Les députés de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) étaient face à la presse dans la soirée de ce vendredi 5 août 2016 pour situer l’opinion publique par rapport à l’échec intervenu dans les discussions au sujet du projet de loi portant réformes constitutionnelles déposé par les partis politiques parlementaires de l’opposition. Un échec des discussions que les députés de l’ANC attribuent à leurs collègues du parti au pouvoir (UNIR) qui ont encore fait montre de la mauvaise et de l’intransigeance dans l’incongruité.

Les débats ont volé très bas à l’Assemblée Nationale du Togo aujourd’hui, en témoigne ces réactions les trois députés de l’ANC qui étaient face à la presse. « …Nous avions été stupéfaits, surpris et même désabusés lorsque au retour de la concertation, le président de la commission a annoncé à tout le monde que après vote au niveau de la commission, la commission a décidé d’arrêter les débats concernant la proposition de loi introduite par les députés ANC et ADDI. Dans la pratique parlementaire, c’est la première fois que nous avions vécu ça. C’est un coup de force qui vient d’être opéré parce qu’on n’arrête pas les débats au parlement. On peut les suspendre et reprendre après ou continuer le débat jusqu’au vote en plénière», s’est exprimé tout déçu le député ANC, Ouro-Akpo TCHAGNAO, très remonté face à la bassesse dont on fait montre au cours des débats, les députés UNIR et surtout le président de la commission des lois Labitiko KADINA. Une attitude qui ne surprend guère non seulement les observateurs de la vie politique togolaise ni une frange de la classe politique togolaise, surtout le député ANC Sévérin DRAH qui a laissé entendre : « C’est ce que nous appelons coup de force parlementaire. Et personnellement, moi je n’ai pas été surpris par ce comportement. C’est plutôt le contraire qui m’aurait sidéré. Vous savez bien, le RPT-UNIR ne veut pas opérer les réformes. Ils veulent conduire tout le peuple togolais vers un référendum.» A en croire le député ANC d’Agoè, toutes ces manœuvres orchestrées par ses collègues de UNIR ne visent qu’un seul objectif, emmener le peuple à se prononcer sur un oui ou non pour la 5e République. « Il y a trop de désordre dans la politique actuelle. L’histoire n’est plus ce qu’elle doit être. On ne peut léguer une telle histoire politique à la postérité. Donc il faut procéder par un référendum pour entrer une nouvelle République et puis mettre fin à ce désordre », a révélé le député Sévérin DRAH, citant ainsi le président du groupe parlementaire Christophe TCHAO. Aux dire du député Sévérin DRAH, il y a une expression juridique pour qualifier ce qu’ils ont vécu ce matin au parlement à part ce qu’il appelle « coup de force parlementaire. » Martèle à sa suite le député Ouro-Akpo TCHAGNAO : « Nous avons pu comprendre que ce régime est un régime de coup de force permanent. »
La présidente du groupe parlementaire ANC, Isabelle Manavi AMEGANVI, quant à elle trouve que deux points essentiels sont à l’origine des problèmes rencontrés au parlement lors des discussions. Elle cite le problème du consensus et celui du HCRRUN. « J’avoue que j’étais ébahi parce que nos collègues de UNIR assuraient ferment que, à la limite, nous n’avions pas le droit de déposer une proposition de loi sans avoir eu au préalable leur consentement parce que les 4/5 étaient nécessaires », a déclaré Me Isabelle Manavi AMEGANVI. En réaction à cette conception des choses par les députés UNIR, la présidente du groupe parlementaire ANC dit avoir laissé entendre : « Je leur ai dit, est-ce que la proposition de loi répond à la procédure mise en place parce qu’il faut savoir que sans s’agissant de la révision constitutionnelle, c’est l’article 144 d’abord et ensuite repris avec les modalités de la procédure par le règlement intérieur de l’Assemblée…ce qui nous engage ou nous oblige nous autres, c’est de respecter la procédure mise en place et par la constitution et par le règlement intérieur de l’Assemblée. Et si consensus il devait y avoir, il ne peut pas y avoir un consensus si le consensus ne porte sur rien. Et que le consensus devait porter lors des discussions sur l’étude particulière.…Je dis, sur quoi vous voulez que le consensus se porte ? Ensuite nous l’avons bien déclaré dans l’exposé des motifs que cette proposition de loi-là, provient d’un consensus parce que l’APG n’a pas été signé hors consensus. C’était déjà de manière consensuelle que les protagonistes de la crise togolaise ont décidé d’opérer les réformes et les points sont cités dans le point 3 de l’APG et autres… »
