Malgré quelques pertes, le Parti libéral conservera suffisamment de sièges pour lui permettre de former un gouvernement minoritaire. Mais avec la force du vote conservateur dans l’Ouest, les Canadiens se retrouveront mardi dans un pays divisé.

Les libéraux de Justin Trudeau sont reportés au pouvoir mais ils sont en minorité | Photo : La Presse Canadienne
Les libéraux de Justin Trudeau sont reportés au pouvoir mais ils sont en minorité | Photo : La Presse Canadienne

Si la région de l’Atlantique a réservé une majorité de ses votes pour les libéraux, le Québec a accordé presque autant de sièges au Parti libéral et au Bloc québécois, ne laissant que des miettes aux conservateurs et aux néo-démocrates. En Ontario, avec 41 % des appuis en sa faveur, le vote libéral se maintient fortement face aux conservateurs – Toronto et le sud de la province ont réitéré leur préférence pour le parti de Justin Trudeau.

Jusqu’ici, les néo-démocrates ont souffert de la redistribution des cartes. Avec environ 15 % des voix, le parti de Jagmeet Singh a perdu 5 % des appuis et une bonne vingtaine de sièges qu’il avait recueillis en 2015. Au Québec, notamment, seulement un candidat néo-démocrate semble en voie de conserver son siège, soit Alexandre Boulerice (Rosemont-La Petite Patrie). Ruth Ellen Brosseau (Berthier-Maskinongé) a finalement été battue par le bloquiste Yves Perron. Dans Sherbrooke, la course est toujours très serrée entre le candidat néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault et la libérale Élisabeth Brière.

Le NPD disposera cependant d’un levier de pouvoir intéressant dans la dynamique d’un gouvernement minoritaire. Avec plusieurs députés en Colombie-Britannique, au Manitoba, et même un député en Alberta (le seul qui ne soit pas conservateur), le NPD assure une représentation dans des contrées où les libéraux sont absents.

Le vote conservateur, comme prévu, a balayé l’Alberta, la Saskatchewan, la moitié du Manitoba et plus du tiers de la Colombie-Britannique. Le PCC devrait ainsi récolter plus de vingt-cinq circonscriptions supplémentaires comparé à 2015. Et avec environ 34 % des voix, il compte autant d’appuis dans la population que les libéraux.

L’engouement pour le Bloc québécois s’est confirmé. Outre le chef bloquiste Yves-François Blanchet, qui a été élu dans sa circonscription de Belœil-Chambly, une trentaine d’autres candidats bloquistes entreront à la Chambre des communes. Le bloc récupère ainsi 33 % du vote québécois – du jamais vu depuis l’élection de 2008 –, juste derrière les libéraux (34 %).

Même si elle comptera un troisième député à Ottawa et qu’elle a doublé ses appuis de 3 % à 6 %, la députation du Parti vert reste néanmoins confinée à la marge, trop peu nombreuse pour influencer véritablement un gouvernement minoritaire.

La carte du Canada après les élections de 2019 | Source : Radio-Canada
La carte du Canada après les élections de 2019 | Source : Radio-Canada

Enfin, si les chefs libéral, Justin Trudeau, et conservateur, Andrew Sheer, de même que la cheffe du Parti vert Elizabeth May et le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, ont facilement été réélus dans leurs circonscriptions respectives, Maxime Bernier, chef du Parti populaire, a perdu son pari : il a été défait dans sa circonscription de la Beauce.

Travailler avec l’opposition

Réunies au Palais des congrès de Montréal, où se tient le rassemblement national, les troupes libérales respirent un peu mieux alors que l’équipe de Justin Trudeau formera le prochain gouvernement minoritaire.

« Ce n’est pas le fruit du hasard », a lancé le nouveau député de Laurier-Sainte-Marie, Steven Guilbault, qui a réagi aux résultats. « Est-ce que j’ai poussé un soupir de soulagement ? Honnêtement, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, je ne suis pas un expert des sondages ni des élections », a-t-il indiqué à quelques journalistes.

Steven Guilbault explique n’avoir « aucun doute » de pouvoir travailler avec les partis d’opposition pour faire avancer la lutte aux changements climatiques, malgré la formation d’un gouvernement minoritaire.

« Il y a quatre partis qui s’entendent au Parlement sur le fait qu’il faut mettre un prix sur la pollution, il faut faire plus pour le transport en commun, plus d’énergie renouvelable, plus d’efficacité énergétique, on n’est pas d’accord sur tout, mais dans les grandes lignes, on est d’accord […] Je pense qu’on va être capable de travailler ensemble », a-t-il ajouté.
L’Atlantique aux libéraux, un gain pour les verts

Le début de la soirée a notamment permis aux libéraux de pousser un soupir de soulagement : même s’ils n’ont pas répété leur exploit de 2015, lorsqu’ils avaient balayé la région Atlantique, ils conservent néanmoins la majorité des sièges dans la région.

Le Nouveau-Brunswick présente la carte électorale la plus bigarrée. Le Parti vert a remporté sa première victoire de la soirée dans Fredericton grâce à la candidate Jenica Atwin – le parti avait cette circonscription dans sa ligne de mire depuis que les verts y détiennent la balance du pouvoir au parlement provincial. Six candidats libéraux et trois conservateurs ont vu leur victoire être confirmée dans la province.

Le ministre libéral Dominic LeBlanc, député dans Beauséjour, a dû savourer sa septième victoire consécutive depuis son lit d’hôpital, à Montréal. Il a réussi l’exploit sans même aller sur le terrain pour faire campagne, lui qui a subi une greffe de moelle osseuse dans la métropole récemment. M. LeBlanc avait dû suspendre ses activités en avril dernier afin de traiter un lymphome non hodgkinien. Dans un communiqué, M. LeBlanc dit avoir trouvé cette campagne « difficile » en raison de son hospitalisation et dit regretter de n’avoir pu parcourir le territoire de sa circonscription, mais s’empresse d’ajouter qu’il a hâte de rentrer au Nouveau-Brunswick le plus rapidement possible.

À Terre-Neuve-et-Labrador, six candidats libéraux ont été élus. La septième circonscription de la province a été remportée par le Nouveau Parti démocratique avec un candidat déclaré élu dans St. John’s Est.

À l’Ile-du-Prince-Édouard, les libéraux ont remporté les quatre circonscriptions de la province. En Nouvelle-Écosse, huit des onze circonscriptions ont choisi des candidats libéraux. Les conservateurs ont fait un gain, dans la circonscription de Nova-Ouest.

Selon Élections Canada, environ 27,4 millions de personnes ont le droit de voter et, bien que la plupart des électeurs ont voté aujourd’hui, quelque 4,7 millions ont profité du vote par anticipation le week-end dernier, une augmentation de 29 % par rapport à 2015.

Le taux de participation aux dernières élections avait atteint 68,5 %, soit le niveau le plus élevé depuis 1993.

Source : La Presse + La Presse canadienne