Des membres de la diaspora congolaise de Belgique et des Pays-Bas ont manifesté samedi 17 septembre à Bruxelles. Ils ont crié haut et fort leur opposition au maintien de « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat au-delà du 19 décembre prochain qui marque la fin de son second et dernier mandat. Les marcheurs sont partis de la Porte de Namur jusqu’aux environs de l’ambassade du Congo-Kinshasa sis 30 rue Marie de Bourgogne. La police fédérale belge avait placé un check-point infranchissable aux croisements de l’avenue Montoyer et de la rue Marie de Bourgogne. Certains protestataires ont appelé à chasser « Joseph Kabila » par « tous les moyens défensifs et offensifs ».

A quelques 48 heures de la date prévue pour la convocation, par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), du scrutin pour l’élection présidentielle plus personne ne croit au miracle. Rien ne va se passer. Bien au contraire.
On apprenait, samedi 17 septembre, que le président de la CENI, le PPRD Norbert Nangaa – qui n’a pas encore accompli l’obligation constitutionnelle précitée – a déposé une requête en report de l’élection présidentielle auprès de la Cour constitutionnelle. Selon des sources, la présidentielle devrait se tenir fin 2018.
A Kinshasa, le « Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement » a prévu un sit-in ce lundi 19 septembre devant le siège de la CENI sur le boulevard du 30 juin. L’objectif est de « réclamer la convocation immédiate de l’élection présidentielle », lit-on dans le communiqué publié le 29 août sous la signature d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Un « préavis constitutionnel » sera signifié au Président sortant le même lundi.
« Bana machette »
S’il est vrai que le gouverneur de la ville de Kinshasa a « autorisé » cette manifestation de l’Opposition, il n’en demeure pas moins vrai que l’empressement d’André Kimbuta Yango est loin d’être dénué de tout calcul politicien.
Il se confirme que le parti présidentiel, le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie) a recruté plusieurs dizaines de jeunes Kuluna communément appelés « Bana machette ». Une réunion devait avoir lieu samedi entre ces « jeunes » et le ministre de la Jeunesse et Sports Denis Kambayi au numéro 2, de l’avenue Kianza dans la commune de Makala. « Son excellence devait leur remettre de l’argent pour les motiver », confie une source kinoise.
Par la bêtise humaine et la cupidité, la capitale congolaise pourrait vivre le 19 septembre un « lundi noir ». Le sang des Congolais risque de couler pour permettre à quelques « mandarins » locaux de s’accrocher aux privilèges et honneurs inhérents à l’exercice du pouvoir d’Etat.
« Ras-le-bol »
A Bruxelles, des Congolais de la diaspora ont crié leur indignation contre toute idée de maintien de « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat au-delà du 19 décembre prochain. La rédaction de Congo Indépendant a recueilli les propos de quelques marcheurs.
Un des quatre fondateurs de l’ancien groupe de pression « Bana Congo », Henri Muke Disuishe dénonce les subterfuges auxquels recourt « Joseph Kabila » pour « s’éterniser au pouvoir ». « Il a mis en place un dialogue politique non-inclusif pour lui permettre de ’glisser’, dit-il. Nous sommes ici pour protester contre toutes ces manoeuvres politicienne qui se passent dans notre pays ».
Un compatriote prénommé « Jacques » d’enchaîner : « Nous sommes ici pour dénoncer les injustices qui se passent au Congo démocratique. C’est aussi l’occasion de fustiger la tentative de violation de la Constitution pour maintenir un homme arrivé à la fin de son mandat ».
Initiateur de l’événement, Joseph Mbeka considère cette manifestation comme « l’expression d’un ras-le-bol à l’égard non pas d’un homme mais de tout un système ». Pour lui, les tenants de ce système se trouvent en Occident. « Les tenants de ce système manipulent les Congolais, créent des agendas pour maintenir notre peuple dans une sorte d’esclavage moderne en plaçant à la tête de notre pays des dirigeants que nous n’avons ni votés ni élus ». « On donne aux Congolais le droit de voter sans pour autant qu’ils puissent élire les dirigeants de leur choix », souligne-t-il.
