Le président sortant Boni Yayi (g) et Adrian Hougbédji (d) du PRD crée un profond malaise chez le candidat désigné du premier et soutenu par le deuxième, Lionel Zinsou du FDBE
Le président sortant Boni Yayi (g) et Adrian Hougbédji (d) du PRD crée un profond malaise chez le candidat désigné du premier et soutenu par le deuxième, Lionel Zinsou du FDBE

A peine célébré, le lugubre mariage Fcbe-Prd-Rb subit une tempête qui risque de déboucher sur une crise majeure entre les alliés. Le financement de la campagne du candidat Lionel Zinsou, après les piques de Adrien Houngbédji à l’endroit du chef de l’Etat, devient une question en suspens. Le non-ralliement de certains soutiens attendus, la mise à l’écart des ténors Fcbe dans les tractations, tout cela menace l’alliance.

Les ressentiments de 2011 suite au sinistre K.o de Yayi Boni refont surface aujourd’hui. Ils sont exprimés par le candidat malheureux du scrutin d’il y a cinq ans, Adrien Houngbédji. Ses propos tenus sur la chaîne de télévision de service public, Ortb, le jeudi 28 janvier 2016, dont voici la teneur « je continue de dire que, c’est nous qui avions gagné les élections de 2011 », embarrassent l’actuel chef de l’Etat qui ne cesse, depuis lors, de ruminer sa colère contre son nouvel allié dans le complot ourdi pour imposer Lionel Zinsou à la Magistrature suprême.

Pour Adrien Houngbédji, Yayi Boni est un mal élu, ou carrément, il lui a volé sa victoire avec l’aide de la Cour Constitutionnelle. Ses déclarations, qu’on le veuille ou non, ne sont pas à banaliser en cette veille de la présidentielle du 28 février. Elles désignent la Haute juridiction comme une institution qui substitue les résultats des urnes en proclamant les vaincus comme vainqueurs, et les gagnants comme les perdants. Un gros pavé jeté dans la marre de la Cour constitutionnelle par un connaisseur de la politique béninoise, juriste de haut niveau. Donc, ses propos sont à prendre au sérieux.

Trois fois présidents de l’Assemblée nationale, député sans discontinuer, ancien premier ministre, cela veut dire qu’il mesure la portée de ses propos. Si ces déclarations n’ont laissé personne indifférent, elles ont fait plus d’effet dans le camp du chef de l’Etat, où très tôt, le mariage si tant vanté pour le meilleur suscite des réactions et des prises de positions qui expriment la méfiance et la réticence à s’investir dans la campagne de Lionel Zinsou.

Adrien Houngbédji, en lâchant imprudemment ses morceaux qu’il n’a jamais digérés, a rendu Yayi Boni furieux, au point où ce dernier, aux commandes de la machine soutenant la candidature de Lionel Zinsou, est tenté de tout lâcher. En tout cas, le chef de l’Etat ne compte pas se résoudre à subir une telle offensive de son challenger de 2011, Adrien Houngbédji.

Que compte donc faire Yayi Boni ? Tout va se jouer lors de la campagne électorale qui débute le vendredi 12 février. Alors que, le candidat lui-même a annoncé à Porto-Novo, lors de son investiture, qu’il confiera au maire de cette ville, Emmanuel Zossou, la direction de sa campagne, cette offre qui renforcera la présence du Prd dans l’entourage de Lionel Zinsou n’est pas validée par le président sortant, Yayi Boni, y compris ses fidèles collaborateurs, dont son homme de main, le ministre de l’Economie et des finances, Komi Koutché qui, contraint par son patron à renoncer à ses intentions de briguer la magistrature suprême, attendait logiquement d’être le directeur de campagne du candidat du pouvoir.

Une responsabilité que le maire de Porto-Novo risque de lui chiper. Si cela se confirmait, le climat au sein de la coalition Fcbe-Prd-Rb sera délétère et les clivages vont se renforcer. Car, il ne faut pas se voiler la face, les velléités du Prd à avoir une emprise sur le candidat Lionel Zinsou n’est pas vu d’un bon œil par les fidèles lieutenants de Yayi Boni.

Les agissements de Me Adrien Houngbédji les confinent dans les rôles secondaires alors qu’ils réclament la paternité de la candidature de Lionel Zinsou. Ce que le Prd semble s’attribuer habilement en communiquant largement sur un thème qui tranche avec le discours des Fcbe. Le parti Arc-en-ciel a donc présenté le candidat du pouvoir comme s’il est sorti de ses entrailles. Or, tout le monde sait que le premier ministre a été imposé aux Fcbe, et il a été présenté à l’opinion publique, comme le candidat désigné par cette alliance, le tout servant de camouflage à un complot pour perpétuer la Françafrique.

