
Il est à la tête de l’Ethiopie depuis un peu plus de 100 jours. Mais son bilan le devance, tant dans son pays que dans la région. À 41 ans, Abiy Ahmed, le plus jeune dirigeant du continent a profondément réformé son pays. Retour sur ses 100 jours à la tête de l’Ethiopie.
Le 2 avril, lorsqu’il prenait les rênes de l’Ethiopie après la démission de son prédécesseur Hailemariam Desalegn, Abiy Ahmed a donné le ton de ce que serait l’Ethiopie sous son règne : une nouvelle démocratie en paix avec ses voisins et avec elle-même. Cent jours sont passés et le Premier ministre éthiopien est en train de tenir ses promesses.
Commençons par les réformes internes. Une fois aux affaires, Abiy Ahmed a encouragé son pays à s’inscrire dans une logique de démocratie multipartite, alors que le Parlement est dominé depuis des années par le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien. Il a également ordonné la libération de plusieurs éminents leaders de l’opposition et journalistes mobilisés lors des manifestations anti-gouvernementales de 2017.
Le nouvel homme fort de l’Ethiopie a également redéfini la carte économique de son pays. A ce propos, il a ouvert le capital de certaines compagnies publiques dans l’aviation et dans les télécommunications à des entreprises étrangères. Une perche rapidement saisie par le groupe Safaricom au Kenya qui est en négociations pour faire entrer son principal service de monnaie mobile – M-Pesa – en Ethiopie.
Une empreinte dans la Corne de l’Afrique
Hors des frontières éthiopiennes, Abiy Ahmed a également imprimé sa marque. En juin, il s’est rendu en Egypte pour aborder avec son homologue Abdel Fattah al-Sissi l‘épineuse question de la construction du barrage de la Renaissance sur le Nil, et le rassurer que les intérêts de l’Egypte seront sauvegardés. Les sourires et les étreintes après la rencontre ont mis en évidence l’espoir de voir se lever l’impasse sur cette affaire, devenue un boulet dans les relations entre l’Ethiopie, l’Egypte et le Soudan. Sur son vol de retour, Abiy a amené avec lui 32 détenus éthiopiens libérés des prisons égyptiennes.
Toujours en juin, le Premier ministre éthiopien s’est rendu en Somalie pour réchauffer des relations longtemps restées tendues. Au menu de la rencontre, coopération commerciale et anti-extrémisme. Dans la même période, l’Ethiopie s’est fait l’hôte des retrouvailles entre le président sud-soudanais Salva Kiir et son rival acharné, Riek Machar, dans le but de mettre fin à cinq années de guerre civile qui ont tué des dizaines de milliers de personnes. Si cette rencontre a accouché d’une souris, les deux rivaux ont tout de même accepté un accord de partage de pouvoir, lors d’une rencontre au Soudan.
Le coup de grâce est toutefois venu de la réconciliation avec l’Erythrée, dont l’inimitié avec l’Ethiopie perdurait depuis des décennies. M. Abiy a du reste annoncé que l’Ethiopie accepterait de mettre en œuvre un accord onusien sur le tracé de leur frontière commune conclu en 2000. Cette annonce a facilité le réchauffement des relations diplomatiques matérialisé par la réouverture des ambassades, la reprise du commerce, l’ouverture de l’espace aérien et des lignes téléphoniques internationales.
L’espoir du renouveau
Aujourd’hui, Abiy Ahmed incarne cette nouvelle Ethiopie, jadis considérée comme l’un des régimes les plus fermés au monde. Et il faut dire qu’au-delà des décisions politiques, le style du Premier ministre éthiopien illustre bien ce nouveau départ entamé.
Apparitions juvéniles ; dîner avec le célèbre robot humanoïde Sophia, dont certains logiciels ont été développés en Ethiopie ; vêtu simplement d’un jean et d’un tee-shirt flanqué d’une photo de Nelson Mandela le poing levé, Abiy Ahmed casse bien les codes du régime éthiopien. Mais les défis sont énormes, notamment convaincre la vieille garde du Front tigréen – longtemps resté au pouvoir – de sa politique réformatrice.
Pour l’heure, cependant, la Corne de l’Afrique jubile de ce nouvel air de paix.

Mais des violences agitent la région Somali dans l’est de l’Éthiopie
Des scènes de pillage, d‘émeutes et d’attaques à caractère ethnique, consécutives au déploiement de troupes gouvernementales, ont continué à être observées dimanche dans l’instable région Somali (est) de l‘Éthiopie, d’après plusieurs témoignages.
Les raisons exactes de ces violences qui ont débuté samedi ne sont pas claires, mais des images circulant sur les réseaux sociaux montrent des véhicules blindées de l’armée éthiopienne dans les rues de la capitale régionale Jigjiga.
L’arrivée des troupes fédérales semble avoir provoqué la colère de la population Somali, déclenchant des émeutes et violences ethniques à Jigjiga et dans d’autres villes de la région.
“Tout le monde est à l’intérieur de sa maison. Personne n’en sort. Tant de mes voisins (…) ont perdu leurs hôtels, leurs magasins, leurs maisons, tout. Chaque foyer a tout perdu”, a déclaré un résident, se disant en danger en raison de son ethnicité amhara.
Un autre habitant, appartenant à l’ethnie oromo, la plus importante du pays, a expliqué qu’il était abrité par une famille Somali pour le protéger de la redoutée police régionale Liyu, régulièrement accusée d’abus par les groupes de défense des droits de l’Homme.
D’après lui, des émeutiers vidaient les coffres des banques et mettaient le feu à des églises dans cette région à majorité musulmane.
Les autorités annoncent des mesures nécessaires
L’ambassade américaine à Addis-Abeba avait indiqué samedi dans un communiqué que l’armée éthiopienne avait “pris le contrôle de routes clé, d’immeubles gouvernementaux et de l’aéroport de Jigjiga”.
Dans la soirée, le ministère éthiopien de la Défense avait également publié un communiqué stipulant qu’il prendrait “les mesures nécessaires” pour rétablir l’ordre dans la région.
Le pays est divisé en neuf régions administratives selon un système dit de “fédéralisme ethnique”, censé donner un degré d’autonomie aux différentes ethnies, mais accusé dans les faits d’exacerber les sentiments d’appartenance et d’“ethniciser” d’anciens différends fonciers.
La région Somali est la deuxième plus grande d‘éthiopie, après la région oromo, mais aussi la plus instable.
En 2017, des affrontements entre membres des ethnies oromo et somali avaient fait plus d’un million de déplacés.
En juillet, l’ONG Human Rights Watch a accusé le gouvernement régional somali d’administrer une prison secrète dans laquelle des prisonniers soupçonnés d’appartenir à un groupe séparatiste local subissent des tortures et des viols.
Source : Africa News























