
« Une élection sans fraude, c’est un court-bouillon sans piment », (Proverbe créole)
Il n’y aura pas de mission d’observation électorale de l’Union Européenne au Cameroun lors du scrutin présidentiel du 07 octobre pour lequel Paul Biya « le patriarche » se présente à sa propre succession après 35 ans d’un règne sans partage au pouvoir. L’Etat camerounais n’a pas jugé important, semble-t-il, de faire appel à l’Union Européenne. Faudrait-il en rougir ? Aujourd’hui, la question fait débat. Certains, prétendument chauvins, nationalistes voire souverainistes brandissent l’accession de leur pays à la souveraineté internationale pour dénoncer ces missions aux relents néocolonialistes. Hélas, leur argumentaire ne se résume qu’à cette question de principe. Eussent-ils avancé des arguments de fond pertinents sur l’inopportunité de ces missions qu’ils auraient convaincu grand monde dans leur désir d’affranchir totalement le continent africain de ces initiatives européennes qui tendent à « infantiliser » le continent.
Sans angéliser ces missions d’observation électorale de l’UE car non exemptes de reproches et perfectibles, chose normale, aucune œuvre humaine n’étant parfaite, il est à faire observer qu’en général, ce sont elles qui permettent d’avoir une vue complète et de fond sur le déroulé du processus électoral (période pré-électorale, élection et période post-électorale, notamment la gestion du contentieux électoral). Et, en général, les rapports de ces missions sont accablants pour les régimes autocratiques, rétifs à tout discours sur l’alternance démocratique. Aussi, pour éviter ces regards trop indiscrets et des commentaires trop désagréables à l’encontre de la gestion le plus souvent calamiteuse des processus électoraux par des organes aux bottes des pouvoirs dictatoriaux, les Etats font des efforts (sic) pour organiser à coup de milliards FCFA et sur fonds propres des mascarades électorales tandis qu’ils peinent à offrir de l’eau potable, de l’énergie électrique et le minimum vital à leurs populations après des décennies et parfois un demi-siècle au pouvoir.
Aujourd’hui, nonobstant l’émergence des sociétés civiles africaines, les MOE UE ont toujours leur sens et raison d’être. D’abord pour l’indépendance qu’elles affichent vis-à-vis des diverses sensibilités en lice, leur équidistance. De fait, les sociétés civiles africaines sont encore trop réduites pour pouvoir résister aux menaces et intimidations des dictateurs. Elles sont peu sinon pas du tout indépendantes financièrement, ce qui accroît le risque qu’elles basculent dans le camp des tenants du pouvoir, et lorsqu’elles sont sérieuses, elles manquent de moyens pour assurer une couverture nationale. En plus, de ces missions sont parfois créées très opportunément par les pouvoirs en place eux-mêmes. Conséquence : elles produisent des rapports superficiels, biaisés, partisans et naturellement déconnectés de la réalité. Certes, le raisonnement ne vaut pas pour les pays africains qui ont déjà une longue tradition démocratique électorale. Des observateurs de l’UE ou du Common wealth au Ghana ? La MOE-UE au Bénin ? Pas si nécessaire.
Certes, la réelle portée de ces missions reste sujette à caution. Les rapports détaillés ne peuvent servir d’éléments de preuve pour étayer une action en invalidation des résultats d’un scrutin. Parfois, elles contribuent très peu, sinon pas du tout à l’enracinement de la culture démocratique. Du Togo au Gabon, en passant par le Cameroun, la RDC, le Congo Brazzaville, les rapports de ces missions ont toujours eu le même sort. Toutefois, ne serait-ce que pour fournir une photographie exacte des processus électoraux en Afrique, ces missions sont encore importantes. Ceux qui les réfutent devraient plutôt batailler dur pour des processus électoraux transparents et l’enracinement de la démocratie électorale dans les pays africains. Vu surtout que la seule présence de ces missions qui constituent « un regard extérieur objectif sur les processus électoraux » met en confiance les oppositions africaines.
Meursault A.
Source : Liberté