Ambiance délétère autour de Zinsou

Lionel Zinsou, le candidat du FCBE, soutenu par le PRD d'Adrian Houngbédji et la RB de Léhady Soglo | Photo ; AFP
Lionel Zinsou, le candidat du FCBE, soutenu par le PRD d’Adrian Houngbédji et la RB de Léhady Soglo | Photo ; AFP

Lionel Zinsou a été surpris en flagrant délit d’opportunisme, d’imposture et de tricherie aggravée. C’est un candidat illégitime coopté par le chef d’un régime pourri de la tête jusqu’aux pieds. Adrien Houngbédji et son parti le savent très bien, parce que, quand ils se réclamaient de l’opposition, ils en ont fait leurs choux gras. Même si Lionel Zinsou est devenu premier ministre en juin 2015, c’est-à-dire à neuf mois de la fin de ce régime, il officiait aux côtés du chef de l’Etat avec le titre de conseiller depuis l’arrivée au pouvoir de ce dernier. Il ne peut donc pas être absout du bilan chaotique et des dérives du Pouvoir en place. Même avec une éponge magique, il sera difficile de l’absoudre de tous les péchés du régime.

Que Adrien Houngbédji passe tout ceci à l’ardoise magique, interpelle sa conscience personnelle. C’est son droit. Les Fcbe s’y plaisent et en font même un thème de campagne. Yayi Boni lui en fait un trophée. C’est un grand coup politique. Mais ils n’acceptent pas que le même Prd commence déjà par les  » baiser ». Ils lui reprochent d’être plus royaliste que le roi.

Alors qu’on accuse Lionel Zinsou d’opportunisme, Adrien Houngbédji semble lui avoir arraché cette mauvaise image et affiche sa volonté d’être aux commandes de la machine Zinsou. Du coup, il se met à dos presque tout le monde, à commencer par Yayi Boni. Depuis que le Prd a investi le candidat stade Charles de Gaule de Porto-Novo, rempli à coup de millions, il se croit tout permis au sein de cette alliance. C’est vrai que c’est une réussite, mais c’est une erreur de sa part de croire que ce succès est un feu vert à brûler la politesse aux autres et à prendre en otage Lionel Zinsou. Il a éclipsé également l’autre allié, Léhady Soglo qui, en difficulté, anime des réunions avec une poignée de militants de la Renaissance du Bénin. On y reviendra.

Du plomb dans la campagne du candidat

Dans une telle ambiance où les Fcbe refusent de jouer les seconds rôles, on les voit mal s’investir réellement dans la campagne de leur candidat. Ils y seront sans doute, mais pour la forme. Les choses vont alors se compliquer pour Lionel Zinsou. Déjà en difficulté pour rallier une large partie de la population à sa cause, il devra gérer un conflit interne qui risque d’avoir des effets dévastateurs sur sa campagne. Plus grave, on risque d’observer une réticence chez les barons du régime à financer cette campagne.

Il est de notoriété publique que l’argent amassé par le régime servira à faire campagne, puisque le candidat est loin de faire face aux exigences financières d’une élection présidentielle au Bénin. Le chef de l’Etat était disposé à débourser beaucoup d’argent pour les besoins de la cause. Mais les velléités réactionnaires et belliqueuses de Adrien Houngbédji ont quelque peu bouleversé les donnes. Son ministre de l’Economie et des finances, Komi Koutché, jugé trop aux ordres, n’est plus autorisé à alimenter les comptes des deux alliés, le Prd et la Rb. C’est une situation aux conséquences lourdes.

Si Lionel Zinsou tient à remettre les commandes de sa campagne au Prd, il devra en supporter le coût. Le premier ministre, fut-il chouchou des autorités françaises et un banquier d’affaires, ne peut pas réunir seul les moyens subséquents. Il lui reste une option : laisser le jeune leader des Fcbe et ministre des Finances s’en charger. Difficile d’imaginer qu’une décision de Komi Koutché soit prise sans être validée par Yayi Boni en personne.

La question qui se pose est la suivante : « Comment va faire Lionel Zinsou sans fâcher le Prd, tout en permettant aux Fcbe de reprendre les choses en main » ? En tout cas, à deux semaines du 1er tour, le candidat du pouvoir est à la croisée des chemins.