Pour Mbeka, la marche de ce samedi a pour but également « d’encourager les compatriotes qui sont à l’intérieur du pays ». Il poursuit : « On fait jouer à notre peuple des pièces de théâtre avec des personnages comme Vital Kamerhe que nous appelons désormais ’Kamerhéon’. On réuni dans le cadre d’un dialogue des personnes auxquelles on accole le titre ’d’opposant radical’ alors qu’elles ne sont en réalité que des ’opposants de la 25ème heure ». « Nous demandons à notre peuple de se mettre debout pour appliquer l’article 64 de la Constitution. Le 19 septembre, la CENI doit convoquer le scrutin de l’élection présidentiel conformément à l’article 73 de la Constitution ». Sinon? Il répond sur un ton déterminé : « Sinon, nous devons appliquer l’article 64 qui dit clairement que tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions constitutionnelles en vigueur ».
« Les Congolais doivent recourir aux moyens défensifs et offensifs »
Activiste politique vivant au Pays-Bas, Placide de Jésus tonne : » Notre pays traverse une période difficile. Joseph Kabila achève le 19 décembre prochain ses deux mandats. Il doit partir ’placidement’. Il doit arrêter de créer des problèmes artificiels. Nous demandons au peuple congolais de cesser d’avoir peur. L’heure est venue pour que Kabila parte. Si Kabila veut se maintenir à la tête du pays par défi, il va diriger le Congo sans la diaspora », conclut-il.
Activiste politique bien connu, Pitshou Mayele de marteler : « Nous sommes ici pour montrer à la face de la Belgique et des grandes puissances telles que les Etats-Unis d’Amérique que les Congolais ne veulent plus de Joseph Kabila comme président de leur pays ». « Nous sommes là également pour signifier à Kabila qu’il doit quitter le pouvoir à la fin de son mandat le 19 décembre, de gré ou de force ». Mayele de conclure : »Nos manifestations pacifiques ne sont nullement dirigées contre la Belgique, la France ou l’Union européenne. Nous voulons que les Européens notent que les Congolais ne veulent plus de Kabila comme Président ».
Un des quatre fondateurs des « Bana Congo », Aubin Kikonka de résumer : « Nous sommes ici pour dire au monde que nous ne voudrons plus voir Kabila à la tête de notre pays après le 19 décembre. Nous avons besoin d’un changement et non d’une simple alternance. Même à l’époque du maréchal Mobutu, nous n’avons pas vu certaines situations qui se passent aujourd’hui sous le régime de Joseph Kabila ».
Ancien représentant de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) au Benelux dans les années 90, François Tshimpamba Mpuila, médecin de formation, a une position toute « chirurgicale ». L’homme manie la dialectique à merveille. « Notre pays est humilié, fulmine-t-il. L’humiliation a atteint son paroxysme ».
Pour lui, l’heure est venue pour « mettre fin durablement » à cette « humiliation ». « Nous demandons à tous les Congolais qui vivent à l’intérieur et à l’extérieur du pays de nous mettre debout et d’utiliser tous les moyens d’autodéfense, de défense et d’attaque contre le pouvoir d’occupation qui nous a humiliés pendant tant d’années ». Et de poursuivre : » Les Congolais doivent montrer à toute l’humanité qu’ils sont aussi des êtres humains ».
Pour Dr Mpuila, en demandant aux Congolais de recourir à « tous les moyens », il n’exclut pas « la lutte armée ». A propos de l’arrivée massive des véhicules anti-émeutes, il soupire: « Le pouvoir kabiliste ne pourra en aucun cas exterminer tous les Congolais. En Afrique du Sud, Nelson Mandela a dû recourir à la lutte armée après les massacres de Sharpeville. Comme je l’ai dit précédemment, les Congolais doivent recourir à tous les moyens défensifs et offensifs. Il s’agit de mettre le pouvoir qui est dans notre pays hors d’état de nuire « .
Manif meurtrière à Kinshasa
Source : Baudouin Amba Wetshi / Ci, Le Congolais; Video : VOA Afrique























