Pour un coup d’essai, l’organisation des primaires chez les Républicains de France a été un coup de maître. Autant en termes de candidatures enregistrés (07) que de votants, plus de quatre millions. Pour Nicolas Sarkozy qui rêvait d’un « come-back » à l’Elysée en revanche, ce sera un autre échec. Un échec de trop ! Arrivé en troisième position après le grand vainqueur François Fillon et Alain Juppé, Sarkozy tire les conséquences logiques de cette nième défaite et annonce sa retraite politique. Mais sur le plan judiciaire, ses ennuis ne vont que commencer.

Défait aux primaires de la Droite française, Nicolas Sarkozy quitte la vie politique | Caricature : Donisen Donald / Liberté
Défait aux primaires de la Droite française, Nicolas Sarkozy quitte la vie politique | Caricature : Donisen Donald / Liberté

Nicolas Sarkozy ne réussira pas son retour à l’Elysée. Ainsi en ont décidé les Français républicains dimanche, 20 novembre 2016. Coup de tonnerre chez les Républicains de France qui semblent ne pas s’accommoder de la défaite de l’ex-président. On annonce des départs des irréductibles de Sarkozy. Mais globalement, les Français républicains ont voulu éviter une seconde présidentielle Hollande – Sarkozy. Et la sentence est sans appel ! François Fillon (44,1%), Alain Juppé (28,6%), Nicolas Sarkozy (20,6%). Fin de la rêverie politique d’un homme fort controversé dans et en dehors de l’Hexagone.

Nicolas Sarkozy, l’ultra-ambitieux !

Ambitieux, Nicolas Sarkozy l’est. Et pour incarner une vision différente de la gouvernance, Nicolas Sarkozy s’est donné tous les moyens. Se démarquer de Jacques Chirac en se « droitisant » plus que jamais, quitte à grappiller ou à chasser sur le terrain de Lepen, devenait le leitmotiv de Nicolas Sarkozy. Ministre de l’intérieur sous Chirac, il a eu beau jeu d’instrumentaliser les questions sécuritaires à une période d’instabilités sociales en France et de désigner les immigrants comme les coupables désignés de tous les maux qui minaient ce pays. Un discours qui a fait recette auprès d’une France qui, tout en épousant les idées lepénistes, voulait se garder de franchir le rubicond en promouvant le Front National. Sarkozy apparut alors comme le visage plus soft, plus raffiné des idées de l’Extrême Droite. Fils d’immigré hongrois, il devint le chantre d’une politique migratoire restrictive désignée d’ « immigration choisie et non plus subie », en prônant ainsi une immigration rentable pour la France.
Candidat déclaré de rupture, il claironnait son hostilité au réseau mafieux de la Françafrique et son engagement de promouvoir les droits de l’Homme ainsi que la démocratie partout où ces concepts sont bafoués. Sans doute un anti-système autoproclamé à l’image de Donald Trump aux USA. Mais après son élection en 2007, place à la Realpolitik.

L’ultra-controversé !

Pour sa première visite en Afrique depuis son élection, Nicolas Sarkozy avait choisi le Sénégal. Mais sans ménagement, il lâchera devant le monde universitaire, le monde politique, les hommes d’affaires etc, une phrase qui fera date et qui sera à l’origine de fortes polémiques : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». C’était le 26 juillet 2007.Les Africains venaient de découvrir un Nicolas Sarkozy qui avait une si piètre opinion d’eux. De la volonté de rupture de l’homme, il ne restera rien. Plus rien.

En effet, contrairement à ce qu’il avait annoncé, c’était plutôt avec les dictateurs africains et des figures de proue de la Françafrique qu’il filera le parfait amour. Omar Bongo Ondimba du Gabon, pour rappel, était l’un des premiers Chefs d’Etat à qui il avait rendu visite en Afrique. La promotion des droits de l’Homme et de la démocratie était vite rangée dans les slogans de campagne. En effet, il a vite fait de toutes ces valeurs auxquelles il disait croire contre des intérêts commerciaux. Ses propos, il peine de plus en plus à les assumer.

Après avoir crié à rompre les cordes vocales sa volonté de soutenir le peuple tibétain en rendant une visite officielle au Dalaï Lama dans le conflit qu’il mène contre Pékin, il a vite fait d’opérer un virage extraordinaire suite à la menace de boycott des produits français brandie par les autorités de Chine. En lieu et place d’une visite politique annoncée tambours battants, Sarkozy fera profil bas et enverra sa femme auprès du Dalaï Lama. Les droits de l’Homme ne nourrissent personne, s’est-il sans doute dit avant de se raviser ; mais les intérêts commerciaux, si. Sarkozy était même devenu l’ami des dictateurs africains.

Trop de casseroles !

Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à convaincre les Français de sa capacité de faire mieux pour eux que lors de son quinquennat 2007-2012. Mais ce n’est pas l’unique cause de sa défaite électorale. L’homme traîne également trop de casseroles. Et après avoir annoncé sa retraite politique, il est évident que ses ennuis judiciaires vont être remis au goût du jour.

La révélation (de trop ?) sur Nicolas Sarkozy reste la publication par Médiapart d’un témoignage l’accusant d’avoir reçu des valises pleines d’argent liquide en provenance du régime libyen de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne de 2007. Une affaire sur laquelle il a peiné à s’expliquer.

Un candidat plus présent dans les chroniques judiciaires avec à la clé des mises en examen et des garde-à-vue que sur le plan politique, qui plus est, un ex-président, ne pouvait inspirer suffisamment confiance. En effet, cette affaire qui pointe un possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 n’est que la dernière (vraiment ?) d’une longue liste. Entre autres, le financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012, dans le cadre de l’affaire Bygmalion. En qualité de candidat, il aurait dépassé le plafond légal des dépenses électorales. Cette affaire lui a valu une mise en examen. Il sera témoin assisté pour les chefs d’accusation d’usage de faux, escroquerie et abus de confiance.

Dans cette affaire, le parquet de Paris a requis le 30 août le renvoi en correctionnelle de l’ex-chef de l’Etat pour financement illégal de campagne électorale. Il appartient aux juges d’instruction de dire s’ils suivent ou non le parquet dans sa réquisition.

A l’évidence, après l’annonce de sa retraite politique, Nicolas Sarkozy risque bien de se retrouver sur le front judiciaire et de passer le plus clair de son temps à tenter de se laver de tout soupçon de culpabilité. Y parviendra-t-il ? De la présidence à la prison, le chemin pourrait bien être tracé pour lui.

Soirce : Meursault A., Liberté No. 2324 du 22 Novembre 2016