Présenté comme un modèle de démocratie avancée en Afrique subsaharienne, le Ghana risque à la faveur de la présidentielle de décembre 2016, de perdre de sa superbe si sa classe politique et sa population n’y prennent garde.

Heurts entre les militants du NPP et ceux du NDC devant le domicile de Addo Akufo Addo à Accra, Ghana | Photo : Modern Ghana
Heurts entre les militants du NPP et ceux du NDC devant le domicile de Addo Akufo Addo à Accra, Ghana | Photo : Modern Ghana

L’absence d’une forte médiatisation de la période préélectorale qui se déroule au Ghana  sans doute liée à la dernière présidentielle aux Etats Unis ne saurait atténuer, encore moins dénaturer la réalité  qui se joue dans ce pays.

En effet, ce pays risque de tomber dans l’escarcelle des mauvais élèves en matière démocratique. En cause, une senteur de fraudes en amont que pointent déjà du doigt certains candidats.

Le fichier électoral serait gonflé, donnant du coup une fausse représentation du corps électoral. Des personnes décédées y figureraient toujours. L’on dénonce également des inscriptions de personnes étrangères, des Togolais et des Ivoiriens essentiellement. Par ailleurs, des personnes non détentrices de leurs cartes nationales d’identité s’étaient enregistrées avec leurs cartes d’assurance santé (NHIS).

Sur cette question de sincérité du fichier électoral, la Cour Suprême et la Commission Electorale se livrent à un jeu de ping-pong depuis des mois.

En effet, les Hauts magistrats craignant une exacerbation des tensions préélectorales avec en toile de fond des soupçons sur la non fiabilité du fichier électoral ont, le 05 mai 2016, enjoint à la Commission Electorale d’expurger la liste électorale de tous ses vices. La Commission Electorale quant à elle a semblé n’y aller qu’à son propre rythme, minimisant au passage la portée de l’arrêt des hauts magistrats et noyant cette problématique dans un ensemble de procédures déjà en cours pour radier les électeurs inéligibles.

La Cour Suprême, agacée par la léthargie dont faisait preuve la Commission Electorale sur une telle question d’intérêt national, a dû hausser le ton et mettre en garde  la Commission Electorale contre toute attitude qui pourrait mettre le pays à feu et à sang. Au forceps, la Commission Electorale a fini par rentrer dans les rangs, après un autre arrêt de la Cour Suprême rendu jeudi dernier. Elle a en effet déclaré que : « toutes les mesures seront prises en conformité avec la législation en vigueur pour garantir que la liste électorale soit propre et crédible avant les élections générales du 07 décembre ».

Cependant, quel modus operandi la Commission Electorale compte-t-elle suivre pour ce faire ?

Premier hic, les décès ne sont pas toujours enregistrés à l’Etat civil. Il n’existe donc pas de fichier ou de registre de décès assez fiable. Ajouté à la difficulté d’identifier la liste exhaustive des étrangers, il y a bien des raisons de soutenir que le fichier électoral comportera une marge d’erreurs, une marge d’imprécision. Reste à savoir si les Ghanéens feront preuve de tolérance vis-à-vis de la Commission Electorale, dans cette perspective.

Autre fait, la Commission Electorale était au cœur d’une polémique monstre à propos de bulletins de vote interceptés au bureau d’un parti politique. Pour se laver de tout soupçon, elle était montée au créneau pour apporter un démenti formel. Elle avait en effet précisé  que ces bulletins étaient destinés à la région de l’Upper West au Ghana et qu’ils ont été réceptionnés à la direction régionale de la police à Wa le samedi dernier.  Cette opération de reconquête de son capital confiance a-t-elle été un succès ? En dépit donc de tous les hommages que l’on rend volontiers au peuple ghanéen et à toute sa classe politique pour leur maturité politique, une crise de confiance en cette institution, organe central dans la réussite du scrutin à venir est sans doute née.

En dehors de ces rumeurs de fraudes en amont, ce sont des violences préélectorales qui ont été enregistrées, achevant ainsi de confirmer le doute sur la confiance des Ghanéens en ce processus électoral en cours. Et lorsqu’au débat d’idées, s’ajoutent des violences en tous genres, qui plus est en période préélectorale, il ne fait point de doute que la confiance dans les  vertus du jeu démocratique notamment électoral se trouve littéralement ébranlée. C’était le dimanche, 13 novembre 2016 que des affrontements avaient été signalés devant le domicile de l’opposant Nana Akufo-Adodo à Nima, un quartier populaire à Accra, entre de jeunes militants du principal parti de l’opposition NPP et ceux du parti NDC au pouvoir. Certains témoins de cette scène ont fait état de coups de feu tirés, rapporte notre confrère koaci.com. Mais en attendant le rapport d’enquête de la police de la localité pour faire la lumière sur ces violences, les deux parties se rejettent la responsabilité dans la survenue de telles violences.

Les Ghanéens ont rendez-vous avec l’histoire en décembre prochain. Ils peuvent confirmer leur statut à faire pâlir d’envie leurs voisins togolais, de pays résolument tourné vers la démocratie ou amorcer un fâcheux retour dans le cercle très ouvert des pays abonnés au cycle « Elections – Contestations – Violences ».

En 2012, seul un sursaut patriotique de Nana Akufo-Adodo et de son parti le NPP a permis de désamorcer une crise postélectorale qui prenait des allures très inquiétantes après la proclamation des résultats de la présidentielle de 2012, organisée suite au décès de John Atta Mills. Déjouant ainsi toutes les prédictions apocalyptiques. Pour rappel, John Dramani, alors Vice-président et qui assurait de facto la présidence de la République conformément à l’esprit et à la lettre de la Constitution, avait été confirmé dans ses hautes charges. Mais visiblement, à l’aune des développements que l’on enregistre, il ne serait pas hasardeux de  dire que le Ghana ne semble pas tout à fait épargné par l’effet boule de neige de ce virus « made in Togo ».

Sept candidats ont été déclarés éligibles à cette compétition électorale de décembre prochain. Treize autres candidats disqualifiés ont eu une seconde chance, la Cour suprême leur ayant accordé l’opportunité de corriger leurs erreurs sur leur demande de candidature. Information importante, l’ancienne first lady Nana Konadu Agyeman Rawlings (du Parti national démocratique – National Democratic Party, NDP) est en lice.

Source : Meursault A., Liberté