Manifestants palestiniens et soldats israéliens s’affrontent de nouveau vendredi près de la barrière de sécurité séparant la bande de Gaza et Israël. Le ministère gazaoui de la Santé recense 1 mort et 40 blessés. La semaine dernière, une vingtaine de Palestiniens ont été tués le long de la frontière, un bilan sans précédent depuis 2014.
Selon des journalistes sur place, des Palestiniens rassemblés à l’est de Khan Younès, dans le sud de l’enclave palestinienne, ont notamment incendié des pneus et lancé des pierres en direction des soldats israéliens retranchés derrière la barrière de sécurité. Ces derniers ont répliqué en tirant des gaz lacrymogènes et des balles réelles.
Dans un bilan livré en milieu d’après-midi, le ministère de la Santé à Gaza a indiqué qu’un Palestinien a été tué à l’est de Khan Younès, et qu’une quarantaine d’autres ont été blessés par balles. Plus tôt dans la journée, l’armée israélienne disait avoir blessé trois personnes dans ces manifestations, qui réunissent des milliers de Gazaouis.
La manifestation palestinienne s’inscrit dans le cadre d’un mouvement baptisé la « marche du retour », visant à réclamer le « droit au retour » des quelque 700 000 Palestiniens chassés de leur terre ou ayant fui la guerre qui a suivi la création d’Israël, en 1948, et de leurs descendants. Cette mobilisation, soutenue par le mouvement islamiste Hamas, doit durer six semaines.
La semaine dernière, des dizaines de milliers de Palestiniens ont répondu à l’appel en se massant à différents endroits le long de la barrière de sécurité, de manière pacifique pour la plupart. Les soldats israéliens ont cependant tiré à balles réelles sur les individus s’approchant trop près de la barrière.
Dix-neuf personnes ont été tuées et une vingtième a succombé à ses blessures, ont fait savoir vendredi des responsables palestiniens, faisant du 30 mars la journée la plus meurtrière depuis la guerre en 2014 entre l’État hébreu et le Hamas, qui gouverne la bande de Gaza.
Le ministre de la Défense parle d’une « opération terroriste »
Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a prévenu cette semaine que les consignes de tir données aux soldats gardant la frontière avec la bande de Gaza allaient demeurer les mêmes que le 30 mars, malgré les critiques formulées des Nations unies et de l’Union européenne.
Cela signifie que des balles réelles peuvent être utilisées contre quiconque cherche à saboter la barrière, notamment en y lançant des pneus enflammés, ou en lançant des pierres sur les militaires.
Cet avertissement n’a pas découragé Ahmed Abou Ghali, un Palestinien de 20 ans qui était présent vendredi à la manifestation près de Khan Younès. Le jeune homme montre une blessure qui a nécessité 20 points de suture et qu’il dit avoir subie vendredi dernier. « Je tomberai en martyr aujourd’hui. Je traverserai la frontière », a-t-il lancé à un correspondant de l’AFP.
Craignant de nouvelles victimes, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Moyen-Orient, Nickolay Mladenov, a appelé les forces israéliennes à la « retenue maximale » et les Palestiniens à éviter les frictions en prévision de cette nouvelle journée de manifestations.
L’émissaire du président américain Donald Trump pour le Proche-Orient, Jason Greenblatt, a aussi cru bon de lancer une mise en garde aux manifestants, leur demandant de « rester en dehors de la zone tampon de 500 mètres » et de ne « pas s’approcher de la barrière de la frontière de quelque manière que ce soit ».
« Nous condamnons les leaders et les manifestants qui appellent à la violence ou envoient des manifestants, y compris des enfants, vers la barrière, sachant qu’ils pourraient être blessés ou tués », a ajouté le responsable américain dans un communiqué au ton ferme.
Si le mouvement « la marche du retour » se prolonge bel et bien pendant plusieurs semaines, il pourrait culminer avec le transfert prévu de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, prévu à la mi-mai.
Cette décision annoncée en décembre par le président Donald Trump et qui va coïncider avec le 70e anniversaire de la création d’Israël, a ulcéré les Palestiniens, déjà éprouvés par des années de guerre, le blocus israélien de la bande de Gaza et la pauvreté.
Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est, la partie palestinienne de la ville occupée et annexée par Israël, la capitale de l’État auquel ils aspirent. L’ONU ne reconnaît pas l’annexion de Jérusalem-Est par Israël.
La mi-mai sera aussi marquée par le début du jeûne musulman du ramadan et la commémoration de la « Nakba », la « catastrophe » en arabe, qu’a représentée pour les Palestiniens la proclamation de l’État d’Israël en 1948.
Source : Radio-Canada + AFP + Reuters + BBC