Abordant le problème du Haut Commissariat à la Réconciliation et à la Recherche de l’Unité Nationale (HCRRUN) Me Isabelle Manavi AMEGANVI s’est indigné du comportement de ses collègues députés de UNIR lorsque, toute lessivée, elle déclare : « Je n’ai jamais imaginé qu’on pouvait, nous députés, élus de la Nation togolaise, nous vautrer autant dans la boue et nous rouler dans le caniveau de cette manière. » A en croire Me Isabelle Manavi AMEGANVI, les députés UNIR ont fait savoir que le chef de l’Etat a parlé de discussions du HCRRUN et qu’au HCRRUN les quatre (4) partis représentés à l’Assemblée nationale étaient tous là, sauf l’ANC et qu’il y a eu la majorité. « Je leur ai demandé : le HCRRUN, ils ont un mandat souverain du peuple togolais ? Nous ici dans cette sale, nous sommes des députés élus pour 5 années à l’effet de voter les lois et d’y contrôler l’action gouvernementale. La proposition que nous avions déposé-là, procède de la première fonction de l’Assemblée nationale. Est-ce que le HCRRUN a la possibilité de voter les lois ? Ou bien nous allons rester dans cette salle et les intellectuels-là ou parce que vous, dans cette salle vous n’êtes pas des intellectuels, ils vont aller discuter quelque part là-bas et puis ils vont venir et nous, nous allons lever la main pour dire que le HCRRUN a fait…C’est ça que vous voulez ? Que moi, je ne considère pas le mandat parlementaire de la sorte », s’est-elle exclamée. Mais les députés UNIR malgré ces raisonnements de leurs adversaire politique, n’ont pas trouvé la voie de la raison, à en croire ces témoignages de la présidente du groupe parlementaire ANC paraphrasant ses collègues de UNIR : « Ils disent non que le chef de l’Etat est garant de la constitution et que la CVJR a prévu la création du HCRRUN et que le HCRRUN a fait le travail ». Pour cette dernière, devant ces arguments incongrus de ses homologues, explique-t-elle, Me Paul Dodji APEVON président national du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) ayant participé aux travaux de l’atelier du HCRRUN prit la parole en rappelant que : « Bon d’accord, vous dites que tous les partis représentés à l’Assemblée nationale étaient au HCRRUN sauf l’ANC. Moi APEVON, j’étais au HCRRUN. Mais au HCRRUN on a discuté. Les gens se sont entendus pour qu’il y ait un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. Et que sur le mode de scrutin les gens se sont entendus également que le mode de scrutin, soit un mode de scrutin uninominal à 2 tours. Et que là-bas, les gens ont même posé le problème en disant, il y a des réformes qui urgent. Même par rapport aux réformes constitutionnelles, certaines réformes, pour apaiser ce peuple-là pouvaient être faites immédiatement, à court terme, d’autres peut-être à moyen terme et d’autres peut-être à long terme comme par exemple le régime politique qui nécessite un débat de groupe. Mais au jour d’aujourd’hui, au moins sur la limitation des mandats », Puis Me Paul Dodji APEVON de demander aux dires de Me Isabelle Manavi AMEGANVI : « Ce qui a été dit au HCRRUN et ceux sur quoi les gens se sont entendus, qu’est-ce que ça a de différent par rapport à la proposition de loi qui est soumis aujourd’hui à l’Assemblée nationale pour qu’on veuille coûte que coûte renvoyer encore quoi au HCRRUN pour faire quoi ? »
Visiblement le parti au pouvoir (UNIR) vient une fois de plus de prouver à la face du monde sa mauvaise foi et son manque de volonté politique à favoriser l’alternance au sommet de l’Etat comme a eu à le dire Faure GNASSINGBE le 25 février 2005 au palais des congrès de Lomé lors de sa toute première prestation de serment après son coup d’Etat constitutionnel : « Le père de la Nation avant de mourir nous a dit de ne jamais laisser le pouvoir nous échapper. » La politique de la conservation du pouvoir d’Etat par le parti RPT-UNIR est toujours d’actualité malgré les subterfuges de ceux qui incarnent les rênes du pouvoir togolais qui croient que les Togolais sont naïfs. Tout compte fait, il y a une fin à toute chose qui a un début.
Source : [05/08/2016] Idelphonse Akpaki, La Gazette du Togo























