Le président de la Guinée, Alpha Condé, a pris le commandement de l’Union africaine, ce lundi, reprenant les reines derrière le président tchadien Idriss Déby.

Photo de famille 28e sommet de l’Union Africaine en Éthipio, janvier 2017 | Photo : AP

Ce 28e sommet de l’UA pourrait s’avérer déterminant pour l’avenir de l’organisation et pour sa cohésion. Traversé par des lignes de fracture sur le dossier marocain, sur la Cour pénale internationale (CPI) ou tiraillé par les traditionnelles rivalités entre blocs régionaux, le continent aborde le rendez-vous en ordre dispersé.

Le tout dans un environnement international remodelé avec l’accession de Donald Trump à la Maison Blanche, et dans une moindre mesure la récente prise de fonctions du nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui prononcera un discours lundi à l’ouverture du sommet.

Le président guinée Alpha Condé nommé à la tête de l’UA | AN

Dimanche à Addis Abeba, M. Guterres a salué la générosité de l’Ethiopie qui, confrontée à la pire sécheresse de ces 50 dernières années, a continué à accueillir des réfugiés des pays voisins en crise.

C’est « un exemple qui, je dirais, devrait faire réfléchir dans un monde où malheureusement tant de frontières se ferment », a-t-il déclaré, dans une allusion à peine voilée au décret anti-immigration controversé du président Donald Trump interdisant l’entrée aux Etats-Unis de ressortissants de sept pays majoritairement musulmans, dont trois pays africains.

Présidence de la Commission de l’UA

Reportée lors du dernier sommet en juillet, l’élection du successeur de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission a opposé cinq candidats.

L’ex-PM tchadien Moussa Faki Mahamat élu président de la Commission de l’UA | VOA

Mais au terme d’intenses tractations diplomatiques et d’un débat inédit réunissant les cinq prétendants, trois d’entre eux s’étaient détachés: la ministre kényane des Affaires étrangères Amina Mohamed, l’ancien Premier ministre tchadien Moussa Faki Mahamat et un diplomate sénégalais, Abdoulaye Bathily.

Après plusieurs tours de scrutin, c’est le Tchadien Moussa Faki Mahamat qui l’a emporté au dernier tour face à la candidate du Kenya Amina Mohamed

Réintégration du Maroc

Les chefs d’Etat de l’Union africaine ont décidé lundi de réintégrer le Maroc, qui avait quitté l’organisation continentale en 1984 pour marquer son désaccord sur le dossier du Sahara occidental, a-t-on appris auprès de plusieurs présidents africains réunis en sommet à Addis Abeba.

L’Union Africaine réintègre le Maroc, après 32 ans d’absence | Archives

Selon le président sénégalais Macky Sall et le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek, 39 chefs d’Etats (sur 54 pays) se sont prononcés pour la retour du royaume chérifien au sein de l’UA.

Le Maroc avait annoncé en juillet sa volonté de réintégrer l’UA, qu’il avait quittée en 1984 pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario (soutenu par Alger) au Sahara occidental, un territoire que Rabat contrôle et considère comme partie intégrante du royaume.

Le Maroc, qui a mené ces six derniers mois une intense campagne diplomatique en Afrique sub-saharienne, ne met aucune condition à son retour au sein de l’UA, et notamment pas l’expulsion de la RASD, et s’est dit « confiant » dans cette réintégration. Mais plusieurs pays y restent notoirement hostiles, comme l’Algérie et l’Afrique du Sud, deux poids lourds du continent.

Le processus formel de réintégration, assez technique, a donné lieu à diverses interprétations.

Selon les médias marocains, qui se réfèrent le plus souvent à l’acte constitutif de l’UA (article 29), il ne nécessite qu’un vote des chefs d’Etat à la majorité simple.

Mais des responsables algériens ont affirmé à plusieurs reprises qu’il s’agit, selon eux, de l’adhésion d’un nouveau membre, l’UA ayant remplacé l’OUA en 2002, ce qui suppose un processus beaucoup plus complexe.

La présidente de la Commission de l’UA (organe exécutif de l’organisation), la Sud-africaine Nkosazana Dlamini Zuma, a par ailleurs été accusée par Rabat de vouloir freiner, voire saboter, le retour du royaume.

Dimanche, le roi Mohammed VI, qui séjourne depuis vendredi à Addis Abeba, a eu de nouveaux entretiens en tête-à-tête avec plusieurs chefs d’Etats, le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, celui de la Guinée Équatoriale, Theodoro Obiang Nguema, et du Rwanda Paul Kagame, a rapporté l’agence de presse officielle MAP.

Il devait offrir dimanche soir « un dîner en l’honneur des chefs d’Etat et de gouvernement qui prennent part au sommet », toujours selon la MAP.

Durant le weekend, plusieurs médias marocains se sont inquiétés des « manoeuvres souterraines » en cours dans les couloirs de l’UA afin « d’introduire de nouvelles conditions » à l’adhésion du Maroc, des initiatives portées « par une minorité d’États membres ». Certains de ces médias rappelaient par ailleurs le cas du Soudan du Sud, dont l’admission en 2011 avait été une simple formalité, avec un vote à la majorité simple.

Source : VOA Afrique + 27avril.com