« Quand on se noie, on s’accroche à tout, même au serpent » – Proverbe africain

Réformes constitutionnelles et institutionnelles, voilà le sujet qui cristallise les débats au Togo depuis plusieurs semaines. Du 11 au 15 juillet 2016, le Haut commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN) organise un atelier de réflexion et d’échanges sur ces réformes.

L'activiste du RPT-UNIR, présidente du machin HCRRUN | Archives
L’activiste du RPT-UNIR, présidente du machin HCRRUN | Archives

Beaucoup de Togolais restent sceptiques et s’interrogent sur la nécessité d’un nouveau cadre de réflexion sur les réformes. A raison. De l’Accord cadre de Lomé (ACL) à la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) en passant par les « 22 engagements », l’Accord politique global (APG) et le Cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC), les cadres de dialogue politique se sont succédé. Avec in fine le même résultat : le refus du pouvoir en place d’opérer les réformes politiques devant engager le Togo sur la voie de la démocratie, de l’Etat de droit, de la bonne gouvernance et de la réconciliation nationale.

On ne va pas remonter loin dans l’histoire. Pour sortir de la crise de 2005, l’APG a été signé par la classe politique togolaise et la société civile en août 2006. Cet accord que bien d’observateurs estimaient le meilleur de tous conclus dans le pays, prévoyait le rétablissement de la Constitution de 1992 adoptée par référendum avant d’être tripatouillée en 2002 par Gnassingbé père. Ces réformes ont été également reprises très largement dans les conclusions du CPDC en 2011 ainsi que dans le rapport de la CVJR en 2012.

Au lieu d’appliquer les conclusions ou recommandations issues des différents dialogues, Faure Gnassingbé a préféré faire diversion en instituant un nouveau cadre, le HCRRUN dont la mission est de mettre en œuvre les recommandations et le programme des réparations élaborés par la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR) pour une unité nationale.

Cette institution n’a même pas encore commencé ses travaux, quand, le 13 juin 2016, en marge d’une visite d’Etat en Allemagne, Faure Gnassingbé a laissé entendre que c’est aux universitaires et intellectuels de mener le débat sur les réformes. « Nos intellectuels sont là pour plancher sur cette question. Mon souhait en tant qu’Africain, c’est que ce débat soit mené par les intellectuels, des universitaires et qu’ils puissent nous donner des pistes », a-t-il déclaré. Une commission a même été annoncée pour plancher sur les modalités d’une éventuelle réforme constitutionnelle, notamment l’instauration des élections à deux tours et une limitation du nombre de mandats.

Alors que les Togolais se posent des questions sur la raison d’être du HCRRUN que cette structure démarre elle aussi ses travaux. Mais elle ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique. L’Alliance nationale pour le changement (ANC) qui a décliné sa participation à l’atelier, estime qu’« il est surprenant qu’en ce qui concerne les réformes politiques et institutionnelles, le HCRRUN en soit encore au stade de la réflexion et des échanges, dix ans après la signature de l’Accord Politique Global (APG) ». D’ailleurs, l’ANC et l’ADDI (l’Alliance des démocrates pour le développement intégral) ont déposé une nouvelle proposition de loi de loi à l’Assemblée nationale.

Dans cet imbroglio, la présidente du HCRRUN croit fort en ses chances. « C’est la fin qui justifie les moyens », réplique-t-elle à ceux qui les critiquent, elle et sa structure. Le souhait des Togolais est qu’elle réussisse à faire obtenir les réformes constitutionnelles et institutionnelles.

Source : Médard Amétépé, Liberté