Lorsque des manifestations ayant entraîné un décès par balle avaient secoué la capitale suite à la dernière hausse des prix des produits pétroliers, Faure Gnassingbé était resté impassible. Mais aujourd’hui que la grogne sociale est à son paroxysme, voilà qu’un arrêté interministériel venu de nulle part annonce que depuis minuit, les prix du carburant sont légèrement revus à la baisse.

Caricature : Donisen Donald / Liberté

Article 1er : Pour compter du 26 septembre 2017, les prix de vente au détail du litre de carburant sur le territoire national sont fixés en franc CFA comme suit : super sans plomb : 498 F ; pétrole lampant : 445 F ; gas-oil : 500 F ; mélange 2 temps : 599 F ; gaz butane 12,5 kg : 6500 F ; gaz butane 6 kg : 3120 F.

Ainsi se résume l’arrêté interministériel qui a pris effet depuis zéro heure ce jour. Par rapport aux augmentations du 28 février 2017, ce sont respectivement 26 F, 23 F, 26 F et 24 F dont bénéficieront les consommateurs sur le super sans plomb, le pétrole lampant, le gas-oil et le mélange 2 temps. Par rapport aux énormes gains qu’un cercle restreint réalise sur ce produit, il faut dire que ces baisses sont insignifiantes. Doit-on en rire ou pleurer ?

L’annonce de cette baisse intervient dans un climat très particulier et certains seraient tentés de la lier à la situation de crise actuelle. S’il est une action à laquelle les Togolais ne pensent pas en ce moment, c’est bien la magnanimité soudaine dont font preuve Faure Gnassingbé et tout son attirail.

En effet, nous avons encore souvenance que dans la journée du 28 février 2017, les forces de l’ordre avaient fait preuve de zèle, violentant et allant jusqu’à abattre un manifestant parmi la foule qui s’était élevée contre la hausse scélérate des prix des produits pétroliers. Avant cette hausse, le super sans plomb se vendait à 476 F, le gas-oil à 478 F et le pétrole lampant à 425 F. Déjà que même ces prix étaient trop élevés compte tenu de la tendance baissière du cours du baril, aujourd’hui, ce semblant de baisse ne peut contenter que ceux qui ne s’y connaissent pas trop en matière de fixation des prix et des avantages que le gouvernement et une minorité tirent de l’or noir. Le gouvernement aurait décidé de ramener les prix au niveau d’avant le 28 février qu’on mettrait la baisse sur une prise de conscience de Faure Gnassingbé. Mais si depuis fin février, le gouvernement s’est montré insensible au pouvoir d’achat des administrés, malgré la grogne et malgré l’assassinat d’un citoyen, rien ne démontre que la baisse actuelle est sincère.

Dans le climat social actuel, la manœuvre s’apparente plus à une opération de charme à l’endroit de tous les Togolais –puisque la grogne s’étend à tout le pays- qu’à la conséquence d’un travail studieux produit par le Comité de suivi des fluctuations des prix des produits pétroliers (CSFPPP) logé dans l’enceinte du ministère du Commerce et dont le responsable est un certain Francis Adjakly. Des jeunes tombent encore sous les balles des forces de l’ordre et les manifestations sont loin de faiblir. La semaine prochaine risque d’être particulière avec la commémoration de la date anniversaire du premier soulèvement populaire contre ce régime ; c’était un 5 octobre 1990. 27 ans plus tard, période de règne de Blaise Compaoré au Burkina Faso, tout semble se répéter, mais cette fois-ci, avec plus de détermination. Avec cette baisse soudaine, c’est comme si la dame d’à-côté se disait : « quelle que soit la physionomie de la baisse, les manifestations auront bien lieu ».

Abbé Faria

Source : Liberté No.2524 du 26 septembre 2017