« Mieux vaut échouer avec honneur que de réussir par fraude » – Sophocle
Les Gabonais se rendent aux urnes le samedi 27 août pour élire un nouveau président. Peuvent-ils espérer une alternance politique dans un pays où la seule famille Bongo, le père et le fils régentent le pouvoir depuis 50 ans ? Avec le ralliement des deux poids lourds de la vie politique gabonaise à la candidature de Jean Ping, les populations commencent à croire à un vent de changement dans le pays.

Mais au Gabon, comme dans la plupart des pays sur le continent, les élections se suivent et se ressemblent. La fraude électorale y étant la chose la mieux partagée, le scrutin du 27 août, visiblement, ne va pas déroger à la règle. Comme le disait Bongo père, « on n’organise pas les élections pour les perdre ». Le fils est décidé à bien appliquer ce précepte.
Falsification des procès-verbaux, création des listes d’électeurs fictifs, trucage des urnes, proclamation des résultats tronqués, etc. les techniques de braquage électoral ne manquent pas au Gabon. Un pays bien rompu au hold-up électoral. « Le recours à la fraude électorale, qu’il s’agisse de PV trafiqués, qu’il s’agisse de listes électorales bidons et le recours à l’achat de votes, appartiennent au patrimoine génétique politique de ce pays, le Gabon », dira Vincent Hugueux.
La fiabilité du fichier électoral de la présidentielle du 27 août est fortement contestée par l’opposition et les organisations de la société civile parlent de gonflement artificiel de la liste électorale. Il y aurait plus d’électeurs que d’habitants au Gabon. L’économiste et bloggueur gabonais Mays Mouissi a comparé le fichier électoral de la présidentielle du 27 août et le recensement général de 2013. Selon lui, 59 localités comptent plus d’électeurs inscrits sur la liste électorale que d’habitants. Il donne l’exemple de la ville de Ndzomoé, dans la province de l’Estuaire au Gabon, où le nombre d’électeurs inscrits est 22 fois supérieur à la population officielle.
Les opposants s’insurgent aussi contre le fait que des instructions aient été données aux hommes en tenue pour réserver leurs votes à Ali Bongo. Ils mettent également en doute l’impartialité des institutions en charge d’organiser le scrutin, notamment la Commission électorale nationale autonome et surtout la patronne de la Cour Constitutionnelle dont il est notoirement connu des liens de famille avec le candidat Ali Bongo.
Les mêmes pratiques ont court au Togo et permettent à la même famille, les Gnassingbé, de remporter toutes les élections organisées depuis une cinquantaine d’années comme d’ailleurs au Gabon. Deux pays qui se ressemblent fortement sur bien de plans. Le Gabon et le Togo sont dirigés par une seule famille depuis un demi-siècle, sans aucune possibilité d’ouverture démocratique. Ces deux pays sont régis par le statu quo politique et institutionnel : le mandat présidentiel n’est pas limité, ou plutôt, le verrou de la limitation du mandat a été sauté, ouvrant ainsi la voie aux familles présidentielles de régner à vie sur ces pays. De plus, le mode de scrutin est à un seul tour.
Curieusement, au Gabon comme au Togo, Ali Bongo et Faure Gnassingbé sont hostiles aux réformes politiques devant permettre d’engager ces pays sur la voie de la démocratie.
Source : Médard Amétépé, Liberté























