C’étaient des marées humaines hier dans les rues du pays. A Lomé, la mobilisation était si monstre (les organisateurs parlent d’un million de personnes) que plusieurs boulevards étaient envahis au même moment. A titre indicatif, il y avait des manifestants du rond-point Tokoin Trésor à la Colombe de la Paix en passant par la Fontaine lumineuse et le carrefour Déckon sur le Boulevard du 13 Janvier.

La mobilisation était forte, aussi bien dans la capitale que dans les autres villes du pays. Officiellement, ces manifestations sont destinées à réclamer le retour à la Constitution originelle de 1992, l’effectivité du vote de la diaspora, des réformes électorales…Mais au-delà de ces motivations avancées, c’est le départ de Faure Gnassingbé que les leaders de l’opposition et les populations ont réclamé.
Pour les organisateurs de la méga manifestation d’hier à Lomé, cette mobilisation était l’occasion pour le peuple d’exprimer son ras-le-bol. « Nous sommes unis pour atteindre l’objectif de la fin du régime RPT/UNIR. Nous sommes déterminés et la mobilisation le montre », a déclaré Jean-Pierre Fabre, dans une interview accordée en début de meeting.
Des trois points de départ de Lomé, les manifestants se sont retrouvés en meeting au bas fond du Collège Saint Joseph. Occasion pour les responsables politiques de s’adresser à la population. La première intervention était celle de la présidente de CAP 2015, Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson. « Ce que nous faisons aujourd’hui a un seul sens. Nous voulons dire à ce régime qui a fait plus de 50 ans que ça suffit. Ils agissent comme si personne ne peut s’opposer à leurs actions, oubliant que vous êtes là. Faure Gnassingbé doit parler au peuple et lui dire qu’il a compris ce qu’il veut. Qu’il quitte le pouvoir et le Togo aura la paix parce qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières », a-t-elle martelé.
Intervenant par rapport à l’annonce de l’avant-projet de loi adopté par le gouvernement, le député Jean Kissi du Comité d’action pour le renouveau (CAR) a relevé : « S’ils votent la loi, ceux qui ont fait 10 ans de pouvoir seront automatiquement éliminés. Le peuple a chauffé le fer et il nous revient, nous responsables, de le battre pour lui donner la forme qu’il faut ».
Dans son intervention, Me Dodji Apévon des Forces démocratiques pour la République (FDR) et du Groupe des 6 a exhorté le régime RPT/UNIR à écouter le peuple. « L’heure est grave et le régime doit le savoir. Nous ne sommes pas ici pour accepter les avant-projets de loi. Nous serons dans la rue jusqu’à obtenir ce que nous voulons », a-t-il assuré.
Jean-Pierre Fabre, le chef de file de l’opposition s’est également adressé à la masse. « Notre pays souffre depuis des années et le peuple doit savoir qu’aucune force, à part Dieu, ne surpasse sa force. Par rapport à l’avant-projet de loi, personne ne suivra Faure Gnassingbé dans sa ruse. Le moment du dialogue est révolu. C’est un piège à cons dans lequel nous n’allons pas tomber. Maintenant, ce que nous voulons, c’est plus que les réformes, c’est le départ du régime. S’il y a discussions, nous allons y participer pour régler les conditions de départ du chef de l’Etat », a-t-il indiqué.
Très attendu lors de ce meeting, le leader du Parti national panafricain (PNP), Me Tikpi Atachadam a encore insisté sur la nécessité d’une alternance politique. « A partir de ce qui se passe sur l’ensemble du territoire national et dans la diaspora, quand on est un gouvernant sérieux, on ne garde pas le silence comme le fait Faure Gnassingbé. Quand on prône l’apaisement, on ne garde pas les gens arbitrairement en prison et on ne les juge pas en cachette (…) Nous allons changer ce régime et libérer nos détenus. Le moment est venu et la balle est dans le camp du peuple parce que l’opposition est maintenant unie. Et tout peuple debout arrive à bout de n’importe quel dictateur. Ce qui arrive aujourd’hui, c’est Dieu qui a fait son méga programme et il s’accomplit », a-t-il dit.
Tout comme à Lomé, la mobilisation était aussi extraordinaire dans les villes de l’intérieur du pays. Que ce soit à Bafilo, Sokodé, Dapaong…les populations ont bravé les intimidations et sont sorties en masse.
Ce matin encore, les rues des villes du pays vont être investies pour les mêmes exigences : retour à la Constitution originelle du 14 octobre 1992, révision du cadre électoral, instauration du droit de vote des Togolais de l’étranger. Les manifestants entendent aussi dénoncer la répression de la manifestation pacifique du 19 août 2017, exiger l’ouverture d’une enquête indépendante pour situer les responsabilités et traduire en justice les auteurs et commanditaires des violences, exiger la libération immédiate et sans conditions des personnes arrêtées lors des manifestations pacifiques, l’arrêt immédiat des persécutions, des arrestations, des poursuites et des violences à l’encontre des militants et dirigeants du PNP…le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir.
G.A et S.A
Source : Liberté























