Rien ne va plus pour le président gabonais Ali Bongo. Sa formation politique, le Parti démocratique gabonais (PDG) est secouée par une fronde.

Les conseils machiavéliques de Faure Gnassingbé à son frère Ali Bongo | Caricature : Donisen Donald / Liberté
Les conseils machiavéliques de Faure Gnassingbé à son frère Ali Bongo | Caricature : Donisen Donald / Liberté

Le président de l’Assemblée nationale Guy Nzouba Ndama, parrain politique d’Ali Bongo qui a soutenu sa candidature en 2009 a claqué la porte du PDG et annoncé sa candidature pour le scrutin du 28 août. Sa démission a entrainé des fissures au sein du parti au pouvoir avec le départ d’une douzaine d’élus qui ont créé une formation dissidente, Héritage et Modernité (H&M).

« Pour vaincre, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace» (Georges Jacques Danton)

Certains présentent le président démissionnaire de l’Assemblée nationale comme son challenger sérieux pour l’élection présidentielle. «Depuis plusieurs mois, ce dernier apparaît comme plus fédérateur pour affronter Ali Bongo et l’opposant Jean Ping. Originaire de l’Ogooué-Lolo (Sud-Est), Guy Nzouba Ndama semble le mieux à même de consolider l’alliance Nzébis/Tékés-Obambas en détournant une partie de l’électorat traditionnel du régime gabonais et une partie de l’électorat de l’ex-patron de l’Union Africaine (UA) », rapporte La Lettre du Continent.

Au Palais de bord de mer, Ali Bongo reconnaît que la crise au sein du parti au pouvoir est majeure, mais se veut rassurant. Pour lui, il n’y a pas péril en la demeure. Néanmoins cette fronde au sein du PDG n’est pas bon signe pour ce fils à papa à quelque quatre mois de la présidentielle.

Au Burkina Faso, l’ancien dictateur Blaise Compaoré avait été confronté à la même révolte avec une vague de démissions au sein du parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) qui avait précédé sa déchéance. D’anciens ministres et têtes pensantes du parti, Roch Marc Christian Kaboré, ex-président de l’Assemblée nationale, Salif Diallo, ex-compagnon de Compaoré et Simon Compaoré, l’ancien maire de la commune de Ouagadougou avaient démissionné avec fracas, dénonçant au passage la caporalisation des instances et organes du parti, l’exclusion, la délation, l’hypocrisie et attiré l’attention sur les menaces qui planent sur le Burkina Faso, dues à l’absence de démocratie au sein du parti au pouvoir. Quelques mois plus tard, c’est l’un des démissionnaires, Roch Marc Christian Kaboré qui devient président de la République. La même chose va-t-elle se produire au Gabon ? Les jours et semaines à venir nous édifieront.

Les enseignements à tirer, c’est qu’il faut tout pour faire tomber des dictatures dures de l’intérieur. Personne n’avait imaginé que Blaise Compaoré qui avait le soutien de la communauté internationale pour son rôle de médiateur dans la région ouest-africaine, tomberait comme un fruit mûr.

On se demande si ces bouleversements pourraient arriver un jour au parti au pouvoir au Togo. Pourquoi les figures du parti cinquantenaire RPT/UNIR, une formation politique plus pourrie et dégénérée que le CDP au Burkina Faso n’arrivent-elles pas à avoir autant d’audace ? Même certains caciques qui avaient tenté par le passé de prendre leur responsabilité en démissionnant du parti, ont fini par retourner à leurs anciennes amours. Tout porte à croire que le RPT/UNIR est devenu une secte si puissante que toute démission signerait un arrêt de mort pour son auteur.

Source : [12/04/2016] Médard Amétépé, Liberté