Sommes-nous entre de bonnes mains lorsque nous tombons malades et allons à l’hôpital ? Comment se fait la prise en charge et à qui imputer les manquements observés dans le suivi médical ? Dans quelles conditions le personnel de santé travaille-t-il au Togo ? Que fait le gouvernement pour répondre aux sollicitations diverses des agents de santé ? Autant de questions qui méritent des réponses.

Centre Hospitalier Universitaire Sylvanus Olympio ( CHU-SO ), Lomé, Togo | Photo ; Archives : MD
Centre Hospitalier Universitaire Sylvanus Olympio ( CHU-SO ), Lomé, Togo | Photo ; Archives : MD

Et pour les trouver, nous nous sommes rendus au Centre hospitalier universitaire-Sylvanus Olympio (CHU-SO) où nous avons rencontré des médecins « dépassés » par les conditions dans lesquelles ils sont amenés à exercer. Entre insuffisance de personnel, manque d’équipements, mauvaise organisation du secteur de la santé et manque de volonté politique, la profession n’attire plus vraiment.

Un personnel insuffisant et débordé

Si sous d’autres cieux il y a suffisamment de médecins pour les populations, cela n’est pas le cas au Togo. Dans tous les centres de santé, le manque de personnel est un problème dont les conséquences sont énormes. Selon les standards internationaux, deux (2) malades admis dans les hôpitaux peuvent être pris en charge par un (1) infirmier. S’il y a quatre (4) patients, l’hôpital doit disposer de deux (2) infirmiers. Cela permet une prise en charge optimale des malades. Malheureusement au Togo, on a seulement deux (2) infirmiers pour douze (12) patients, et ceci dans le meilleur des cas. Un tour au service de la traumatologie nous a permis de nous frotter à la réalité. Une réalité bien au-delà des normes citées plus haut. Pour soixante (60) patients, il n’y a dans ce service qu’un seul infirmier.

« Vous le voyez par vous-mêmes. Il y a six (6) salles de dix (10) lits chacune ici. Pourtant, il n’y a qu’un seul infirmier pour tous ces malades. Il est venu au service et fera probablement 24 heures ou plus avant de prendre la pause. C’est comme si vous allez au service le lundi dans la matinée et vous ne pouvez rentrer à la maison que le mardi dans la soirée. C’est dans ces conditions que nous exerçons. L’infirmier qui est de service aujourd’hui n’a pas le temps de se reposer, car il est sans cesse sollicité par les patients. S’il n’y a pas un nombre suffisant de médecins, il va de soi que cela impacte la prise en charge des patients. On ne peut pas faire de la magie, mais ce sont les conditions dans lesquelles nous met l’administration de cet hôpital », déplore un infirmier.

Comme ce dernier, ils sont nombreux à se plaindre des conditions de travail. Qu’ils soient à la pédiatrie, à la réanimation, au bloc opératoire ou dans d’autres services du CHU-SO, les doléances sont les mêmes. Pour le personnel, « il faut renforcer l’effectif des hôpitaux pour qu’il y ait assez de personnes pour prendre en charge les patients. Sans cela, tous les discours qui seront servis n’apporteront aucun changement. Les médecins n’ont pas le don d’ubiquité pour prendre en charge autant de malades ». Au Togo, on estime qu’il y a seulement quatre (4) médecins pour dix mille (10 000) habitants. En dehors de Lomé, il y a un seul médecin pour autant d’âmes. Un effectif insuffisant dans un contexte de vétusté des équipements.

Des hôpitaux sous-équipés

Au CHU-SO, le service de la réanimation polyvalente a été officiellement ouvert en novembre 2012. Mais dès l’ouverture, le personnel soignant a dénoncé le manque de matériels. Les lits dont disposent les salles n’étaient pas pourvus des équipements nécessaires. Quatre ans après et dans un contexte d’abandon, on peut facilement conclure que le matériel ne répond plus aux normes. Dans ce service qui est d’une importance capitale, puisqu’il permet le maintien en vie des patients, les équipements se comptent sur le bout des doigts. Sur les dix (10) respirateurs, seuls quatre (4) sont encore en état de fonctionner. Le service dispose d’un seul brassard pour la prise de la tension et les médecins sont obligés d’attendre que le matériel ait servi ailleurs avant de le prendre et l’utiliser. Ce qui n’est pas sans conséquences pour les patients parce que les risques d’infection et de contamination sont élevés. Les choses se font encore de façon archaïque, les lits ne disposant pas de moniteurs de respiration qui permettent une surveillance optimale des malades. La machine d’air tombe aussi souvent en panne.

