Après plusieurs jours de tergiversation et qui auront permis de manœuvrer et ficeler le plan de détournement des suffrages populaires et de la victoire dans les urnes de Jean Ping, Ali Bongo s’est fait proclamer vainqueur de l’élection présidentielle du 27 août dernier au Gabon par le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet-Boubeya.

Ali Bonog s’octroie ainsi un nouveau septennat à la tête du pays, et c’est la joie (confinée) dans son camp. Mais loin des frontières du Gabon, cet épilogue constitue aussi un véritable soulagement pour les fils à papa sur le continent dont l’avenir était en jeu à travers le cas Ali Bongo. Allusion faite notamment aux régimes de Kinshasa et de Lomé.
Délivrance pour Ali Bongo
49,80 % des voix, tel est le score recueilli par Ali Bongo, selon les chiffres proclamés ce mercredi par le ministre de l’Intérieur Pacôme Moubelet-Boubeya, contre 48,23 % pour son rival Jean Ping. Le président sortant a enfin en poche la victoire tant espérée, et ce serait sans doute la délivrance pour lui et ses partisans qui doivent jubiler. Mais il faut avouer que la partie n’aura pas été facile pour lui.
Juste quelques heures après la fermeture des bureaux de vote, son principal concurrent Jean Ping, sur la base des résultats à lui transmis par ses délégués dans les bureaux de vote, confortés par ceux à lui fournis par les autres candidats, s’est déclaré vainqueur, avec une avance de plus de soixante et un mille (61 000) voix. Il reviendra le réaffirmer, et sa victoire ne faisait l’ombre d’aucun doute. Elle était pratiquement reconnue par les autres candidats qui l’ont même appelé et félicité, des proches d’Ali Bongo dont sa demi-sœur Hirmana Loïse Sassou Nguesso qui a écrit sur sa page Facebook : «Félicitations à Jean Ping, merci à tous les électeurs pour cette mobilisation d’exception, merci au président sortant Ali Bongo Ondimba, merci à tous les gens qui sont restés dans les bureaux afin de s’assurer de la transparence des résultats », mais aussi la communauté internationale, avec le communiqué audacieux du Parti Socialiste au pouvoir en France.
Comment renverser la vapeur et se faire proclamer vainqueur, telle était l’équation à laquelle était confronté Ali Bongo. Et profitant des quatre jours d’attente, il a fini par trouver la formule et retourner la victoire en sa faveur. Tout s’est joué dans la province de Haut-Ogooué, son fief présumé. Comme tout bon monarque, il l’a emporté dans cette région avec un score russe, 95,46% des suffrages, avec une participation de 99,93% pour 71.714 électeurs inscrits sur un taux de participation national de 59,46 %, d’après les chiffres officiels publiés. Assez cocasse. Ali Bongo l’emporte sur le fil, avec 5594 voix de plus. Vol à ciel ouvert, braquage électoral, victoire à la togolaise…tous les qualificatifs sont bons pour apprécier.
Ali Bongo a toutes les raisons de jubiler. Eureka, devrait-il crier, car ayant réussi à renverser en sa faveur une situation mal embarquée, grâce à la triche. Lui et ses partisans peuvent savourer. Mais sa victoire étriquée constitue aussi une délivrance pour des dirigeants à des centaines et milliers de kilomètres, notamment des régimes de fils à papa.
Soupir à Kinshasa