La troisième béquille de l’alliance FCBE-PDR-RB, Léhady Soglo, peine à rallier Cotonou à Lionel Zinsou

Léhady Soglo de Renaissance Bénin (RB) soutient Lionel Zinsou, le candidat du FDBE | Archives
Léhady Soglo de Renaissance Bénin (RB) soutient Lionel Zinsou, le candidat du FDBE | Archives

On s’attendait que Léhady Soglo pèse de tout son poids pour rallier les militants de la Renaissance du Bénin à la cause de Lionel Zinsou, mais on en est encore loin. Le président de la Rb n’arrive pas à déplacer les foules au profit de son candidat, surtout à Cotonou, ville dont il est le maire.

Léhady Soglo sera-t-il à la hauteur des attentes placées en lui par ses partenaires de l’alliance contre nature, Fcbe-Prd-Rb, conclue pour porter Lionel Zinsou au pouvoir ? La question ne manque pas d’intérêt dans l’entourage du candidat et plane d’ailleurs sur les relations qu’entretiennent désormais le président de la Rb et ses partenaires. Elle est même devenue pressante depuis que le Prd de Me Adrien Houngbédji a organisé un meeting géant à coup de millions au stade Charles de Gaulle de Porto-Novo pour investir le candidat et que récemment, à Bohicon, le maître des lieux, Luc Atrokpo, a répondu aux « tchoco tchoco » dans sa cité en créant à son tour l’évènement autour du même candidat.

Si Léhady Soglo, en faisait autant à Cotonou, on ne trouvera pas à dire. Réunions sans éclats au siège du parti, mobilisation en dessous des attentes, cela ne fait pas l’affaire aux yeux du candidat. On se demande pourquoi Léhady Soglo se révèle-t-il aussi incapable de rallier suffisamment d’électeurs Rb à la cause de Lionel Zinsou pour sa victoire à l’élection présidentielle. Au moment où la campagne électorale s’apprête à démarrer, on en est inquiet dans le camp du candidat. Lui-même aurait confié à l’un de ses proches qu’il n’est pas satisfait du travail du président de la Rb.

Ayant sans doute eu la mèche, il a été très présent pendant cette semaine qui s’achève dans les colonnes des journaux, à travers lesquels il a montré qu’il a repris du poil de la bête en bouclant Cotonou pour Lionel Zinsou. Cette stratégie politique vise à montrer l’influence de la Rb, parti du maire de Cotonou, dans la capitale économique. L’élément qui change tout. Certes la Rb a une assise à Cotonou et environs. Mais, il y a un élément nouveau qui bouleverse tout. Habituellement, les militants Rb, en grand nombre à Cotonou, votent pour ceux qu’ils reconnaissent comme membres actifs ou non de leur parti. Mais là maintenant, il y a un type nouveau qui s’appelle Lionel Zinsou. Inconnu et tout nouveau, il n’a jamais milité au sein de la Rb. Cela fait beaucoup de changements. Sur dix militants, il est rare de rencontrer deux qui vous diront qu’ils voteront pour le candidat de la coalition Fcbe-Prd-Rb.

Les réactions entendues dans la capitale économique et qui ont accueilli la naissance de ce groupe laissaient entrevoir les difficultés de Léhady Soglo à rallier ses militants à la cause de son joker. De même, l’autre réalité est que le sentiment de rejet de la candidature du Béninois de la diaspora est démêlé de l’écheveau politique qui entoure le débat qui a lieu au sein de la famille Soglo, propriétaire de la Rb, mais profondément divisée sur le choix à opérer pour cette présidentielle.

Le marché conclu par le président du parti n’a pas été validé, ni par l’ancienne patronne Rosine Soglo, ni par le leader charismatique et président d’honneur, Nicéphore Soglo, encore moins par le frère cadet Galiou. Ces problèmes sont réels et dommageables pour Léhady. Dans ce contexte, il est donc difficile pour lui de faire autant que Adrien Houngbédji. Le poids de l’argent pouvait l’aider, mais selon nos informations, il est plus que réticent à mettre la main à la poche, contrairement au président du Prd.

Ainsi se révèlent les obstacles auxquels est confronté Léhady Soglo quand il s’agit de faire passer son candidat par les réseaux de son parti. Néanmoins, on ne peut pas oublier que le maire de Cotonou est à ce poste après avoir remporté seul contre tous des succès éclatants, contre vents et marées et au milieu d’une multitude d’ambitions nourries par des dinosaures de la classe politique soutenus par des pouvoirs financiers. Il ne doit pas aussi oublier qu’il détient son pouvoir de ses électeurs, qui sont en train de lui tourner dos à cause de son soutien à Lionel Zinsou et contre le gré de ses géniteurs, qui après tout, bénéficient encore de la sympathie des militants.

Source : [11, 12/02/2016] Fidèle Nanga, Le Matinal