Manifestation de la diaspora togolaise en Allemagne contre le régime cinquantenaire de Faure/RPT-UNIR | Photo : DR

Lorsqu’il y a quelques semaines Gerry Taama a été accueilli par des Togolais avec des œufs à Bruxelles, je faisais partie de ceux qui avaient systématiquement refusé qu’on parle de violence et même d’agression parce qu’il n’y avait eu ni l’une ni l’autre.

J’ai suivi, une dizaine de fois, la vidéo des Togolais ayant hué à Munich des représentants de la dictature togolaise dont le très va-t-en-guerre Christian Trimua. Et je ne comprends pas, jusqu’ici, pourquoi l’on peut rapprocher cette manifestation d’un acte de violence, d’agression ou même d’entrave à la démocratie.

La démocratie et la liberté d’expression ! Voilà les mantras derrière lesquels voudraient se cacher les criminels qui pillent nos pays pour forcer leurs victimes à les laisser propager leurs mensonges.

Il est quand même temps que nous arrêtions d’utiliser les mots en désordre et de les vider de leur sens. De quoi parlons-nous ? D’un groupe d’hommes et de femmes chassés de leur pays (définitivement pour certains d’entre eux) par la faim, la soif, le manque, les fusils et machettes, nous parlons de gens dont certains ont vu décimer leurs familles, et qui huent, les mains nues, leurs bourreaux. Où commence donc la violence dans cet acte ?

Vouloir programmer un être humain qu’on a brimé durant des décennies à ne pas crier sa détresse et sa colère devant son bourreau est l’acte le plus cynique et méchant qu’on puisse poser. L’antilope qui se retrouve dans les griffes du lion sait qu’elle perdra, s’il ne se produit un improbable miracle, sa vie. Mais la nature l’a dotée, la pauvre victime, du réflexe de se débattre, fût-ce avec le plus profond désespoir. On ne peut frapper un enfant et l’empêcher de pleurer, dit l’adage.

Non ! Je n’appellerai aucun Togolais, agissant les mains nues, à aucune retenue dans n’importe quel acte qu’il posera contre ce régime et ses représentants. Je n’appellerai pas les Togolais militant pour l’alternance dans notre pays à une pseudo tolérance politique. Justement parce qu’ils ne sont pas intolérants.

L’intolérance, la méchanceté et la violence politiques, nous savons tous de quel côté ils viennent dans ce pays. L’intolérance politique c’est quand on tue des jeunes, des vieux, des enfants, des femmes enceintes qui manifestent pour la fin du régime qui gangrène leur vie, c’est quand on brise la carrière de jeunes gens en les jetant en prison pour le crime d’avoir distribué de l’eau aux manifestants de l’opposition, c’est quand on envoie en exil des milliers de citoyens pour avoir voté pour l’opposition.

L’intolérance politique ne se trouve nulle part dans les cris désespérés d’un groupe de citoyens désabusés appelant le monde à tourner les yeux vers leur détresse.

David Kpelly