Dans les urgences chirurgicales, le manque de matériels est aussi criard alors que les personnes admises dans ce service présentent beaucoup plus de risques de perdre la vie. Selon une source médicale, les patients qui arrivent aux urgences doivent êtres déstockés en vue de se voir maintenir les fonctions vitales. Les urgences ne sont pas équipées d’oxygène pourtant ; il doit être administré au malade depuis le lieu de sa prise en charge par les services médicaux. Il est impossible aux urgentistes de procéder à une aspiration pour libérer les voies respiratoires du patient, par manque d’aspirateur.

Les patients une fois admis doivent bénéficier des premiers soins, en attendant de déterminer s’ils doivent subir une opération ou non. Comme il n’existe pas de chargeur d’urgence dans les hôpitaux au Togo, les médecins sont obligés de faire appel aux parents des patients ou à leurs accompagnateurs.

« Souvent les gens disent que lorsqu’ils amènent le malade aux urgences, nous leur demandons de payer des médicaments avant qu’il ne soit pris en charge. On ne peut pas faire autrement. Dans un service d’urgences digne de ce nom, il doit y avoir un chargeur d’urgences qui sert à la prise en charge immédiate des patients. Comme nous ne l’avons pas, les parents doivent nous procurer le nécessaire », explique un urgentiste.

Pour le CHU-SO, il n’y a qu’un seul bloc opératoire qui dessert la chirurgie, la traumatologie et d’autres services, ce qui rallonge l’attente des patients qui peuvent rester jusqu’à 72 heures avant d’être opérés.

« Nous n’avons pas tout ce qu’il faut pour faire un travail parfait. Il n’y a pas de table orthopédique. Le médecin est alors obligé de faire des coupures de 20 à 30 cm au lieu de 3 cm s’il était bien équipé. Le malade passe alors deux voire trois mois à l’hôpital alors que dans les meilleures conditions, il ne doit pas faire plus de 3 jours sur le lit d’hôpital », poursuit-il. Un exercice rendu difficile par le désordre « organisé » qui prévaut dans le secteur.

La mauvaise organisation du secteur de la santé

Au Togo, seulement 5% du budget de l’Etat est alloué au secteur de la santé contre 15% selon les recommandations internationales. Ce faible apport est l’une des causes du manque d’équipements et de personnel recensé dans les hôpitaux et reflète la vision du gouvernement par rapport au secteur. Pour être plus proche de la réalité, il faut dire que le pouvoir n’a aucune vision pour ce secteur. Il peine toujours à prendre ses responsabilités à travers une réorganisation du secteur.

On se rappelle que le gouvernement, à travers le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Pr Moustafa Mijiyawa a annoncé la contractualisation du secteur de la santé en cédant certaines prestations aux privés. Cette privatisation était censée démarrer en juin 2016 ; mais jusqu’à ce jour, elle n’est pas encore effectuée. Un  fait qui dénote, selon des sources hospitalières, de l’amateurisme des responsables du secteur.

Amateurisme. C’est l’expression qu’il convient d’utiliser lorsqu’on vit certaines réalités du secteur. Et pour cause, une pénurie de médicaments est annoncée depuis le début de la semaine. Cela concerne les femmes qui seront amenées à accoucher par césarienne ou les blessés qui doivent subir des opérations chirurgicales. En effet, une réunion a eu lieu en début de semaine au ministère de la Santé. L’objectif était d’annoncer la pénurie de l’Ephédrine et les mesures à prendre.

« Au cours de cette réunion, il a été annoncé que le Togo ne disposera plus de ce médicament qui sert à l’anesthésie loco-régionale des patients. La pénurie va durer au moins six (6) semaines. Une période au cours de laquelle toutes les opérations se feront sous anesthésie générale avec ses risques pour les patients. Maintenant, le ministre demande qu’à la place de l’Ephédrine, on utilise l’Adrénaline. Avec ce médicament, les risques  de décès sont plus élevés et il faut en avoir une parfaite maîtrise pour l’utiliser. C’est comme ça que les autorités mettent la vie des populations en danger. Ils nous demandent donc de faire comme il y a 20 ou 30 ans », souligne une source médicale.

Il est inconcevable de penser que le gouvernement n’ait pas anticipé la pénurie de ce médicament. Les jours à venir s’annoncent donc sombres pour les agents de santé et leurs patients.

Source : G.A., Liberté