Marche de contestation à Sokodé, septembre 2017 | Photo : DR/FB

Sur mon fil d’actualité facebook, j’ai eu connaissance de débats portant sur la mobilisation des villes togolaises de l’intérieur. Certains débatteurs se disent curieux de voir comment les villes assiégées vont se comporter lors des prochaines marches maintenant que la CEDEAO par la voix de ses médiateurs a demandé à Faure Gnassingbé de lever les sièges militaires et de laisser les citoyens jouir de leur droit de manifester sur toute l’étendue du territoire. D’autres disent qu’en attendant que toutes les villes de l’intérieur de taille significative se mettent à marcher à leur tour, les marches seront suspendues au profit de simples manifestations partisanes dont l’objectif serait la mobilisation. D’autres, enfin, pensent que pour que toutes les villes marchent, il faut que chaque leader de parti au sein de la Coalition aille mobiliser les populations de sa ville d’origine.

Il s’agit là, à mon avis, d’un faux débat. Son fondement idéologique n’est pas sain. Sokodé et d’autres villes de l’intérieur qui ont marché ne l’auraient fait que parce qu’elles auraient été mobilisées par leurs fils respectifs ? C’est donner gratuitement raison au RPT/UNIR que de le faire croire.

L’ancien parti unique a prétendu que le Parti national panafricain mobilise plus en pays tem parce que son leader est tem et, sur cette base, le traite de parti ethnique. Cela est archi faux pour deux raisons. La première est que Tikpi Atchadam, le leader du PNP, n’est pas le premier chef d’un parti d’opposition né tem. Mais aucun de ses prédécesseurs ou de ses contemporains, chefs de parti d’opposition, n’a réussi à mobiliser le pays tem autant que lui. La deuxième est qu’avant le 19 août 2017, il y a eu avril 2017. En avril, à plusieurs reprises, tout Tchaoudjo, soutenu par tout Assoli et tout Fazao, bref tout le pays tem, a déferlé sur la Préfecture de Tchaoudjo à Sokodé pour revendiquer le droit des Tem à être les seuls à occuper le trône de chef canton sur leurs terres natales, conformément à la loi républicaine sur la chefferie traditionnelle. Ces marches d’avril ont fait reculer le pouvoir. Dès avril donc les populations tem savaient comment se battre contre la dictature au pouvoir. Le terrain était préparé pour le 19 août. L’appel de Tikpi Atchadam a été entendu en pays tem, non pas comme celui d’un fils, mais comme un appel à une course de relai commencée en avril, l’objectif étant le même, la chute de la dictature.

La justesse de l’appel au retour de la Constitution de 1992 ainsi que le droit de vote de la diaspora suffit à elle seule pour mobiliser toutes les populations togolaises où qu’elles vivent. Mais entre l’adhésion à un appel et la sortie pour une marche de revendication, même à mains nues, il y a un pont à établir. Pour les villes du pays tem et celles qui, hors du périmètre tem, comptent une colonie significative de Tem, le pont existait déjà, c’est la lutte pour le respect de la loi sur la chefferie traditionnelle dont le paroxysme a été atteint en avril 2017. Pour les autres villes il manquait un cadre de mobilisation autour de l’appel. C’était l’occasion, c’est toujours l’occasion, pour les partis convaincus de la justesse de l’appel et surtout du PNP, auteur de l’appel, d’aller créer des structures de mobilisation autour du programme politique sous-tendu par l’appel.

Zakari Tchagbélé

L’attentisme de certaines villes de l’intérieur n’est pas la faute de certains leaders, il est la faute de tous les membres de la Coalition qui, bien qu’unis par l’appel, ne font rien pour mobiliser ces villes. Il est surtout la faute du PNP dont on attend qu’il prenne les devants, étant l’auteur de l’appel et sachant qu’aucune parcelle du terrain politique togolais ne lui est interdit, pour entreprendre la mobilisation de toutes les villes sans exclusives. Quand on a lancé un appel accepté par tous et partout, on ne pose pas ses lauriers sur un prétendu fief. Le Togo, du nord au sud de l’est à l’ouest, veut être le fief du PNP. Cet appel-retour a-t-il vraiment été entendu par le parti au cheval blanc ?

Zakari Tchagbalé