C’est la survie des régimes des fils ayant succédé à leurs pères au pouvoir qui se jouait dans cette élection présidentielle au Gabon. Une défaite d’Ali Bongo devrait sceller le sort de son congénère Joseph Kabila de la République démocratique du Congo (RDC). Parvenu au pouvoir en 2001 suite à l’assassinat de son père Laurent Désiré Kabila, élu formellement en 2006 pour son premier mandat et réélu en 2011, son second et dernier mandat arrivait à terme le 19 décembre prochain. L’élection de son successeur devrait se tenir au plus tard le 27 novembre et lui-même devrait se retirer. Mais, et c’est un secret de Polichinelle, il manœuvre pour modifier la Constitution, sauter le verrou de la limitation du mandat présidentiel et s’accrocher au pouvoir, malgré les pressions de la communauté internationale. La commission électorale dit avoir besoin d’un « délai de seize mois et un jour » pour finaliser l’enregistrement des 30 millions d’électeurs en âge de voter ; l’opération ayant été lancée en mars 2016, elle ne devrait pas s’achever avant juillet 2017, selon le nouveau calendrier établi. Et pendant ce temps, Joseph Kabila a réussi à se faire autoriser par la justice à rester au pouvoir jusqu’au prochain scrutin. La situation crée la tension dans le pays, ce qui justifie le dialogue initié par l’Union africaine et qu’assure l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo.
Un échec d’Ali Bongo, et de facto une victoire de Jean Ping et du peuple devraient constituer un coup dur pour Kabila et motiver les Congolais à prendre aussi leur destin en main. Tous les regards du monde devraient être tournés vers le fils Kabila. Mais avec l’épilogue de la présidentielle au Gabon, il a un chemin tout tracé devant lui et devrait plutôt se sentir dopé à foncer. La victoire au forceps d’Ali Bongo prouve une fois de plus que lorsqu’on a l’argent et l’armée de son côté, on peut gagner toutes les élections en Afrique et durer autant que l’on veut au pouvoir.
Soulagement certain pour Faure Gnassingbé

Le pouvoir de Lomé est l’autre régime de fils à papa enraciné en Afrique noire. Faure Gnassingbé, lui, a devancé ses deux autres compères. En éclaireur, il s’est fait déjà reconduire au pouvoir au cours d’une élection typiquement togolaise en avril 2015, pour un 3e mandat successif, en attendant peut-être les 4e, 5e…Il jouit déjà depuis bientôt un an et demi de cette rallonge obtenue sans avoir eu à tripatouiller la Constitution du Togo. Il lui a juste suffi l’accompagnement des institutions aux ordres du pouvoir RPT/UNIR, la triche électorale faite de bourrages d’urnes, de détournement des suffrages, de votes multiples, le tout clôturé par le braquage réalisé avec maestria le 28 avril 2015 par Taffa Tabiou, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Mais indirectement, son destin se jouait un peu aussi à travers cette élection présidentielle au Gabon, ce pays qui était géopolitiquement parlant au centre de la Françafrique. Tout comme en RDC, une victoire du peuple gabonais devrait aussi entrainer un déclic au Togo.
« Le monde est devenu un village planétaire et les destins des pays sont liés. Faure Gnassingbé a déjà sauté l’obstacle du 3e mandat et est parti pour disputer le record de longévité à son père, vu qu’il refuse les réformes constitutionnelles qui devraient restaurer le verrou de la limitation du mandat présidentiel. Mais lui-même il sait qu’il n’aura pas la partie facile, dans une Afrique en pleine évolution avec des pays qui connaissent des avancées démocratiques. Si Ali Bongo chutait, la RDC et le Togo deviendraient alors les seuls repaires de régimes de fils à papa. Cela pourrait doper le peuple togolais réputé apathique. Les Togolais trouveraient la motivation nécessaire pour enfin se rebiffer et prendre en main leur destin », analyse un compatriote, et d’ajouter : « C’est l’effet contraire qui s’est produit. Faure Gnassingbé doit aujourd’hui se sentir plutôt légitimé avec l’issue de l’élection au Gabon. Ca doit être le soulagement pour lui ». Un échec d’Ali Bongo devrait avoir un effet prospectif sur son régime, et on parie qu’il doit avoir sabré le champagne à l’annonce de la victoire de son frère, ami et semblable du Gabon.
Au demeurant, la victoire de Bongo fils est un peu celle des autres fils à papa qui écument encore le continent. Mais c’est loin d’être une assurance présidence à vie pour la cohorte. D’ailleurs Ali aura toutes les peines du monde à en jouir. La proclamation de son élection a suscité une levée de boucliers dans le pays, avec les populations vent debout pour défendre leurs votes. Pendant ce temps, la communauté internationale, notamment les Etats-Unis d’Amérique, la France et l’Union Européenne exigent le recomptage des voix et/ou la proclamation des résultats bureau de vote par bureau de vote, comme réclamé par Jean Ping. C’est le monde entier qui semble ligué contre lui. Mais ce qu’on sait aussi, c’est que les positions peuvent bouger et on pourrait en venir à proposer les formules génériques aux protagonistes, du genre dialogue politique, gouvernement d’union, etc. au nom de la paix et la page serait tournée…
Source : Tino Kossi, Liberté























