécutifs et législatifs et sur l’indépendance de la justice et la liberté des médias en vue de faire sortir le Gabon de la peur », a-t-il déclaré, promettant de bâtir un Gabon où il fera bon vivre, où les richesses du pays seront partagées entre ses fils, de lancer des programmes de grands travaux et d’investissement grâce à des partenariats publics et privés en vue d’accélérer la croissance économique, développer l’emploi, promouvoir les PME/PMI.
Inspiration Patrice Talon, « Esprit Mandela »
Jean Ping n’est pas le tout premier candidat à une élection présidentielle sur le continent à ne vouloir faire qu’un seul mandat au pouvoir. Avant lui, il y a eu récemment Patrice Talon du Bénin. Et c’est sans doute de lui que s’est inspiré l’opposant gabonais. Qu’à cela ne tienne, il faut rappeler que c’est depuis candidat que le futur Président béninois faisait cette promesse de ne briguer qu’un seul mandat. Une façon de prouver qu’il n’est pas obnubilé par le pouvoir, le désir de monter au Palais de la Marina pour se venger, comme on lui prête les intentions, de ne viser que les délices y relatifs. Cet engagement en a sûrement été pour beaucoup dans la vague de soutiens reçus de la part des candidats de l’opposition pour le second tour de l’élection présidentielle le 20 mars dernier. Les sources avaient fait état de ce que les alliés étaient liés par un protocole, avec un engagement formel de Patrice Talon de ne faire qu’un mandat de cinq (5) ans, s’il est élu pour, dit-on, « préserver l’intérêt général et de lutter contre les conflits d’intérêt ».
Après la proclamation des grandes tendances par la Commission électorale nationale indépendante (Cena) confirmant sa victoire, Talon a réitéré cette promesse devant les journalistes lors d’une rencontre avec la presse dans son cabinet privé le 21 mars. « Je ne serai pas candidat en 2021 parce que je ne serai plus éligible. Je ne serai plus éligible parce que pour ce qui concerne la réforme proposée dans mon projet de société sur le mandat unique, on ne pourra plus être candidat à la présidentielle lorsqu’on a été déjà une fois Chef de l’État », a-t-il insisté. Il y reviendra le 6 avril 2016, dans son discours d’investiture : « Je ferai de mon mandat unique une exigence morale en exerçant le pouvoir d’Etat avec dignité et simplicité », ajoutant vouloir faire de son mandat unique « un instrument de rupture et de transition devant aboutir à la mise en place de grandes réformes politiques et institutionnelles », lesquelles devraient garantir l’Etat de droit, « une justice indépendante, la même pour tous ». Joignant l’acte à la parole, le Président du Bénin a procédé, le 6 mai dernier, à l’installation officielle des trente (30) membres de la Commission des réformes politiques. Composée, entre autres, des praticiens du droit (magistrats, avocats, constitutionnalistes), cette structure aura pour tâche de réfléchir et proposer des réformes politiques et institutionnelles idoines.
Au-delà de Patrice Talon qui est le récent personnage à donner le ton du désir de faire un mandat unique, on peut remonter le temps et évoquer Nelson Mandela qui a été le véritable précurseur en la matière sur le continent africain. Alors qu’il avait l’opportunité de briguer un second mandat, et même prétendre à un 3e, à un 4e…au regard des misères subies dans la longue lutte pour la libération de l’Afrique du Sud (27 ans de prison, de souffrances, de tortures, d’humiliations), il n’avait fait qu’un seul quinquennat au pouvoir (9 mai 1994 – 14 juin 1999). On parlera plutôt d’« Esprit Mandela » qui souffle sur l’Afrique.
Allô le 228…Allô Faure Gnassingbé !!!
Faire un mandat unique au pouvoir en Afrique, c’est nouveau et bien agréable, sur ce continent qui a la triste réputation d’enfanter des présidents génétiquement boulimiques du pouvoir. Et tous les citoyens du continent, panafricanistes convaincus ne peuvent que souhaiter un effet contagion. Mais, malheureusement, les adeptes de la vieille mentalité sont encore nombreux. Même après leurs deux mandats légitimes au pouvoir, ils ne sont pas repus et se donnent tous les moyens pour rempiler et s’accrocher. Le Burundais Pierre Nkurunziza, le Gambien Yahya Jammeh, le Tchadien Idris Deby, le Camerounais Paul Biya, le Zimbabwéen Robert Mugabé, pour ne citer que ceux-ci, sont déjà dans leur nième mandat et ne se fixent pas encore un deadline. Comment oublier Faure Gnassingbé dans cette catégorie de dirigeants africains ?
L’homme constitue une véritable déception pour les Togolais. Parvenu au pouvoir en avril 2005 dans des conditions détestables, marquées notamment par le massacre d’un millier de ses compatriotes à la suite de l’élection présidentielle du 24 avril 2005, le commun des citoyens avait cru que Faure Gnassingbé, peint comme la tête la mieux faite parmi les rejetons Eyadema, allait faire parler son intellect et laver l’honneur de sa famille. Mais c’était avoir tout faux. Deux quinquennats ne lui ont pas suffi. Les réformes constitutionnelles et institutionnelles dont il avait pris l’engagement dans l’Accord politique global (APG) du 20 août 2006 et qui devraient ramener la quintessence de la Constitution de 1992 et surtout restaurer le verrou de la limitation du mandat présidentiel sauté en décembre 2002 par son géniteur, il a tout mis en œuvre pour empêcher leur matérialisation.
Et au terme des deux mandats légitimes acceptés en démocratie, il a pris prétexte sur la Loi fondamentale sodomisée par son défunt père pour postuler à un 3e mandat au pouvoir lors de l’élection présidentielle du 25 avril 2015 qu’il remporta (sic) dans les conditions que tout le monde sait. Mais là aussi, rien ne rassure qu’au terme de cette pige supplémentaire, il va se retirer. A preuve, il a refusé devant ses pairs à Accra en mai 2015, de signer le protocole de la CEDEAO qui visait à limiter à deux le mandat présidentiel dans tous les pays de l’espace.
La Commission qu’il a cru devoir mettre en place sur les réformes et présidée par Awa Nana, on l’a rapporté à plusieurs reprises, réfléchit à une formule visant à faire adopter un septennat vers la fin de ce 3e mandat, remettre à zéro les compteurs et lui permettre de faire deux autres mandats de sept (07) ans en plus des trois quinquennats et ainsi régner jusqu’en 2034. Mais là aussi, personne ne sait si le moment venu, il sera rassasié et consentira à enfin quitter le pouvoir…Faure Gnassingbé est l’opposé parfait des Patrice Talon, et (peut-être) de Jean Ping…
Source : [10/05/2016] Tino Kossi, Liberté























