Engager des dépenses dans l’agrandissement d’infrastructures suppose que les besoins se font sentir. Les autorités togolaises ont engagé des dépenses qui ont été revues à la hausse pour construire une nouvelle aérogare, et se préparent à rénover celle de Niamtougou à coups de milliards. Seulement, les chiffres de la Note de conjoncture du 1er trimestre 2016 ne montrent pas encore la nécessité claironnée pour justifier des dépenses dans lesquelles certainement des ministres ont dû lécher les doigts.

Initialement, il était prévu que le coût de construction de la nouvelle aérogare soit de 75 milliards de FCFA, selon un article publié le 10 février 2011 par le site du gouvernement. Le ministre Ninsao Gnofam avait affirmé dans une interview au sujet du coût de réalisation : «Le projet tourne autour de 150 millions de dollars », ce qui fait 75 milliards de FCFA environ. Mais le 25 avril 2016, changement de chiffres pour des raisons inexpliquées. Ainsi, après quatre ans de travaux d’agrandissement et de modernisation par les techniciens des entreprises chinoises WIETEC et CACC, l’addition s’est élevée à 115 milliards de FCFA. Soit une hausse de 53% du coût initial. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?
Dans la Note de conjoncture du premier trimestre 2016, nous apprenons que le fret aérien total à l’Aéroport international Gnassingbé Eyadema (AIGE) de Lomé se chiffre à 2.472,2 tonnes contre 3.390,5 tonnes au quatrième trimestre 2015, ce qui représente une baisse de 27,1%. Par rapport à la même période il y a un an, il est en baisse de 1,8%. Quand on éclate ce fret, il ressort qu’en variation trimestrielle, le fret embarqué, le fret débarqué et le fret en transit ont régressé respectivement de 20,6%, 34,4% et 5,1%. En glissement annuel, le fret embarqué et le fret en transit ont régressé respectivement de 4,8% et 53,5% tandis que le fret débarqué a progressé de 21,2%.
Fret aérien

En ce qui concerne le trafic total des passagers à l’AIGE, il s’élève à 162.432 passagers au premier trimestre 2016, en baisse de 9,0% par rapport au quatrième trimestre 2015. Les départs, les arrivées et la correspondance ont diminué respectivement de 13,3%, 14,9% et 9,8% alors que les passagers en transit ont progressé de 68,5%. Par rapport au premier trimestre 2015, le trafic total des passagers a augmenté de 2,8%. Cette hausse s’explique par les arrivées, la correspondance et le transit qui ont progressé respectivement de 3,4%, 6,4% et 5,9%, selon la Note de conjoncture.
Mouvement des passagers

Par contre, le mouvement des aéronefs laisse à penser que l’aérogare serait très prisée. Puisqu’au premier trimestre 2016, il est enregistré 3.010 mouvements d’aéronefs à l’AIGE, en hausse de 82,1% en variation trimestrielle et de 103,7% en glissement annuel. Cette hausse s’explique par un changement intervenu dans le traitement des données depuis le premier janvier 2016.
Telle est la situation de l’AIGE à fin mars 2016. Quand on regarde les mouvements des aéronefs, il est évident que le taux de desserte de l’AIGE a plus que doublé en une année et a conséquemment augmenté sur un seul trimestre. Malheureusement, le fret et les mouvements des passagers n’ont pas suivi. L’explication serait que les correspondances sont très nombreuses, contrairement aux embarquements et débarquements des passagers. Mais la baisse du fret et des passagers pourrait s’expliquer surtout par les tarifs pratiqués par les agences installées sur le territoire.
En effet, il y a quelque temps, nous avions dénoncé la cherté des prix de certains billets émis au Togo dans la parution N°2146 du 4 mars 2016 à travers l’article titré : « Transport aérien/ Les tarifs de vols sur Lomé les plus chers en Afrique de l’ouest ». « Tous ceux qui ont pris les vols à destination de Lomé, que ce soit avec Air France ou Royal Air Maroc pour ne citer que ces deux compagnies, ont fait le même constat : les tarifs sont hors prix. Conséquence, beaucoup de voyageurs préfèrent prendre des vols à partir d’autres pays limitrophes du Togo. Mais même avec les autres vols, il nous revient que les taxes que prélèvent les autorités sont telles que l’avenir de ce pan de l’économie togolaise est sombre, à moins d’un retournement de situation », écrivions-nous. Une étude comparative a montré que le Togo demeure un des pays de la région ouest-africaine où les prix sont très chers. Si comme nous, les clients en sont conscients, il deviendra évident qu’ils préféreront prendre les vols et rejoindre le Togo à partir des pays voisins. L’état du mouvement des passagers et du fret peut difficilement trouver une autre explication. Ce faisant, on peut se demander comment les concepteurs du projet d’agrandissement de l’aérogare comptent rentabiliser les investissements.
Tableau comparatif de quelques vols dans quelques pays

On avait fait croire que la nouvelle aérogare pourrait accueillir 2.500.000 passagers par an. Soit, mais si la fréquence des passagers n’atteint pas au bas mot 200.000 par trimestre, on se demande l’année à laquelle le taux de 2,5 millions de passagers sera atteint. Gouverner, c’est prévoir, et tout projet devrait être précédé d’une étude préalable. Malheureusement, on ignore ces procédures au 228.
Source : Godson K., Liberté























