Le président américain Barack Obama a entamé lundi des entretiens avec son homologue cubain Raúl Castro au palais de la Révolution de La Havane, au deuxième jour d’une visite historique à Cuba.
Les deux hommes, dont c’est la troisième rencontre depuis l’annonce de leur rapprochement spectaculaire fin 2014, ont échangé sourires et poignées de main avant d’entamer leurs discussions à huis clos, ont constaté des journalistes de l’AFP. Cet entretien entre les deux présidents doit dessiner l’orientation de la nouvelle relation américano-cubaine.
Le président américain a entamé la journée par un hommage à José Marti, père de l’indépendance cubaine, sur la place de la Révolution, tandis que la Première dame, Michelle, ira à la rencontre d’étudiantes cubaines.
Pour Barack Obama, qui quittera la Maison-Blanche dans dix mois, l’objectif est clair: rendre irréversible le rapprochement avec La Havane, quel que soit le nom de son successeur en 2017, démocrate ou républicain.
Le face à face avec son homologue cubain, qui n’est pas venu l’accueillir à l’aéroport dimanche, sera aussi l’occasion d’évoquer les sujets qui fâchent, au lendemain de nouvelles arrestations ayant visé le mouvement dissident des Dames en blanc.
Les interpellations lors du défilé dominical de l’organisation sont fréquentes, et la plupart des militants ont comme d’habitude été ensuite libérés, mais l’incident, quelques heures à peine avant l’arrivée du président américain, a sonné comme une fausse note.
«Divergences profondes»
«Notre intention a toujours été de créer une dynamique tout en étant conscients que le changement n’interviendrait pas du jour au lendemain», a reconnu M. Obama sur ABC.
«Même si nous avons toujours des divergences profondes sur les droits de l’homme et les libertés individuelles à Cuba, nous avons jugé que venir ici serait le meilleur moyen de favoriser plus de changement».
Le président américain a invité plusieurs dissidents mardi à l’occasion d’une réunion avec la société civile cubaine, qui se déroulera à l’abri des murs de l’ambassade ou de la résidence américaine.
Raúl Castro devrait, lui, une nouvelle fois plaider pour la suppression de l’embargo qui pénalise son pays depuis 1962.
Derrière la poignée de main et les sourires, la rencontre entre les deux hommes sera aussi, à de nombreux égards, une bataille de symboles et d’images.
«D’un point de vue cubain, cette visite présente un risque», souligne Richard Feinberg, de la Brookings Institution, évoquant la comparaison peu flatteuse entre un leader blanc «vieillissant» et un président noir et «plein d’énergie» de 30 ans son cadet.
La résonance pourrait être particulièrement forte au sein de la communauté afro-cubaine, notoirement sous-représentée au sein des élites politiques cubaines.
À travers cette visite de trois jours, la première d’un président américain en exercice depuis la révolution castriste de 1959, l’exécutif américain cherche aussi à affaiblir l’argument – mis en avant par le régime depuis des décennies – selon lequel Washington est responsable de tous les dysfonctionnements cubains.
En amont de la visite, la Maison-Blanche a consenti de nouveaux assouplissements. Le Trésor américain a autorisé la chaîne hôtelière Starwood à ouvrir deux hôtels à La Havane, une première depuis la révolution castriste de 1959.
Dîner au palais de la révolution
Mais La Havane veut davantage, et a manifesté le souhait d’accueillir des touristes américains, d’effectuer des transactions internationales sans entrave, ou d’attirer les investissements étrangers pour soutenir les réformes économiques lancées par Raúl Castro.
«C’est une visite historique et une occasion historique», s’est exclamé dimanche M. Obama peu après son arrivée à La Havane, célébrée avec un «¿Que bolá Cuba?» («Comment ça va Cuba?») lancé dans un tweet.
¿Que bolá Cuba? Just touched down here, looking forward to meeting and hearing directly from the Cuban people.
— President Obama (@POTUS) 20 mars 2016
Les deux pays ont rétabli leurs relations diplomatiques en juillet 2015, et Washington a rayé Cuba de sa liste des pays soutenant le terrorisme en mai, mais les contentieux restent de taille entre les deux anciens ennemis de la guerre froide.
«La normalisation complète va prendre beaucoup de temps», juge Michael Shifter, président du groupe d’études américain Inter-American Dialogue.
«Le Congrès américain va devoir avancer vers la levée de l’embargo et Cuba devra accélérer l’ouverture politique et économique, en plus d’améliorer la situation des droits de l’homme».
Lundi, le président américain ira également à la rencontre d’entrepreneurs indépendants cubains, avant un dîner d’État prévu au palais de la révolution.
Selon la Maison-Blanche, aucune rencontre n’est prévue avec l’ex-président Fidel Castro, âgé de 89 ans.
Source : [21/03/2016] AFP























