Depuis plusieurs semaines, les Libanais semblaient être au bord du gouffre. Avec la gigantesque explosion du port de Beyrouth mardi, ils ont l’impression d’être tombés dedans.
Les Libanais se réveillent au lendemain de l’explosion sonnés par l’ampleur de la tragédie. De l’aveu même du premier ministre libanais Hassan Diab, le pays est « sinistré ».
Les hôpitaux déjà exsangues en raison de la pandémie de la COVID-19 se retrouvent débordés par les milliers de blessés.
Mercredi matin, la fumée continuait à s’élever du port, où d’énormes monticules de grains jaillissaient des silos explosés. Les principales rues du centre-ville étaient jonchées de débris et de véhicules endommagés, et les façades des immeubles ont été soufflées.
Pour l’heure, le bilan est de 100 morts et de 4000 blessés, selon la Croix-Rouge. Mais il va s’alourdir.
Des dizaines de personnes sont portées disparues. Des gens se sont rendus en masse sur les réseaux sociaux pour demander l’aide afin de retrouver leurs proches.
Un compte Instagram intitulé « Locating Victims Beirut » a été créé avec des photos de personnes disparues, et des présentateurs radio ont lu les noms des personnes disparues ou blessées tout au long de la nuit.
De nombreux résidents se sont réfugiés chez des amis ou des parents après que leur appartement eut été endommagé et ont soigné leurs propres blessures parce que les hôpitaux étaient débordés.
Selon le gouverneur de Beyrouth, jusqu’à 300 000 personnes sont sans domicile en raison des dommages, qui s’étendent à près de la moitié de la ville et sont estimés à plus de trois milliards de dollars.
On ne sait pas exactement ce qui a provoqué l’explosion, qui semble avoir été déclenchée par un incendie et qui a frappé avec la force d’un tremblement de terre.
Il s’agit de l’explosion la plus puissante jamais vue dans la ville, qui était en première ligne de la guerre civile de 1975 à 1990, qui a vécu des conflits avec Israël, des bombardements périodiques et des attaques terroristes. « L’Apocalypse », titre en une le quotidien local L’Orient Le Jour, mercredi.
Un pays au bord du gouffre
Cette explosion vient s’ajouter à une série de fortes turbulences que vit le Liban depuis plusieurs mois.
Sur le plan politique, le pays connaît une vague de protestation contre l’élite que les manifestants accusent de corruption et d’incompétence en raison de la multitude de problèmes que vivent les citoyens quotidiennement. Comme les fréquentes coupures d’électricité et d’eau ou la « crise des ordures », qui a commencé en 2015, où les déchets s’amoncelaient dans les rues de Beyrouth.
Dans ce contexte de défiance, il a fallu à la classe politique près de trois mois pour s’entendre sur la composition d’un nouveau gouvernement après la démission du premier ministre Saad Hariri.
Trois mois après sa nomination, en mars dernier, le premier ministre Hassan Diab a annoncé que le pays était en cessation de paiement. Pour la première fois de son histoire, le Liban ne pouvait pas payer sa dette, qui s’élève à 92 milliards de dollars, soit 170 % du PIB.
Dans le sillage de la crise financière, la livre libanaise a connu une chute vertigineuse. Elle est passée de 1500 à 6000 livres pour un dollar américain.
Pour la Banque mondiale, la moitié de la population libanaise vivrait sous le seuil de la pauvreté en 2020.
Sur le plan sécuritaire, la crainte d’un affrontement entre le Hezbollah et Israël est palpable. La semaine dernière, l’armée israélienne a ouvert le feu à la frontière sud du Liban, affirmant riposter contre « une tentative d’infiltration » de membres du Hezbollah, ce que le parti chiite a démenti.
De l’aide est offerte
De nombreux pays ont proposé de l’aide au Liban, notamment la France qui envoie mercredi plusieurs tonnes de matériel sanitaire.
L’aide sera acheminée par deux avions militaires avec à leur bord du personnel de la sécurité civile, plusieurs tonnes de matériel et un poste sanitaire mobile, a indiqué l’Élysée.
Emmanuel Macron avait annoncé dans la nuit de mardi à mercredi sur Twitter que la France enverrait un détachement de la sécurité civile et « plusieurs tonnes de matériel sanitaire » à Beyrouth.
Les États-Unis ont également proposé leur aide, ainsi que l’Allemagne, qui compte des membres du personnel de son ambassade à Beyrouth parmi les blessés, et le Royaume-Uni.
Le Canada a fait de même. « On est prêts à vous aider », a dit le premier ministre Justin Trudeau, sur Facebook et Twitter.
Même Israël a proposé « une aide humanitaire et médicale » à son voisin libanais, avec lequel il est techniquement toujours en guerre.
L’Iran a aussi proposé mercredi d’envoyer une aide médicale.
Le Koweït a annoncé qu’il enverrait de l’aide médicale d’urgence au Liban, selon l’agence officielle Kuna.
Le ministre jordanien des Affaires étrangères a appelé son homologue Charbel Wehbe pour lui faire part de sa solidarité, se disant prêt à offrir toute assistance au Liban.
Même expression de solidarité en provenance de Tunisie, où le président Kais Saied a adressé une lettre à son homologue libanais en exprimant son « soutien » à un « peuple frère ».
Source : Radio-Canada + AFP + Associated Press + Reuters























