À Ouagadougou, des hommes armés ont attaqué vendredi le quartier général de l’armée du Burkina Faso, l’ambassade de France et l’Institut français, faisant au moins 7 morts et 50 blessés, selon un premier bilan officiel. Huit assaillants ont été « neutralisés » ou « tués » dans cette attaque que le gouvernement impute à des terroristes djihadistes.

Selon trois sources sécuritaires interrogées par l’AFP, le bilan des victimes serait cependant beaucoup plus élevé que celui livré par les autorités. Deux d’entre elles ont fait état d’un bilan de 28 morts, tandis que la troisième a évoqué un bilan d’« une trentaine » de victimes.

Le nombre total des assaillants impliqués dans l’attaque n’a encore été établi.

L’attaque a été lancée vers 10 h, heure locale, dans un quartier de la capitale qui abrite aussi les bureaux du premier ministre burkinabé et d’autres ambassades étrangères.

Il n’est toujours pas clair à l’heure actuelle si l’attaque est terminée ou si les autorités sont toujours à la recherche de suspects. Dans un communiqué, le Service d’information du gouvernement burkinabé indique que « les unités spéciales des forces de défense et de sécurité sont en opération ».

Selon ce service, cinq assaillants ont été « neutralisés » lors de l’attaque de l’ambassade, où deux gendarmes burkinabés ont été tués. Le ministre de la Défense, Jean-Claude Bouda, a pour sa part déclaré à Reuters que trois assaillants ont été tués au quartier général de l’armée, situé environ deux kilomètres plus loin.

L’entourage du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, a fait savoir que « la situation est sous contrôle » à l’ambassade de France et à l’Institut français de Ouagadougou. Les locaux de l’Institut français sont situés tout près du quartier général de l’armée.

Dans un message posté sur Facebook, la police nationale a confirmé que l’état-major général des armées, l’ambassade de France et l’Institut français « ont été touchés » et que « des incendies ont été signalés sur certains sites touchés ».

« Un poste médical avancé est mis en place au niveau du stade municipal de Ouagadougou pour la prise en charge des blessés du côté de la population et de celui des forces de défense et de sécurité », avait-elle précisé avant qu’un premier bilan ne soit avancé par les autorités.

Le ministre burkinabé des Communications, Rémy Danjuinou et le directeur de la police nationale, Jean Bosco Kienou, soutiennent tous deux qu’il s’agit d’une attaque terroriste imputable à des djihadistes. Des groupes djihadistes ont effectivement revendiqué de violentes attaques contre des symboles de l’État ou des Occidentaux au cours des derniers mois.

Cinq hommes armés devant l’ambassade française

Des témoins rapportent avoir vu cinq hommes armés sortir d’une voiture et crier « Allah Akbar » [Dieu est le plus grand, NDLR] et ouvrir le feu sur des passants avant de se diriger vers l’ambassade de France.

Une source de l’Agence France Presse à l’intérieur de l’ambassade de France a aussi rapporté que cinq hommes armés ont essayé de rentrer dans l’ambassade, mais sans y parvenir

Les assaillants auraient alors tiré sur le bâtiment avant de se diriger vers l’état-major des Forces armées burkinabés. D’autres témoignages ont fait état d’une explosion à ce deuxième endroit.

Deux messages postés par l’ambassade française sur Facebook ont témoigné de la confusion engendrée par l’attaque. Un premier message a évoqué une « attaque en cours à l’ambassade de France et à l’Institut français », tandis qu’un second disait qu’il n’y avait « pas de certitude à ce stade sur les lieux visés ».

La présidence française a fait savoir qu’Emmanuel Macron suit très attentivement les événements à Ouagadougou. « Il est tenu informé en direct par ses équipes de l’évolution de la situation », a fait savoir l’Élysée. « Les ressortissants français présents à Ouagadougou doivent suivre les instructions de l’ambassade ».

M. Macron s’était rendu à Ouagadougou à la fin du mois de novembre pour prononcer un grand discours portant sur les relations entre la France et l’Afrique, dans lequel il avait notamment été question de la lutte contre les organisations djihadistes.

Le parquet de Paris a déjà fait savoir qu’il a ouvert une enquête pour « tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle », dans cette affaire. Le parquet a la compétence pour enquêter puisque puisque l’attaque a visé des ressortissants et des intérêts français.

La France a également annoncé qu’elle renforçait la sécurité autour de ses différentes ambassades à travers la région.

Un pays attaqué à plusieurs reprises

Depuis le début de 2015, des groupes djihadistes mènent des attaques contre des représentants de l’État dans le nord du Burkina Faso, près de la frontière avec le Mali. Selon un bilan officiel, 80 attaques ont fait 133 morts. Quelques attentats ont aussi ciblé des sites fréquentés par des Occidentaux depuis deux ans.

Le 13 août dernier, deux assaillants ont ouvert le feu sur un café situé sur la principale avenue de Ouagadougou, faisant 19 morts, dont 2 Canadiens, et 21 blessés. Cette attaque n’a pas été revendiquée.

Le 15 janvier 2016, 30 personnes, dont 6 Canadiens et 5 Européens, ont été tuées dans un attentat contre l’hôtel Splendid et le restaurant Cappuccino, dans le centre de la capitale. Cette attaque, qui avait duré une douzaine d’heures, a été revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui l’a attribuée au groupe djihadiste Al-Mourabitoune.

Source : Radio-Canada + AFP + Reuters + AP + EuroNews + 27avril.com